De la férie

Le martyrologe romain de ce jour commence par la mention de saint Cléophas :

Rembrandt, 1629.

Au bourg d’Emmaüs, l’anniversaire du bienheureux Cléophas, disciple du Christ. Dans la maison même où il avait préparé le repas du Seigneur, nous dit la tradition, il fut mis à mort par les Juifs pour avoir confessé le Christ. On lui donna en ce lieu même une digne sépulture.

Puis il y a pas moins de cinq saints « français » :

A Amiens, en Gaule, le bienheureux Firmin évêque. Durant la persécution de Dioclétien et sous le préfet Rictiovare, après divers tourments, il eut la tête tranchée et gagna le martyre.

A Lyon, en France, la mise au tombeau de saint Loup, qui d’anachorète devint évêque.

A Auxerre, saint Aunachaire (ou Aunaire), évêque et confesseur.

A Blois, en Gaule, saint Solenne, évêque de Chartres, célèbre par ses miracles.

Le même jour, saint Principe, évêque de Soissons, frère du bienheureux évêque Remi.

De la férie

Mémoire de Notre Dame de la Merci.

Dans le martyrologe romain on lit notamment :

En Egypte, la passion de saint Paphnuce et de ses compagnons martyrs. Paphnuce, qui vit dans le désert, apprenant que beaucoup de Chrétiens étaient détenus dans les chaines, vient de lui-même, poussé par l’Esprit de Dieu, se présenter au préfet, et fait ouvertement profession de pratiquer la Religion Chrétienne ; aussitôt jeté dans les fers, il est tourmenté très longtemps sur le chevalet, et envoyé avec beaucoup d’autres à Dioclétien, qui le fait clouer à un palmier ; les autres périssent par le glaive.

Miniature du Ménologe de Basile II, fin du Xe siècle.

On ne doit pas confondre ce Paphnuce avec deux autres saints du même nom : l’évêque que j’évoquais le 11 septembre dernier, et Paphnuce l’ascète, que Jean Cassien rencontra à Scété alors qu’il avait 90 ans : c’est la 3e conférence ; et il est question de Paphnuce jeune dans la 18e conférence.

Selon la tradition orientale le martyr Paphnuce fut mis à mort en compagnie de 456 autres chrétiens, ce qui n’a rien d’étonnant puisque c’était sous la grande persécution de Dioclétien en 303.

Dans certains calendriers byzantins il est célébré le 19 avril, mais plus souvent le 25 septembre.

Tropaires du lucernaire :

Par ta patience tu renversas les forteresses de l’impiété, valeureux Athlète du Seigneur, et tu reçus la victoire depuis le ciel ; ne cesse d’intercéder pour les fidèles vénérant ton auguste et sainte passion.

Avec foi nous glorifions tes saintes luttes, les exploits qu’en athlète joyeusement tu as accomplis pour le Christ crucifié, et par les hymnes nous célébrons, Martyr trois fois heureux, dans l’allégresse ta mémoire sacrée.

La châsse, Hiéromartyr, de tes reliques fait jaillir comme un fleuve des flots de guérisons, elle abreuve les cœurs des croyants qui s’en approchent nombreux chaque jour en chantant les combats que pour le Christ tu as menés.

Saint Lin

Sur saint Lin, voir ce que dit saint Irénée.

Mémoire de sainte Thècle. Dans le calendrier latin de l’impiété : « Culte supprimé en 1969. » Dans le calendrier byzantin (au 24 septembre) : « Synaxe de sainte Thècle mégalomartyre et égale-aux-Apôtres ».

Словесем Павловым научившися, богоневестная Фекло,/ и верою утвердившися от Петра, богозванная,/ первомученица явилася еси и первострадальница в женах,/ возшла еси на пламень, яко на место благоцветущее,/ звери и юнцы устрашишася тебе, вооружися бо Крестом./ Тем моли, всехвальная, Христа Бога,// спастися душам нашим.

Enseignée par la parole de Paul, vierge de Dieu Thècle et confirmée dans la foi par Pierre, par Dieu appelée au martyre, que parmi les femmes tu fus la première à éprouver ; tu entras dans les flammes comme dans un lieu florissant, et, alors que les fauves et les jeunes gens t’effrayaient, tu t’armas de la Croix : aussi, toi qui es digne de toute louange, prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.

Prêtres schizophrènes

Beau sermon, ce matin, comme d’habitude. Par un prêtre diocésain qui célèbre la messe traditionnelle, puis s’en va en paroisse célébrer le nouveau culte.

Brodant sur l’évangile et le verset d’introït, il parle de la joie d’obéir aux commandements, et de la joie du repentir. Et il évoque plusieurs fois le repentir, la pénitence.

Sait-il que le mot repentir ne se trouve nulle part dans la néo-liturgie, et le mot pénitence une seule fois, le « vendredi de la 26e semaine » ?

Pour tout dire ces mots n’existent plus. J’ai retrouvé hier en recherchant mes anciens textes sur ce dimanche, une réaction d’un lecteur qui ne comprenait pas ce que je voulais dire par « sacrement de pénitence ». Il était catholique pratiquant, il connaissait les sept sacrements, et il savait bien qu’il n’y a pas de « sacrement de pénitence », avec ce mot étrange de « pénitence ». Je lui avais expliqué, et il avait compris que c’était ce qu’on appelle « sacrement de réconciliation », qui a évacué repentir et pénitence.

Bref, ce prêtre ne peut pas faire le même sermon lors de sa messe du nouveau culte, sous peine d’être incompris de ceux qui n’ont pas fait leur catéchisme avant la révolution liturgique.

Le même prêtre avait fait un beau sermon sur la septuagésime, expliquant pourquoi il est important qu’il y ait une préparation liturgique au carême. Mais dans sa paroisse il n’y a pas de septuagésime, donc il n’y a aucune raison de se préparer au carême. Parce que le carême n’a pas la même signification.

De même, pour prendre un autre exemple, ce prêtre pourra prêcher à la messe traditionnelle sur les collectes qui demandent de mépriser les choses de la terre et aimer celles du ciel (conformément à toute la tradition spirituelle d’Orient et d’Occident), mais il ne le pourra pas dans sa messe nouvelle parce que ces oraisons ont toutes été supprimées.

Etc.

Je me demande comment ça se passe dans la tête de ces prêtres.

Question qui deviendra bientôt purement rhétorique quand tous ces prêtres auront fatalement abandonné la messe traditionnelle. Pour échapper à la contradiction, et avec l’aide s’il le faut de l’interdit pontifical.

18e dimanche après la Pentecôte

Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus. ℣. Fiat pax in virtúte tua : et abundántia in túrribus tuis.

Je me suis réjoui en ces mots qui m’ont été dits : Nous irons dans la maison du Seigneur. ℣. Que la paix soit dans ta force et l’abondance dans tes tours.

Le graduel, tiré du psaume 121, est commun au quatrième dimanche de Carême, mais aujourd’hui il est appelé par l’antienne d’introït, où la paix est également invoquée. Le Psalmiste, après les angoisses de l’exil de Babylone, se réjouit finalement à cette annonce inattendue qu’avec son peuple il pourra de nouveau franchir le seuil sacré du temple de Yahweh sur le mont Sion. La colère et la justice de Dieu ont dispersé Israël par l’épée, l’incendie, la guerre et la servitude ; mais cette vengeance divine ne peut jamais être séparée d’une ineffable miséricorde. Que Dieu restaure donc lui-même les ruines qu’il a accumulées dans sa citadelle de Jérusalem, et que la disette des années passées soit oubliée grâce à l’abondance de tout bien à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de la capitale de la théocratie judaïque.

Tout cela est évidemment élevé à un sens spirituel. La paix dont il est question ici constitue comme l’atmosphère de la Jérusalem céleste où Dieu même, bien suprême, comblera tout notre désir et nous établira dans une paix imperturbable.

Bienheureux cardinal Schuster

Par les maîtres de chœur réunis à Fontevraud en juillet 1991 sous la direction de dom Lefeuvre :