Serbes

La Serbie ne se rapproche décidément pas de l’UE… Ici c’est le président Aleksandar Vučić qui, samedi, avant le match Serbie-Suisse de la coupe des nations de l’UEFA, prend dans sa poche (à 0’32) une écharpe qu’il déploie au-dessus de sa tête : c’est le drapeau russe et le drapeau serbe côte à côte. Et pour être sûr que le geste est officiel, son voisin brandit une écharpe « République serbe ».

La Serbie et les BRICS

Dans une interview au Berliner Zeitung, le vice-Premier ministre serbe Aleksandar Vulin réitère son intérêt pour les BRICS, qui monte encore d’un cran :

« Il serait irresponsable de ne pas examiner toutes les possibilités, y compris l’adhésion aux BRICS. Si les BRICS sont attractifs pour d’autres pays, comme pour les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite ou la Turquie, pourquoi en serait-il autrement pour la Serbie ? Il ne fait donc aucun doute que les BRICS sont devenus une alternative réelle à l’Union européenne. »

Aleksandar Vulin souligne qu’il est devenu eurosceptique après avoir « découvert l’UE de l’intérieur ». Il s’est rendu compte que Bruxelles impose à Belgrade des conditions irréalisables et ne considère pas le pays comme un partenaire.

Aleksandar Vulin avait déjà confirmé le mois dernier sa participation au sommet des BRICS qui se tiendra à Kazan du 22 au 24 octobre, et qui réunira des dirigeants d’au moins 32 pays.

En juin dernier il avait dit qu’il n’avait pas l’intention de comparer les BRICS et l’UE mais que les BRICS pouvaient être une alternative. Il avait déclaré :

« Pour devenir membre des BRICS, il n’est pas nécessaire d’adopter des lois écrites hors des frontières de notre pays, vous n’êtes pas obligé de céder le pouvoir au secteur des ONG, vous n’êtes pas obligé d’afficher le drapeau de l’Ukraine dans votre pays ou de légaliser les mariages homosexuels. Pour devenir membre des BRICS, il n’est pas nécessaire d’imposer des sanctions à qui que ce soit ou de laisser à d’autres la gestion de la politique étrangère de votre pays. »

Leur démocratie

Hier, la Cour constitutionnelle de Roumanie a invalidé la candidature de Diana Iovanovici-Soșoaca, du parti SOS Roumanie, à la présidence de la Roumanie. Explicitement et uniquement au motif que cette personne, qui a été sénateur et qui est aujourd’hui député européen, est contre l’intégration de son pays à l’UE et à l’OTAN. (Dans la Moldavie voisine, toutes les candidatures aux législatives de personnes hostiles à l’adhésion du pays à l’UE et à l’OTAN sont rejetées.)

Aujourd’hui, Diana Iovanovici-Soșoaca a été suspendue du Parlement européen pour une semaine suite à l’incident du 18 juillet, quand elle avait mis une muselière en dénonçant la « dictature de Bruxelles » pendant le covid : « Vous avez tué des gens et supprimé des libertés fondamentales ! » Puis elle avait brandi des icônes et crié pendant que Valérie Hayer demandait à Ursule de tout faire pour inscrire le droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux. Elle avait alors été expulsée de l’hémicycle.

Routine eurocratique

La Commission européenne a porté plainte contre la Hongrie, hier, devant la Cour de justice de l’Union européenne, à propos de la loi hongroise qui instaure un Bureau de protection de la souveraineté chargé d’enquêter sur « toute activité financée par des fonds étrangers et susceptible d’influencer le résultat des élections, la volonté des électeurs ou de soutenir de telles activités ».

A priori c’est simplement une loi de bon sens, surtout dans un pays soumis au bombardement idéologique des ONG financée par Soros.

Mais c’est sans doute cela que ne supporte pas la Commission européenne : qu’un pays puisse vouloir se protéger des influences étrangères destructrices des valeurs traditionnelles et nationales.

La dictature européenne avait présenté ses objections au gouvernement hongrois le 7 février. Et les avait réitérées en mai. Le gouvernement hongrois avait fini par répondre sèchement que cette loi ne porte pas atteinte à la loi de l’UE et que les inquiétudes de la Commission sont infondées. Autrement dit, en termes à peine plus polis : allez vous faire foutre. Et ça n’a pas plu…

La « propagande » selon le Conseil de l’Europe

La première résolution de la session d’automne de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, adoptée hier par 117 voix contre 14 et 5 abstentions, s’intitule « Propagande et liberté d’information en Europe ». Par antiphrase, bien sûr : car les parlementaires sont toujours aussi obsédés par leur russophobie et la résolution vise à justifier une fois de plus l’interdiction de la liberté d’expression quand il s’agit de la Russie. Mais pas seulement.

Le ton est d’une violence stupéfiante de la part d’un organisme censé défendre les libertés :

L’Assemblée reconnaît que pour les régimes autoritaires, tels que la Fédération de Russie, la propagande est un élément indissociable de leur guerre contre la démocratie. Le média RT (anciennement «Russia Today»), qui est financé par l’État russe, et son réseau mondial, ainsi que les «usines à trolls» font partie d’une stratégie plus large visant à déstabiliser les démocraties européennes et à influencer les processus politiques.

Dans la foulée le Conseil de l’Europe « réitère son appel à reconnaître que l’Église orthodoxe russe est utilisée comme un instrument d’influence et de propagande russe par le régime du Kremlin »…

Bien que ce soit déjà fait, l’Assemblée « recommande » donc d’interdire tous les médias russes, « dont les activités portent atteinte à l’éthique journalistique et représentent une menace pour la sécurité nationale des États membres ». Et, au cas où vous n’auriez pas compris, de « reconnaître le rôle de l’Église orthodoxe russe en tant qu’outil de propagande de l’État russe, et évaluer l’implication des institutions religieuses qui sont utilisées pour diffuser la propagande du Kremlin dans leur pays et y répondre ».

Voilà qui justifie donc sans le dire l’interdiction de l’Eglise orthodoxe ukrainienne (puisque ce sont les arguments de la dictature ukrainienne).

Cette résolution s’appuie sur un rapport kilométrique où il n’est pas question une seule fois de la propagande ukrainienne, qui atteint pourtant des sommets ubuesquement historiques. Il s’agit uniquement de la propagande russe (sans jamais donner le moindre exemple), qui justifie toutes les mesures d’interdiction, y compris celle d’un chanteur russe en Lituanie, qui constitue « une menace pour la sécurité nationale » alors que c’est un chanteur de variété parfaitement incolore, ainsi que l’expulsion des journalistes russes…

Un paragraphe du rapport est particulièrement intéressant :

Malgré toutes ces sanctions, la propagande russe continue d’opérer en Europe. En Italie, divers rapports indiquent que la propagande russe a réussi à s’infiltrer dans les médias grand public, notamment parce que les producteurs de télévision voulaient augmenter la part d’audience de certaines émissions grâce à des débats animés.

Le seul fait d’inviter un intervenant qui ne s’inscrit pas dans le consensus russophobe et permet d’animer le débat (qui sur le sujet de la guerre en Ukraine est absent des plateaux de télévision) est donc un acte de « propagande »…

Intéressante aussi est la citation par le Conseil de l’Europe d’un rapport de l’Observatoire européen des médias numériques énumérant « les thèmes potentiels visés par la désinformation et les récits de propagande : la guerre en Ukraine, le changement climatique, les institutions de l’Union européenne, les questions de genre et la communauté LGBTIQ+, l’immigration, les réfugiés, la religion, la santé et les politiques relatives à la Covid-19 ».

Voilà les sujets tabous, sur lesquels toute discussion doit être interdite. Et c’est ce que l’on constate en effet. Mais il y a encore des failles, d’où les objurgations de l’organisme de défense de la « liberté d’information »…