La persécution en Ukraine

Le tribunal de Dnipro a prolongé de deux mois la détention « provisoire » du métropolite Arsène, abbé de Sviatogorsk.

Un professeur de médecine de Kiev a fait valoir que l’état de santé du métropolite exigeait des examens dans des cliniques spécialisées et que les médecins de Dnipro se sont « révélés totalement incompétents ». Il a déclaré que le métropolite a besoin d’un traitement hospitalier et d’une rééducation après un an et neuf mois passés en détention provisoire, et que les médicaments actuellement prescrits « non seulement ne sont d’aucune aide, mais ils sont même nocifs ».

Mais le juge est resté inflexible. L’abbé du grand monastère du Donbass est en prison sans jugement depuis le 24 avril 2024, il doit y rester, quel que soit son état de santé.

Rappelons qu’il a été arrêté pour avoir averti les fidèles dans une homélie qu’il y avait des barrages de l’armée à tel et tel endroit et avoir mis en ligne cette homélie (mise en ligne après la fin des barrages).

Pendant ce temps-là l’Eglise du pouvoir continue, mais à un moindre rythme, de voler les églises orthodoxes, et l’administration de « légaliser » les « transferts », comme hier encore à Kouzmine près de Khmelnitski.

Continuité bergoglienne

Léon XIV a nommé Carlo Roberto Maria Redaelli, jusqu’ici archevêque de Gorizia, secrétaire du dicastère pour le clergé. Il est l’un des plus farouches adversaires de la liturgie traditionnelle.

A l’assemblée de la conférence des évêques italiens, en 2018, Mgr Redaelli s’était fait le porte-parole des évêques qui condamnaient le motu proprio Summorum Pontificum. Messa in latino relatait :

Mgr Redaelli, évêque de Gorizia (dont nous savons qu’il a obtenu un diplôme en droit canonique à l’Université pontificale grégorienne) a affirmé que le Missel ancien de Jean XXIII avait été abrogé par Paul VI (contrairement à ce qu’affirme Benoît XVI dans le Motu Proprio) et que, par conséquent, Summorum Pontificum, dont les prémisses juridiques sont erronées, est inopérant dans la partie où il affirme la validité continue de l’ancien missel et reconnaît sa validité inchangée aujourd’hui. Pour cette raison, le motu proprio est un « non-sens » juridique et la liturgie « tridentine » n’a pas été légitimement rétablie par le motu proprio et ne peut être considérée comme libéralisée.

D’autre part, en 2017 il avait refusé de condamner le « mariage » d’un chef scout avec un homme. Il avait invité les fidèles à « réfléchir ensemble pour comprendre si, même à partir d’un événement aussi controversé, on peut recevoir des aspects de la grâce » et rappelait  » l’invitation à accueillir, discerner et intégrer qui imprègne le magistère du pape François ».

Saint Raymond de Peñafort

Saint Raymond compilant le droit canonique pour Grégoire IX. Fresque de la salle capitulaire des dominicains de Trévise, 1352.

Sa collecte.

La leçon du bréviaire.

Hymne du bréviaire dominicain.

Son tombeau.

Saint Raymond à Tossa de Mar.

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Le martyrologe dit aussi notamment :

Ancýræ, in Galátia, sancti Cleméntis Epíscopi, qui, sǽpius cruciátus, tandem, sub Diocletiáno Imperatóre, martýrium consummávit.

Ibídem sancti Agathángeli, qui eódem die, sub Lúcio Prǽside, passus est.

A Ancyre [Ankara], en Galatie, saint Clément évêque. Torturé à plusieurs reprises, il consomma enfin son martyre, sous l’empereur Dioclétien.

Au même lieu, saint Agathange, qui souffrit le même jour sous le préfet Lucius.

Saint Clément d’Ancyre et saint Agathange sont les deux martyrs célébrés ce jour dans la liturgie byzantine. Voici les stichères du lucernaire (ceux de Clément rappellent qu’il fut tué alors qu’il célébrait la messe) :

Tu fus le sarment de la Vigne de vie bêché de tous côtés par de labeurs mystiques : taillé dans les peines de l’ascèse en effet, puis retranché par le glaive du martyre, Père saint, tu nous as versé le vin de componction ; et, l’ayant bu à satiété, nous les fidèles, nous célébrons, bienheureux Clément, ta mémoire sacrée.

Après avoir offert, Pontife saint, le sacrifice parfait, l’admirable et surnaturelle oblation, toi-même tu t’offris en sacrifice ; et tu mêlas de tout cœur ton sang à celui de ton Seigneur ; purifié par lui, Bienheureux, tout entier, tu devins net, tout entier parfaitement consacré.

Toi qui sacrifiais l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde, faisant disparaître la corruption et la mort, bienheureux Pontife divin, tu fus immolé en victime sans défaut, devenant un même être avec lui par une mort semblable à la sienne et porteuse de vie, et tu as trouvé maintenant dans son royaume la béatitude méritée.

De la bonne nouvelle t’enrichit l’excellent pontife Clément dont tu fus le compagnon de route et de combat ; avec lui tu menas la divine course jusqu’au bout, Agathange, dans les souffrances et toutes sortes de châtiments jusqu’à recevoir la couronne à la fin et passer vers le royaume d’en-haut pour te réjouir avec les Anges en tout temps.

Desquamé par les grattoirs et lardé par le feu, exposé à la flamme de tous côtés, martyr Agathange, étendu sur le gril et cuit sur la braise comme un bon pain, tu fus présenté à la table des cieux, demandant au Maître d’épargner tout châtiment à ceux qui te vénèrent avec foi.

Tu enduras les fustigations et, tendu sur le bois, tu supportas les déchirements avec une endurance infinie, et sur la fin de tes combats, la tête tranchée, tu as arrosé des flots de ton sang toute la sainte Eglise qui célèbre ton éminente clarté, gloire des Martyrs aux multiples exploits.

Bugnini vu par le P. Luykx

Le P. Luykx dit qu’il avait de l’amitié pour Bugnini, et il le montre lorsque le travail de la commission préparatoire du concile sur la liturgie fut jeté à la poubelle et son secrétaire Bugnini destitué :

« En raison de mes obligations en Afrique, je n’étais pas à Rome lorsque ce coup d’État a eu lieu. Lors de mon voyage suivant, j’ai rendu visite au secrétaire Bugnini, destitué de manière ignominieuse, afin de le réconforter. Il était encore tellement affecté par les événements qu’il a pleuré sur mon épaule ! En signe de reconnaissance pour ma sollicitude, il m’offrit une bouteille d’excellente liqueur que son frère venait de distiller, afin de nourrir notre amitié. »

Mais voici ce qu’il écrit ensuite, sur le rôle de Bugnini dans le travail des sous-commissions après le concile. (Mgr Malula était l’archevêque de Kinshasa, et le P. Luykx était son « expert ». « CSL » est la constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum concilium.)

La tendance à s’éloigner de l’adhésion à CSL s’est propagée jusqu’au sommet, jusqu’au secrétaire Annibale Bugnini. Tout au long du Mouvement liturgique, de la Commission préparatoire pour la liturgie et du Consilium du pape Jean, le père Bugnini était resté fidèle à la Tradition et au Magistère. Mais après le Concile, il a changé. D’après l’amitié que je lui portais, je crois que ce changement n’était pas dû à une malveillance délibérée, mais plutôt à une faiblesse. Il me semblait très influençable : si quelqu’un le poussait dans un sens, il allait dans ce sens ; si quelqu’un le poussait dans l’autre sens, il allait dans l’autre sens.

Mais le père Bugnini était aussi un politicien, et un politicien avide de pouvoir. Pour obtenir ce pouvoir, il devait donner l’impression de réussir, alors il suivait ceux qui étaient les plus bruyants et apparemment les plus puissants. Il était fortement influencé par les modernistes qui avaient rompu avec la fidélité à CSL, dont le plus virulent était Johannes Wagner, de l’Institut de Trèves en Allemagne. Peu de temps après, Bugnini a cessé d’inviter aux réunions les membres « réactionnaires » qui osaient adhérer au texte de CSL ou aux principes solides de l’anthropologie religieuse. Je le sais de source sûre, car Mgr Malula et moi-même faisions partie de ceux qui ont perdu sa faveur.

Quel rôle l’évêque Malula et moi-même avons-nous joué au milieu de cette tension et de cette polarisation croissantes ? Après peu de temps, l’évêque Malula a perdu toute envie de participer aux sous-commissions. La boutique révolutionnaire des érudits lui donnait le sentiment d’être inutile ; ils le traitaient comme un ignorant et l’insultaient même. De plus, l’ensemble du travail des sous-commissions allait à l’encontre de CSL et était inutile pour les pays de mission, en particulier ceux d’Afrique. Mgr Malula a fait part de ce fait à plusieurs reprises au secrétaire Bugnini. À ces occasions, Bugnini a répondu au bon évêque par des remarques si atroces qu’elles sont à jamais gravées dans ma mémoire :

Bugnini : Si vous n’êtes pas d’accord, créez votre propre commission en Afrique.

Malula : Où notre Église, pauvre comme un mendiant, trouvera-t-elle les fonds pour faire une telle chose, alors que vous, ici, disposez de l’argent de tout l’Occident riche ?

Bugnint : N’importe. Ici, nous partons du principe que l’homme occidental moderne est l’homme tout court, le modèle de toute véritable humanité, pour tous les pays et toutes les cultures, et pour tous les âges à venir.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Furieux d’une insulte aussi arrogante et absurde, Mgr Malula jura de ne jamais revenir. Il m’autorisa à le remplacer et me donna des instructions en ce sens. Je suppose que le père Bugnini et ses acolytes étaient heureux de se débarrasser d’un « ennemi », conformément à la nouvelle politique d’exclusion de ceux qui étaient fidèles à CSL.

Nous reviendrons plus tard sur la réponse révélatrice du père Bugnini à Mgr Malula, car il est apparu clairement que son opinion sur la suprématie et la valeur normative de l’homme occidental moderne faisait partie de son programme – et par conséquent du programme des sous-commissions du Consilium qu’il supervisait.

À ce stade, on peut se poser une question évidente et sérieuse : d’où un homme ou un groupe tire-t-il le droit d’imposer sa manière de prier ou de célébrer à toute l’Église occidentale ? Cette question touche au cœur même de la validité douteuse, ou du moins de la licéité, d’une grande partie du travail des sous-commissions du Consilium, car celles-ci ont souvent travaillé au mépris de CSL, la seule norme faisant autorité donnée par le Concile.

Le P. Luykx et la rupture postconciliaire

Je reviens sur le livre du P. Boniface Luykx sur Vatican II et la réforme liturgique, parce que c’est très important. Le P. Luykx faisait activement partie du « Mouvement liturgique » des années 1940 et 1950, il fut nommé dans les instances de préparation du concile, puis il participa à la rédaction de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (souvent désignée sous le sigle CSL dans son livre), puis il participa aux travaux de deux des sous-commissions liturgiques du Consilium chargé d’appliquer le concile. Or cet homme-là, donc très engagé dans la réforme liturgique, a considéré que les sous-commissions trahissaient le texte conciliaire et fabriquaient une liturgie en rupture complète avec la Tradition et avec ce que voulaient les acteurs du « Mouvement liturgique ». En bref, le P. Luykx est un témoin irrécusable de ce que Benoît XVI appelait « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Le P. Luykx était professeur dans l’âme (et il fut très longtemps professeur de liturgie). A chaque chapitre il résume ce qu’il a dit et ce qu’il va dire. Au milieu du livre, au début du 3e chapitre, ce double résumé devient un résumé de tout le livre. En voici une traduction. On verra à quel point il insiste sur la rupture opérée par les fabricants de la nouvelle liturgie, qu’il qualifie à plusieurs reprises dans son livre de « fausse-couche liturgique » et de réforme « avortée ».

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