Encore un exemple

Sancte Míchaël Archángele, defénde nos in prǽlio : ut non pereámus in treméndo judício.

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, que nous ne périssions pas au jour du jugement terrifiant.

Ceci est le verset de l’alléluia dans la messe traditionnelle. Il permet au prédicateur d’abord d’évoquer les anges, en ce jour où la fête de saint Michel prime le dimanche, et aussi de rappeler que la vie spirituelle est un combat, dans lequel nous avons besoin de la protection des anges.

Mais dans la néo-« liturgie » le « dimanche ordinaire » occulte la fête des anges, et de toute façon le verset d’alléluia a été purement et simplement supprimé. Car il n’y a ni combat ni jugement.

C’est encore un exemple de ce que la néo-« liturgie » relève d’une autre religion que la liturgie latine traditionnelle.

Dédicace de saint Michel archange

XIVe siècle, musée d’Athènes.

Benedícite Dóminum, omnes Angeli ejus : poténtes virtúte, qui fácitis verbum ejus. ℣. Benedic, ánima mea, Dóminum, et ómnia interióra mea, nomen sanctum ejus.

Bénissez le Seigneur, vous tous, ses Anges, qui êtes puissants et forts ; qui exécutez sa parole. ℣. Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est au dedans de moi bénisse son saint Nom.

Le graduel de la messe est selon dom Baron l’un des six graduels du missel grégorien dont la mélodie est très liée à celui du troisième dimanche de carême. De nombreux motifs sont identiques. Parmi les rares différences qui ne sont pas dues à l’adaptation au texte, on note surtout la chute inattendue d’une quinte sur « verbum ». Le texte du psaume dit seulement, a priori, que les anges font ce que Dieu leur demande par sa parole, mais c’est en effet le mot « verbum » qui est employé, et qui renvoie donc au Verbe (le texte grec du psaume a Logos), et la mélodie en profite pour illustrer la kénose du Verbe.

(Chanté par les moines de Saint-Wandrille en 1966.)

Saint Venceslas

Sur saint Venceslas, le « prince éternel des Tchèques », voir 1, 2, 3, 4

Le martyrologe romain évoque aussi en ce jour saint Exupère, évêque de Toulouse, dont saint Jérôme a parlé trois fois dans ses lettres.

Le martyrologe fait également mention de sainte Eustochium :

A Bethléem de Juda, sainte Eustochium vierge. Elle se rendit de Rome en Palestine, avec sa mère la bienheureuse Paula ; là elle fut élevée avec d’autres vierges auprès de la crèche du Sauveur, puis s’en alla vers le Seigneur, parée de ses éclatants mérites.

C’est à Eustochium que saint Jérôme envoie en 384 une très longue lettre qui est un véritable traité de la virginité. Le 29 juin de cette année-là, il lui envoie un billet, un « compliment », peut-on dire, où il montre tout son talent littéraire (avec la double variation sur bracelets-lettres-colombes), sa connaissance de la Bible, son goût pour l’étymologie, sans jamais oublier la nécessité de l’ascèse… (Jérôme est alors à Rome. Il retournera en Terre Sainte un an plus tard, où il sera bientôt rejoint par Paula et Eustochium.)

Petits par l’apparence, mais grands par l’affection dont ils témoignent, sont les présents que j’ai reçus d’une vierge : bracelets, lettres et colombes. Et parce que le miel ne saurait être offert en sacrifice à Dieu, son excessive douceur a été habilement modifiée et, pour ainsi dire, épicée par l’âcreté du poivre. A Dieu, en effet, rien ne peut plaire qui soit voluptueux ou tellement sucré, rien qui ne contienne un peu du mordant de la vérité : la Pâque du Christ se mange avec des condiments amers.

C’est jour de fête. La « nativité » de saint Pierre doit être chantée sur un ton plus festival qu’à l’ordinaire ; sans pourtant qu’un discours trop plaisant ne s’écarte de l’essentiel (je veux dire des Ecritures), ou que nous nous égarions trop loin de la palestre où nous nous exerçons. Dans Ezéchiel, Jérusalem est ornée de bracelets ; Baruch reçut des lettres de Jérémie ; et c’est sous l’espèce d’une colombe que descend l’Esprit Saint. Et pour que tu ressentes un peu la morsure du poivre et que tu renouvelles le souvenir de mon précédent ouvrage : veille à ne pas perdre les ornements de ton travail, que symbolisent les anneaux des bras ; ne déchire pas l’épître de ton cœur, comme fit avec le rasoir un roi impie de celle que lui remettait Baruch ; et ne mérite pas, à l’instar d’Ephraïm, d’entendre la parole d’Osée : « tu es devenue sotte comme une colombe ». Ces mots sont trop sévères, diras-tu, et peu convenables pour un jour de fête. Mais tu m’as toi-même provoqué par de tels présents ; puisque tu as associé des éléments amers aux sucrés, tu recevras aussi de nous la pareille : l’amertume accompagnera la louange.

Cependant – car je ne veux pas paraître déprécier tes cadeaux – nous avons aussi reçu une corbeille remplie de cerises si belles et comme rosies de pudeur virginale, que je les ai crues importées tout à l’heure par Lucullus lui-même (c’est lui qui a le premier apporté cette sorte de fruits de Cérasonte à Rome, après avoir subjugué le Pont et l’Arménie, et l’arbre a tiré son nom de son pays d’origine). Nous trouvons, en lisant l’Ecriture, une corbeille pleine de figues, mais il n’y est pas question de cerises. Aussi louerons-nous l’offrande par l’offrande elle-même, et nous te souhaitons d’être de ces fruits qui sont dans le voisinage du Temple, de qui Dieu dit : « ce qui est bon est très bon ». Le Sauveur n’aime pas le médiocre ; il ne rejette pas ce qui est froid et se délecte dans ce qui est chaud, mais il affirme dans l’Apocalypse qu’il vomira les tièdes. Veillons donc avec soin à célébrer une solennité moins par l’abondance des mets que par la joie spirituelle. Il est, en effet, parfaitement absurde de prétendre honorer, en nous rassasiant à l’excès, un martyr que nous savons avoir plu à Dieu par ses jeûnes. Tu dois toujours manger de telle sorte que la prière et la lecture puissent suivre immédiatement le repas. Cela déplaît-il à quelques-uns, dans ce cas chante les paroles de l’Apôtre : « si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas la servante du Christ » !

(Traduction de Jérôme Labourt, Les Belles Lettres.)

Saints Côme et Damien

Tropaire

Святи́и безсре́бреницы и чудотво́рцы Космо́ и Дамиа́не,/ посети́те не́мощи на́ша,/ ту́не прия́сте, ту́не дади́те нам.

Saints Anargyres et thaumaturges Cosme et Damien, visitez-nous lorsque nous frappe l’infirmité : gratuitement vous avez reçu, gratuitement donnez-nous, vous aussi.

Kondakion

Благода́ть прии́мше исцеле́ний,/ простира́ете здра́вие су́щим в ну́ждах,/ вра́чеве, чудотво́рцы пресла́внии,/ но ва́шим посеще́нием ра́тников де́рзости низложи́те,/ мир исцеля́юще чудесы́.

Ayant reçu le pouvoir des guérisons, à ceux qui en manquent vous conférez la vigueur : illustres médecins, thaumaturges renommés, renversez aussi par votre visite l’audace des ennemis et par vos miracles sauvez le monde entier.

Mégalynaire

Велича́ем вас,/ чудотво́рцы сла́внии Космо́ и Дамиа́не,/ и чтим святу́ю па́мять ва́шу,/ наста́вницы заблу́ждшим, исцели́тели боля́щим/ и собесе́дницы ангелом.

Nous vous magnifions, glorieux thaumaturges Côme et Damien, et honorons votre sainte mémoire, mentors des perdus, guérisseurs des malades et interlocuteurs des anges.

De la férie

Dans le calendrier romain on fait mémoire de saint Cyprien et sainte Justine.

Dans le calendrier byzantin, c’est la fête de la « métastasis » de saint Jean l’Evangéliste.

Les deux calendriers mentionnent saint Nil, fondateur du monastère de Grottaferrata.

Saint Nil (910-1004) était d’une famille grecque de Calabre. Devenu moine basilien, il fonda plusieurs monastères et vécut aussi en ermite, et ayant fui les Sarrasins, quelques mois avant sa mort il fonda dans le Latium le monastère de Grottaferrata, qui est aujourd’hui le dernier monastère grec catholique d’Italie, lié à l’Eglise grecque-catholique italo-albanaise. Le monastère est connu pour ses anciens manuscrits patristiques et liturgiques (dont trois de la main de saint Nil lui-même). Il n’a hélas plus aujourd’hui que quelques moines, comme on le voit et l’entend dans mes vidéos. Voici un document de 1987 où ils étaient un plus nombreux. C’est un extrait de la liturgie des présanctifiés, pendant le carême.