Coup de théâtre à Bruxelles

Alors que le sommet européen des deux prochains jours à Bruxelles devait d’abord être consacré à convaincre les récalcitrants, menés par le Premier ministre belge Bart De Wever, qu’il faut absolument s’emparer des fonds russes gelés pour aider l’Ukraine, Viktor Orban a twitté :

Une victoire pour les Patriotes.eu : les Bruxellois ont reculé, les avoirs russes ne seront pas à l’ordre du jour du Conseil européen de demain. La Commission fait désormais pression pour obtenir des prêts conjoints, mais nous ne laisserons pas nos familles payer la facture de la guerre en Ukraine.

Cela semble confirmé par une confidence de Peter Moors, l’ambassadeur de Belgique à l’UE, entre deux portes : « Nous faisons marche arrière. »

Et aussi par le fait que Bart De Wever, voyant de son balcon un attroupement de journalistes, leur a demandé qui ils attendaient. Ils ont répondu : Orban. Il a repris : « Ah, envoyez-le-moi, j’ai quelque chose à lui dire ! »

Ce revirement de la Commission est sans doute dû en partie au fait que l’agence Fitch a fait savoir qu’elle devrait revoir à la baisse la note de crédit d’Euroclear si l’UE s’emparait des fonds russes. Et peut-être aussi au fait que les Russes soulignent qu’il y a deux fois plus de fonds européens en Russie que de fonds russes en Europe…

L’hypocrisie de l’UE, et spécialement balte

Après le début de la guerre en Ukraine, l’UE a demandé à la Géorgie de rompre ses relations commerciales avec la Russie, mais les États membres de l’UE continuaient de faire des affaires avec ce pays, a déclaré aux journalistes le président du Parlement géorgien, Shalva Papuashvili :

« L’Union européenne nous a critiqués pour le fait que les agriculteurs géorgiens vendaient du vin à la Russie et que la Géorgie achetait du blé à la Russie. Il s’est avéré par la suite que la Lituanie, qui ne produit pas de vin, en exportait vers la Russie en grandes quantités, plus que nous. Et que l’Estonie était le premier exportateur de whisky vers la Russie. Connaissez-vous des distilleries de whisky en Estonie ou des marques de whisky estoniennes ? »

L’UE a poussé la Géorgie à entrer en conflit avec la Russie, mais cela aurait entraîné l’effondrement de l’économie géorgienne, a ajouté Papuashvili.

Musk, Dmitriev, Sikorski et l’UE

En réponse à un article sur les sanctions exorbitantes de l’UE contre la Hongrie pour refus de sa politique d’invasion migratoire, Elon Musk a simplement écrit : « Dissoudre l’UE et rendre le pouvoir au peuple ». Tweet repris par différentes personnalités, dont Kirill Dmitriev.

Le très russophobe et européiste ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a réagi en disant : « Les oligarques Dmitriev et Musk veulent une partition de l’Europe pour nous dominer et nous exploiter. » Et il ajoutait un « sondage » : Devons-nous : 1. Capituler. 2. Rendre sa grandeur à l’Europe (Make Europe great again).

Réponse de Kirill Dmitriev :

« Les plus grands diplomates de l’UE sont en panique. Résolvez les problèmes créés par l’UE : immigration incontrôlée, hausse de la criminalité, prix élevés de l’énergie, ralentissement économique et censure généralisée. Rendez sa grandeur à l’Europe. »

En parallèle, Dmitriev a publié deux « sondages » sur son compte X, qui montrent de façon caricaturale comment l’eurocratie contrôle l’information.

Qui soutenez-vous dans le débat sur la liberté d’expression ? Les bureaucrates de l’UE : 55% ; Elon Musk 45%. Dmitriev : « Les bureaucrates de l’UE peuvent se détendre : inutile de censurer X, ils peuvent simplement gagner grâce à leurs robots surpuissants. »

La veille il avait publié une autre question : « Qu’est-ce qui est le mieux pour le monde ? L’UE est abolie ; l’UE est sanctionnée ; les bureaucrates de l’UE gagnent ; l’UE se détruit elle-même. »

Premières réponses :

Puis il a publié le tableau au bout de 9 heures (« Les robots de l’UE s’infiltrent lentement ») :

Et quelques heures plus tard (« C’est amusant à observer : de plus en plus de robots paniqués de l’UE poussent les bureaucrates de l’UE à gagner. Ainsi, s’ils ne parviennent pas à faire disparaître X de la surface de la Terre en Europe, ils peuvent se reposer sur leurs robots survoltés comme plan B. ») :

Résultat final :

L’Europe vue de Washington

« La stratégie de sécurité nationale est un document préparé périodiquement par la branche exécutive des États-Unis qui énumère les problèmes de sécurité nationale et la manière dont l’administration prévoit d’y faire face » (Wikipedia). Donald Trump vient de publier son édition 2025. Il n’y en avait pas eu depuis 2022. Naturellement, l’étude s’étend au monde entier vu par le gouvernement américain et en rapport avec les Etats-Unis. Voici une traduction du chapitre sur l’Europe. Ça décoiffe dès le début…

Les responsables américains ont pris l’habitude d’envisager les problèmes européens sous l’angle de l’insuffisance des dépenses militaires et de la stagnation économique. Cela est vrai, mais les véritables problèmes de l’Europe sont encore plus profonds.

L’Europe continentale a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui, en partie à cause des réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’esprit d’initiative.

Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel. Parmi les problèmes les plus importants auxquels l’Europe est confrontée, citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi.

Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables. Bon nombre de ces nations redoublent actuellement d’efforts dans la voie qu’elles ont empruntée. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation et qu’elle abandonne sa stratégie infructueuse de suffocation réglementaire.

Ce manque de confiance en soi est particulièrement évident dans les relations entre l’Europe et la Russie. Les alliés européens jouissent d’un avantage significatif en matière de puissance militaire sur la Russie dans presque tous les domaines, à l’exception des armes nucléaires. À la suite de la guerre menée par la Russie en Ukraine, les relations entre l’Europe et la Russie sont désormais profondément affaiblies, et de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle. La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens.

Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie et de permettre la reconstruction de l’Ukraine après les hostilités afin qu’elle puisse survivre en tant qu’État viable.

La guerre en Ukraine a eu pour effet pervers d’accroître la dépendance extérieure de l’Europe, en particulier de l’Allemagne. Aujourd’hui, les entreprises chimiques allemandes construisent certaines des plus grandes usines de transformation au monde en Chine, en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent pas obtenir chez elles. L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, juchés dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une large majorité des Européens souhaite la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie à cause de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela revêt une importance stratégique pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont enlisés dans une crise politique.

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Non-ingérence active

Comme en Moldavie, l’UE va pratiquer en Arménie sa non-ingérence active à l’approche des élections législatives. Kaja Kallas a annoncé une aide de 15 millions d’euros pour rendre le pays « plus résilient ». Une partie de cette aide sera utilisée pour combattre la prétendue « ingérence russe ».

« Nous voyons les mêmes réseaux que ceux qui ont été déployés en Moldavie, qui étaient actifs, donc le scénario est identique. Notre financement européen couvrira également la détection, l’analyse et la réponse à l’ingérence étrangère », a dit la furie russophobe.

Le ministre arménien des Affaires étrangères, qui était à Bruxelles pour l’occasion, s’est bien gardé de relayer ces accusations, sachant, comme tout le monde, qu’elles sont sans fondement. Mais 15 millions c’est toujours bon à prendre…