L’autre Europe

Aleksandar Vučić, Robert Fico et Viktor Orbán ont tenu une réunion aujourd’hui à Komárno en Slovaquie, pour continuer de coordonner leur politique contre l’immigration illégale.

« Nous avons obtenu des résultats en travaillant ensemble, ce n’était pas facile, mais cette année, il y a 80% de migrants en moins que l’année dernière. Nous continuerons à travailler ensemble, et je crois que les résultats seront bons », a déclaré le président serbe.

Concernant l’Ukraine, Aleksandar Vučić a déclaré :

« Notre trio a une perspective quelque peu différente sur les combats en Europe, en particulier en Ukraine. Contrairement à beaucoup d’autres, nous n’avons pas peur de prononcer le mot paix, qui est devenu très impopulaire en Europe aujourd’hui. Le discours dominant se concentre sur la manière de se vaincre les uns les autres, plutôt que sur l’importance de parvenir à la paix. »

Les drapeaux européens montrent que deux de ces pays font bien partie de l’UE, et que le troisième est fermement candidat à l’adhésion… même si son vice-président Vučić est au sommet des BRICS à Kazan…

L’UE vole la Russie pour aider l’Ukraine

Le Parlement européen a approuvé ce matin, par 518 voix contre 56 et 61 abstentions, la proposition du Conseil du 9 octobre de prêter jusqu’à 35 milliards d’euros à l’Ukraine, somme qui sera remboursée par les profits générés par les avoirs russes gelés en Europe (censés rapporter entre 2,5 et 3 milliards par an).

Intéressante réaction de Kirill Logvinov, le représentant permanent de la Russie auprès de l’UE :

Il est évident que le Parlement, bien que dit “européen”, a pris une décision qui va à l’encontre des intérêts européens. Il est peu probable que ceux qui ont voté pour cette décision ne se rendent pas compte que les futures générations de contribuables européens devront en fin de compte payer la Russie pour ce vol.

L’Union européenne commet sciemment un crime économique à l’échelle mondiale. En faisant des sanctions illégitimes contre les actifs souverains d’un État étranger un instrument de sa politique étrangère, Bruxelles remet en cause le système financier international, porte un coup à l’euro en tant que monnaie de réserve et contribue à une grave détérioration du climat d’investissement dans l’UE. Tout cela confirme une fois de plus qu’il est temps de travailler à la formation d’une infrastructure financière stable et indépendante des caprices de l’Occident lors du sommet des BRICS à Kazan.

Tous les États du Sud et de l’Est de la planète l’ont bien compris : aujourd’hui, l’UE s’est estimée autorisée à geler les réserves de la Russie, et demain, tout autre pays qui ne voudra pas se soumettre au diktat de l’Occident pourra se retrouver à sa place.

Nous ne nous faisions pas d’illusions et nous n’en avons toujours pas : la bureaucratie européenne a déclenché une véritable guerre économique contre la Russie. L’expropriation des revenus des actifs russes “immobilisés” est l’une de ses nombreuses manifestations. Il s’agit de l’« ordre fondé sur des règles » en action. L’Ukraine n’est devenue pour l’Union européenne qu’un prétexte pour expérimenter un concept étranger à la majorité mondiale, visant à maintenir la domination occidentale.

Surprise moldave…

La nuit dernière il était clair que le non l’emportait au référendum censé « confirmer » la candidature de la Moldavie à l’UE. A 2h du matin Le Monde, comme les autres médias, disait :

Mais voilà que ce matin, alors que le dépouillement n’était pas encore terminé (pourtant il s’agit seulement de 1,5 million de votes exprimés, soit sensiblement moins qu’en Bretagne aux dernières législatives…), « après dépouillement de plus de 98 % des bulletins, le oui était légèrement devant avec 50,03 % des suffrages, selon les résultats quasi finaux ». Mais il a fallu attendre 17h 22 exactement pour avoir le résultat final : ô divine surprise, 50,46% de oui (entre 98% et 100% ça n’avait pas cessé de monter…).

La Sandu dénonçait « une attaque sans précédent », des Russes naturellement, quand elle croyait avoir perdu. Toute la presse mondiale a repris cette dénonciation, qui ne repose sur rien, et qui est très variable : les Russes ont dépensé « 100 millions d’euros », ou « des millions de dollars »…

Personne ne dénonce la très réelle pression de l’Union européenne, et très officiellement chiffrée : la Commission européenne a donné 1,8 milliard d’euros à la Sandu le 10 octobre, soit 10 jours exactement avant le scrutin : votez pour l’UE, on vous donnera plein de sous…

Et cette pression n’est pas la seule. Il y a une « Soros Foundation-Moldova », qui dit elle-même qu’elle est « depuis 1992 l’un des principaux donateurs privés en République de Moldavie ». Et j’avais signalé l’année dernière ce merveilleux concours lancé par l’ambassade des Etats-Unis visant à donner des bourses de 25.000 à 100.000 dollars (ce qui est vraiment énorme là-bas) afin de concrétiser des projets de médias « indépendants » (sic) dans le pays.

L’indépendance moldave s’affiche d’ailleurs sur la page d’accueil du site de la… Commission électorale centrale, avec les logos des généreux soutiens de la démocratie dans le bon sens, et qui le dit ouvertement :

Ce portail a été créé dans le cadre du projet « Consolidation de la démocratie en Moldavie à travers des élections inclusives et transparentes » mis en œuvre par le PNUD [Programme des Nations unies pour le développement] Moldavie avec le soutien financier de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), de l’Ambassade britannique à Chisinau par le biais du Fonds pour la bonne gouvernance et de l’Ambassade des Pays-Bas à travers le programme Matra.

Le même jour avait lieu l’élection présidentielle, pour réélire la Sandu qui sait si bien recevoir des milliards de l’UE. Mais elle n’a obtenu que 42% des voix. Bien qu’elle soit largement en tête, le deuxième ayant 26%, elle n’est pas assurée de l’emporter au second tour. Encore que la magie du référendum puisse se reproduire…

On redécouvre les frontières…

L’humble gouvernement français a informé la toute-puissante Commission européenne qu’il se voyait contraint de mettre en place des contrôles des frontières, de toutes ses frontières, à partir du 1er novembre, à cause des problèmes d’immigration et de terrorisme.

Actuellement, huit des 27 pays de l’Union européenne ont réintroduit une forme de contrôle à leurs frontières…

Ce qui ne pouvait être qu’une dérogation exceptionnelle aux règles de l’UE devient la norme, même si on souligne que c’est « temporaire »… pour demeurer dans la légalité.

Et voilà comment la réalité résiste à l’idéologie européiste. Dès qu’il y a un problème on se souvient qu’il y a des frontières, et que les contrôles aux frontières, bannis par les traités, sont la seule mesure qui aient une certaine efficacité. Mesure prise par un gouvernement qui tout-à-coup se découvre souverain, toujours en contravention avec l’idéologie officielle…

La Serbie entre UE et BRICS

Le vice-Premier ministre serbe Aleksandar Vulin, qui et en Russie pour participer au sommet des BRICS à Kazan, a été interviewé par RT. Il confirme ce qu’il a déjà dit au Berliner Zeitung, il explique l’intérêt des BRICS, et il dit d’autres choses intéressantes.

RT : En ce qui concerne l’Union européenne, la Serbie cherche à y adhérer. Mais vous êtes maintenant en Russie pour assister au sommet des BRICS à Kazan qui suscite beaucoup d’intérêt. Quelles sont les ambitions de la Serbie à l’égard de l’Union européenne et sont-elles incompatibles avec la participation aux BRICS ? Faut-il choisir entre les deux ? Dans quelle mesure l’aspiration de la Serbie à rejoindre l’Union européenne est-elle réelle ? Et dans le cadre de l’adhésion aux BRICS, les deux options s’excluent-elles mutuellement ?

Aleksandar Vulin : Je n’étais pas aussi eurosceptique avant de commencer à travailler avec les Européens. Une fois que je les ai rencontrés, vraiment rencontrés, je suis devenu très eurosceptique. Avant, j’avais quelques espoirs, quelques désirs. En rencontrant les autorités européennes à Bruxelles, je suis devenu très eurosceptique. Mais la politique de la majorité, l’opinion de la majorité des hommes politiques serbes est que nous devrions rejoindre l’Union européenne. Très bien. Je ne partage pas toujours cette opinion, mais je suis membre d’un gouvernement pro-européen et je fais ma part. Toutefois, il serait très irresponsable de ne pas envisager l’option des BRICS.

On dit qu’il s’agit d’une plateforme de discussion. Parfait. Donnez-nous la possibilité de les écouter et de les entendre. Les BRICS sont devenus une véritable alternative. Pour la première fois, il existe une véritable alternative, une alternative très excitante. Pour adhérer à l’Union européenne, par exemple, il faut se trouver sur le sol européen, à sa frontière. Ce n’est pas le cas avec les BRICS, il s’agit donc d’une plateforme très novatrice. Je suis fermement convaincu que nous partageons des valeurs communes. C’est encore plus important que de partager des frontières.

L’une des raisons pour lesquelles le président Poutine est si populaire en Occident est qu’il est considéré comme le gardien de ce qu’on appelle la tradition, les valeurs traditionnelles. Je dirais même les valeurs naturelles : Dieu, la nation, la famille. Vous savez, si nous parlons de ces questions importantes avec nos grands-parents, ils ne comprendront pas où est le problème. Dieu, la nation, la famille.

RT : Ce qui semble être absent du récit européen sur la société, la nation et la souveraineté. Ne pensez-vous pas que l’Union européenne est peut-être devenue plus un gestionnaire de nations qu’un bloc commercial ? Êtes-vous d’accord avec l’idée qu’au centre des activités des BRICS se trouvent le commerce et la souveraineté, et le principe de permettre aux gens de prendre leurs propres décisions dans leur pays, en respectant leurs propres traditions religieuses, et de les laisser vivre selon leurs propres convictions ? Ils ont peut-être tiré des leçons de l’évolution restrictive de l’Union européenne. Qu’en pensez-vous ?

Aleksandar Vulin : Oui, tout à fait. L’une des raisons pour lesquelles je suis si enthousiaste à propos des BRICS est que personne ne demande à la Serbie de faire quoi que ce soit. Personne ne nous demande de modifier notre loi électorale, par exemple, ou de légaliser le mariage homosexuel. Non, personne ne nous demande rien. On nous dit : « D’accord, c’est votre façon de vivre. Vous vivez comme vous voulez, de la manière dont vous pensez qu’elle est bonne pour vous. » Et les BRICS nous offrent bien plus que ce que nous demandons. Imaginez ce marché : 51% du gaz, 47% du pétrole.

Leur PIB est supérieur à celui du G7. Et ils ne nous demandent rien, politiquement parlant. Je suis donc très enthousiaste. J’aimerais en savoir plus. Les Serbes veulent-ils rejoindre les BRICS ? Il est trop tôt pour le dire. Je ne peux pas le dire. Mais je peux dire que nous voulons examiner cette opportunité. Pour la première fois, nous avons une véritable opportunité, nous avons une véritable alternative à l’Union européenne.

De plus, personnellement, je ne suis pas sûr à 100% que l’Union européenne veuille vraiment accepter la Serbie, une Serbie orthodoxe et libre. Je n’en suis pas sûr. L’une des raisons pour lesquelles je n’en suis pas sûr est, par exemple, la situation du recensement au Monténégro. Nous attendons les résultats du recensement au Monténégro depuis près d’un an. Le pays compte peut-être entre 600 000 et 700 000 habitants. C’est un peu comme une ville en Allemagne. Et personne ne nous donne d’informations précises sur le nombre de Serbes qui vivent au Monténégro. Je ne suis pas sûr que même le Monténégro ait une chance de devenir membre de l’UE en raison du grand nombre de Serbes qui y vivent. Ce n’est peut-être que mon impression. Je ne sais pas.