Covington, Kentucky : haro sur la tradition

L’évêque de Covington (nord du Kentucky), Mgr John Iffert, supprime les Missionnaires de saint Jean Baptiste, constitué de deux prêtres et des laïcs, voués à la messe traditionnelle.

La décision a été prise « à la lumière de la lettre apostolique Traditionis Custodes et en réponse au dénigrement constant de la forme actuelle du rite romain par les membres de l’association et au manque de leadership clérical approprié pour l’association ». Bien sûr, il ajoute que les deux prêtres restent incardinés dans le diocèse de Covington et « conservent tous les droits et obligations liés à leur état vocationnel », autrement dit qu’ils doivent rester et célébrer la néo-liturgie…

Le « dénigrement constant » est clairement une calomnie. La petite congrégation s’est installée dans le diocèse en 2011 sous les auspices du précédent évêque, Mgr Roger Foys, qui en 2015 louait leur « merveilleux, merveilleux ministère », leur « amour du Seigneur et leur joie dans le Seigneur, ainsi qu’une merveilleuse révérence, dont on ne voit pas beaucoup d’exemples ».

L’organisation Christ is King Action ministries souligne que la suppression de ce groupe est « l’interruption soudaine et injuste d’un ministère qui a fait preuve d’une fidélité inébranlable envers l’Église », et que la « réconciliation réussie d’une communauté catholique entièrement indépendante avec l’Église » était l’une de leurs réalisations les plus remarquables.

Le 28 août dernier, Mgr Iffert célébrait une messe pour le lobby LGBT « Les catholiques embrassent tous les enfants de Dieu – un ministère pour les familles favorisées ». Sic.

De la Sainte Vierge le samedi

Salvatóris orígo dissímilis, sed natúra consímilis est : humáno usu et consuetúdine caret ; sed divína potestáte subníxum est, quod Virgo concéperit, quod Virgo pepérerit, et Virgo permánserit. Opórtuit enim ut primam Genetrícis virginitátem nascéntis incorrúptio custodíret, et complácitum sibi claustrum pudóris, et sanctitátis hospítium divíni Spíritus virtus infúsa serváret, qui statúerat dejécta erígere, confrácta solidáre, et superándis carnis illécebris multiplicátam pudicítiæ donáre virtútem ; ut virgínitas, quæ in áliis non póterat salva esse generándo, fíeret et in áliis imitábilis renascéndo.

L’origine du Sauveur est différente mais sa nature est semblable à la nôtre. Il échappe aux usages habituels de l’humanité mais il relève de la puissance divine qu’une vierge ait conçu, qu’une vierge ait enfanté, et qu’elle soit restée vierge. Il a fallu que l’intégrité de l’enfant garde dans sa fraîcheur la virginité de la mère et que la vertu infuse de l’Esprit divin conserve l’enclos de pudeur, asile de sainteté, qui lui était agréable. Car il avait décidé de relever les ruines, de consolider les brèches et de donner à la chasteté une force décuplée pour vaincre les attraits de la chair ; de la sorte, la virginité qui, pour les autres ne pouvait que se perdre par le fait d’engendrer deviendrait pour les autres objet d’imitation par le fait de naître à nouveau.

Saint Léon le Grand, sermon 22, leçon des matines.

L’icône de la Mère de Dieu du Signe (le signe donné par Dieu : « La Vierge concevra et elle enfantera un Fils ») est l’une des rares à montrer les trois étoiles de la virginité de Marie (l’une d’elles est généralement cachée par l’Enfant). Trois étoiles : vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, vierge elle est restée. Icône du monastère de Novodievitchi, Moscou, XVIIe siècle.

Saint Antoine

Les hymnes des matines byzantines, par Théodore Vasilikos.

Voici le texte et la traduction des premières, jusqu’au chant remarquable de l’idiomèle, à 7’40.

Τὴν ψυχήν σου δεσμεύσας πόθῳ Χριστοῦ, τὰ γεώδη μισήσας πάντα σαφῶς, ηὐλίσθης Πάτερ Ὅσιε, ἐν ἐρήμοις καὶ ὄρεσι· τοῦ γνωστικοῦ γὰρ ξύλου, γευσάμενος ἔνδοξε, ὡς ἐξ ἀδύτων μύστης, ἀγγελικῶς διέλαμψας· ὅθεν καὶ τὸν γνόφον, διαβὰς τῆς σαρκός σου, τὸ σκότος ἐδίωξας, τῶν δαιμόνων μακάριε, Μοναζόντων ὁ πρόκριτος. Πρέσβευε Χριστῷ τῷ Θεῷ, τῶν πταισμάτων ἄφεσιν δωρήσασθαι, τοῖς ἑορτάζουσι πόθῳ, τὴν Ἁγίαν μνήμην σου.

Ayant lié ton âme à l’amour du Christ, * vénérable Père, et méprisé tous les biens d’ici-bas, * tu fixas ta demeure dans les montagnes et les déserts ; * car, ayant goûté à l’arbre de la connaissance, * comme un Ange initié au mystère le plus secret tu resplendis ; * et, traversant la nuée de la chair, * tu repoussas les ténèbres des démons, * prince des Moines, Père bienheureux. * Intercède auprès du Christ notre Dieu * pour qu’il accorde la rémission de leurs péchés * à ceux qui fêtent de tout cœur ta mémoire sacrée.

Τὸν Ἀσκητὴν τοῦ Κυρίου ὕμνοις τιμήσωμεν, ὡς νεκρώσαντα πάσας τὰς προσβολὰς τῶν παθῶν, δι᾿ ἐγκρατείας καὶ στερρᾶς ὑπομονῆς ἀληθῶς, καὶ καταισχύναντα σφοδρῶς, τὸν ἀντίπαλον ἐχθρόν, καὶ πάσας τούτου ἐπάρσεις· καὶ νῦν πρεσβεύοντα τῷ Κυρίῳ, ἐλεηθῆναι τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

Honorons de nos hymnes l’Ascète du Seigneur * qui mortifia tous les désirs passionnés * par sa ferme patience et tempérance en vérité, * au point de couvrir de confusion * toute l’insolence de l’ennemi combatif; * et maintenant il intercède auprès du Christ, * pour qu’il prenne nos âmes en pitié.

Τοὺς θορύβους τοῦ βίου καταλιπών, τὸν σταυρόν σου ἐπ᾿ ὤμων ἀναλαβών, ὅλον ἀνατέθεικας, σεαυτὸν τῷ Κυρίῳ σου· καὶ σαρκὸς ἔξω Πάτερ, καὶ κόσμου γενόμενος, τοῦ Ἁγίου γέγονας, συνόμιλος Πνεύματος· ὅθεν καὶ πρὸς ζῆλον, τοὺς λαοὺς διεγείρων, τὰς πόλεις ἐκένωσας, τὰς ἐρήμους ἐπόλισας, θεοφόρε Ἀντώνιε. Πρέσβευε Χριστῷ τῷ Θεῷ, τῶν πταισμάτων ἄφεσιν δωρήσασθαι, τοῖς ἑορτάζουσι πόθῳ, τὴν ἁγίαν μνήμην σου.

Ayant renoncé à l’agitation de la vie * et ayant porté ta croix sur tes épaules, * tu t’es voué tout entier à ton Seigneur; * devenu étranger au monde et à la chair, * c’est du saint Esprit que tu devins le confident; * éveillant les foules au bon zèle pour Dieu, * tu vidas les villes et tu peuplas les déserts. * Père théophore, prie le Christ notre Dieu, * pour qu’il accorde la rémission de leurs péchés * à ceux qui célèbrent avec amour ta mémoire sacrée.

Τῷ φωτὶ λαμπομενος, τῷ ἀπροσίτῳ, ὡς ἀστὴρ ἐξέλαμψας, ἐν ταῖς ἐρήμοις, διδαχαῖς, καταφωτίζων Ἀντώνιε, τοὺς ἀδιστάκτῳ ψυχῇ προσιόντας σοι.

Illuminé par l’inaccessible clarté, * tu brillas comme un astre dans le désert, * faisant luire, Père saint, * tes enseignements limpides * sur ceux qui sans réserve s’approchent de toi.

Δόξα… Ταῖς τοῦ σοῦ Ὁσίου…
Καὶ νῦν… Ταῖς τῆς Θεοτόκου…

Gloire au Père…. Par les prières de saint Antoine…
Et maintenant… Par les prières de la Mère de Dieu…

Idiomèle

Ὅσιε Πάτερ, εἰς πᾶσαν τὴν γῆν ἐξῆλθεν ὁ φθόγγος τῶν κατορθωμάτων σου, δι᾿ ὧν ἐν τοῖς οὐρανοῖς, εὗρες μισθὸν τῶν καμάτων σου. Τῶν δαιμόνων ὤλεσας τὰς φάλαγγας, τῶν Ἀγγέλων ἔφθασας τὰ τάγματα, ὧν τὸν βίον ἀμέμπτως ἐζήλωσας. Παρρησίαν ἔχων πρὸς Κύριον, εἰρήνην αἴτησαι ταῖς ψυχαῖς ἡμῶν.

Père vénérable, * par toute la terre a retenti * la renommée de tes justes actions : * par elles tu as trouvé dans les cieux * la récompense de tes efforts ; * tu as détruit les phalanges des démons * et tu as rejoint les chœurs des Anges, * pour en avoir imité la pure vie. * Par le crédit que tu possèdes auprès du Christ notre Dieu * demande-lui la paix pour nos âmes.

Saint Marcel Ier

La collecte.

L’épigraphe de saint Damase.

L’ancienne messe propre.

Dans la Légende dorée.

Le martyrologe romain dit aussi en ce jour notamment :

Areláte, in Gállia, sancti Honoráti, Epíscopi et Confessóris ; cujus vita tam doctrína quam miráculis fuit illústris.

A Arles, en Gaule, saint Honorat, évêque et confesseur, dont la vie fut illustrée par sa doctrine et ses miracles.

Saint Honorat fonda sur l’ile de Lérins qui porte depuis lors son nom un monastère qui devint une pépinière de saints importants, puisque parmi ses premiers disciples on compte saint Hilaire d’Arles, saint Vincent de Lérins, saint Loup de Troyes, saint Eucher de Lyon, saint Fauste de Riez, saint Salvien de Marseille…

Il voulait être ermite sur son île mais il devint l’abbé d’un « immense monastère », au témoignage de Jean Cassien. Et l’évêque de Fréjus l’ordonna prêtre contre sa volonté. Deux ans avant sa mort il fut, par surprise, ordonné évêque d’Arles, qui était alors la capitale des Gaules et de l’empire. Il trouva un évêché regorgeant de richesses, qu’il distribua intégralement, et il garda toujours son habit monastique. Après un dernier sermon à ses amis contre la richesse, il s’endormit et parut sur le point de mourir. On le secoua un peu, et il dit en souriant : « Je m’étonne que, me voyant si bas et sachant combien j’ai été longtemps privé de sommeil, vous ne puissiez seulement me laisser dormir ! ». Puis il se rendormit et mourut paisiblement. Alors une foule accourut à l’évêché : « On aurait dit que tout le monde avait été réveillé par un avertissement des anges », dira saint Hilaire d’Arles, son parent, disciple, successeur et biographe.

Saint Paul premier ermite

Saint Jérôme a écrit sa vie. La liturgie byzantine l’honore également ce jour, sous le nom de saint Paul de Thèbes.

Chez les bénédictins c’est la fête de saint Maur, disciple de saint Benoît, qui marcha sur l’eau pour sauver saint Placide.

Un certain jour, alors que le vénérable Benoît se tenait en cellule, Placide, cet enfant attaché à la personne du saint homme, sortit pour puiser de l’eau dans le lac. Tenant son récipient, il eut un geste imprudent en le mettant dans l’eau, et entraîné par ce mouvement, il y tomba lui aussi. Aussitôt, le courant le saisit, l’éloigna du bord et le tira vers le large jusqu’à la distance d’un jet de flèche. Or l’homme de Dieu, à l’intérieur de sa cellule, eut aussitôt conscience de ce qui s’était passé et appela Maur en toute hâte : « Frère, lui dit-il, cours ! L’enfant qui était allé puiser de l’eau est tombé dans le lac et le courant l’a déjà entraîné fort loin ! »

Chose admirable et qui ne s’était pas reproduite depuis l’apôtre Pierre ! Voici : la bénédiction ayant été demandée et reçue, Maur, stimulé par l’ordre de son Père gagna cet endroit et, se croyant toujours sur la terre ferme, il continua sa course sur l’eau jusqu’à l’endroit où l’enfant avait été emporté par le courant : il le saisit par les cheveux et revint toujours en courant. A peine eut-il touché terre et repris ses esprits qu’il jeta un regard derrière lui et voici que, ce qu’il n’aurait jamais cru possible, étonné et tout tremblant, il le voyait accompli !

De retour chez le Père, il lui rendit compte de cet exploit. Le vénérable homme de Dieu, Benoît, lui, se mit à attribuer la chose non à ses propres mérites mais à l’obéissance de son disciple. Maur, au contraire, disait que c’était dû uniquement à son ordre : il était bien conscient que cela ne venait pas de sa propre vertu puisqu’il avait agi inconsciemment. Mais voici que dans cet assaut d’humilité, réciproque et amical, l’enfant sauvé intervint comme arbitre. Car il disait : « Moi, lorsque j’étais retiré de l’eau, je voyais au-dessus de ma tête la mélote du Père Abbé, et j’avais conscience que c’était lui qui me conduisait hors de l’eau. »

Saint Grégoire le Grand, Dialogues, II, 7.

Dessin de Philippe de Champaigne, fantaisistement attribué à Titien (en bas à gauche).

Obedientiae pennis elatus super aquas graditur nec fluctibus mergi potuit qui spiritu Dei ferebatur.

Emporté sur les ailes de l’obéissance, il marche sur les eaux et il ne peut s’enfoncer dans les flots, celui qui était porté par le souffle de Dieu.

(Antienne de tierce.)