Samedi des quatre temps de l’Avent

La messe de ce jour, avec ses six lectures et l’hymne des enfants dans la fournaise, ses quatre graduels et ses huit oraisons, est une messe d’ordination. C’était même la seule messe d’ordination dans la Rome chrétienne des premiers temps. (J’ai connu un prêtre qui avait été ordonné un samedi des quatre temps de l’Avent.) Cette messe se célébrait en fait dans la nuit du samedi au dimanche, et c’était la messe du 4e dimanche de l’Avent, et il n’y avait pas de messe ce samedi. C’est pourquoi l’évangile est celui du 4e dimanche : « La quinzième année du règne de Tibère César »…

O clavis David * et sceptrum domus Israël; qui áperis, et nemo claudit; claudis, et nemo áperit: veni, et educ vinctum de domo cárceris, sedéntem in ténebris, et umbra mortis.

O Clef de David, et sceptre de la maison d’Israël ; qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez, et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.

Cinq versions de l’hymne des chérubins

Le monastère Sainte-Elisabeth de Minsk vient de mettre en ligne une vidéo de cinq versions de l’hymne des chérubins, par trois des chœurs du monastère.

0.00 – Le chant znamenny, par le Chœur festif. (Du moins basé sur le chant znamenny monodique, mais d’une polyphonie très élaborée.)

05:25 – Musique d’Irina Denisova, par le Chœur festif.

09:07 – Le chant « Starosimonovsky », par le Chœur festif. (Musique du hiéromoine Victor Vysotsky de l’ancien monastère Simonov.)

13:41 – Pavel Tchesnokov (arrangé pour le chœur patriarcal Sofroniev), par le Chœur des frères et sœurs laïcs.

20:00 – Le chant byzantin (en slavon), par le chœur d’hommes. Superbe.

Nous qui, dans ce mystère, représentons les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis de cette vie…
Amen. Pour accueillir le Roi de toutes choses, invisiblement escorté par les ordres des anges. Alléluia, alléluia, alléluia.

Vendredi des quatre temps de l’Avent

L’évangile du mercredi des quatre temps était celui de l’Annonciation. L’évangile du vendredi des quatre temps est celui de la Visitation. Avec aux matines le commentaire de saint Ambroise qui se termine ainsi : « Il faut considérer que c’est ici le supérieur qui vient à l’inférieur, pour que l’inférieur soit secouru : Marie vient à Élisabeth et le Christ à Jean. » Ce à quoi fait écho l’antienne du Benedictus : « Dès que la voix de ta salutation est venue à mes oreilles, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein, alléluia. »

L’antienne O du jour :

O radix Jesse, qui stas in signum populórum, super quem continébunt reges os suum, quem gentes deprecabúntur : veni ad liberándum nos, jam noli tardáre.

O Racine de Jessé, qui êtes comme l’étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus.

Jeudi de la troisième semaine de l’Avent

Un beau répons des matines :

℟. Præcúrsor pro nobis ingréditur Agnus sine mácula, * Secúndum órdinem Melchísedech Póntifex factus in ætérnum et in sǽculum sǽculi.
℣. Ipse est rex iustítiæ, cuius generátio non habet finem.
℟. Secúndum órdinem Melchísedech Póntifex factus in ætérnum et in sǽculum sǽculi.

Marchant devant nous, l’Agneau sans tache s’avance pour nous, ayant été fait Pontife, selon l’ordre de Melchisédech, pour l’éternité et les siècles des siècles. Lui-même est le Roi de justice, dont la génération n’a pas de fin, ayant été fait Pontife, selon l’ordre de Melchisédech, pour l’éternité et les siècles des siècles.

*

O Adonái, et Dux domus Israël, qui Móysi in igne flammæ rubi apparuísti, et ei in Sina legem dedísti : veni ad rediméndum nos in bráchio exténto.

O Adonaï, et Conducteur de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.

Le Missel de Stowe

Voici présenté pour la première fois le « Missel de Stowe », texte latin et traduction française par Stéphane Torquéau. C’est un témoin important de l’histoire de la liturgie, puisqu’il s’agit de l’unique missel de l’antique chrétienté celtique qui nous soit parvenu, en dehors du « Missel de Bobbio » qui est aujourd’hui davantage considéré comme un texte composite que comme un missel irlandais.

Son nom vient de ce qu’au début du XIXe siècle, alors qu’on ne connaissait pas son existence, on l’a découvert dans la collection de livres anciens du marquis de Buckingham en son château de Stowe House, en Angleterre. En 1883 la collection se retrouvera à la British Library, et les livres irlandais, dont le missel, seront remis à l’Académie royale d’Irlande où il se trouve toujours.

L’hommage qu’il contient permet de le dater assez précisément (entre 792 et 812) et de le localiser : il a été écrit au monastère de Tallaght, près de Dublin.

Il y a là non seulement l’ordinaire de la messe, mais aussi le rituel du baptême, un « rituel des malades », et une brève explication de la messe, très précieuse parce qu’elle montre notamment qu’avant la messe publique il y a un office de préparations des dons (comme dans la liturgie byzantine) et une fraction de l’hostie en parcelles, de 5 à 65 selon les temps et les fêtes, chaque nombre ayant une signification symbolique. Contrairement à la liturgie byzantine où l’on prélève les parcelles au moment de la préparation des dons, la disposition des parcelles (en forme de croix) ont lieu après la consécration, au moment de la fraction.

L’ordo missae est élaboré selon trois sources : le missel romain, avec notamment le canon « du pape Gélase » quelque peu modifié, des influences de la liturgie byzantine (la prière litanique dont plusieurs formules en viennent directement mais qui est dite « de saint Martin »), et tout un ensemble de prières qui sont spécifiquement irlandaises, avec notamment deux très longues litanies des saints, et de belles prières pour la communion. Il y a aussi le « commencement de la messe pour les pénitents vivants » et les oraisons pour la messe des morts. L’analyse de la messe par Stéphane Torquéau permet d’en suivre pas à pas le déroulement et de voir les variantes des textes empruntés au missel romain.

Le rituel du baptême est également influencé par la liturgie byzantine : on voit que les trois sacrements de l’illumination sont donnés en même temps (y compris aux petits enfants) : baptême, confirmation, eucharistie, la confirmation étant une onction du chrême accompagnée de trois oraisons.

Quiconque s’intéresse à la liturgie fera de passionnantes découvertes qui sont autant d’aliments à la méditation et à la prière.

Publié par les éditions Ar Gedour, le livre doit être commandé sur le site lulu.com.

L’original du « Missel de Stowe » est intégralement visible sur le site Irish Script on Screen. Voici la première page, qui est le prologue de saint Jean, et le début de la messe (Peccavimus, Domine …). Stéphane Torquéau donne opportunément les numéros de folio de l’original dans le texte latin.