Sainte Angèle Merici

Fin du Testament de sainte Angèle Merici (1540), fondatrice des ursulines (1535).

Si vous observez fidèlement toutes ces choses et d’autres semblables, comme le Saint-Esprit vous le dictera selon le temps et les circonstances, réjouissez-vous, continuez bon gré. Voici qu’une grande récompense sera préparée pour vous. Et là où seront les filles, là aussi seront les mères.

Soyez consolées, ne doutez pas ; nous voudrons vous voir au ciel au milieu de nous, car ainsi le voudra aussi Celui qui vous aime toutes. Et qui donc pourrait lui résister ? Lui dont la lumière et la joyeuse splendeur de vérité nous environneront au moment de la mort, et vous libéreront des mains de l’ennemi.

Persévérez donc fidèlement et avec allégresse l’œuvre commencée. Et gardez-vous, gardez-vous dis-je, de perdre votre ferveur, puisque chaque promesse que je vous fais se réalisera pour vous avec surabondance.

Maintenant, je m’en vais, et vous, entre temps, faites ce qui est à faire. Mais d’abord je vous embrasse et je donne à toutes le baiser de paix, en suppliant Dieu de vous bénir. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

La Très Sainte Trinité

Le doxastikon des vêpres de la Pentecôte (fête de la Trinité pour les byzantins), par Spyros Péristéris (1913-1998), professeur de musique byzantine au Conservatoire d’Athènes de 1937 jusqu’à sa mort, protopsalte de la cathédrale orthodoxe d’Athènes de 1951 jusqu’à sa mort. Document qui date semble-t-il de 1974.

Δεῦτε λαοί, τὴν τρισυπόστατον Θεότητα προσκυνήσωμεν, Υἱὸν ἐν τῷ Πατρί, σὺν ἁγίῳ Πνεύματι· Πατὴρ γὰρ ἀχρόνως ἐγέννησεν Υἱόν, συναΐδιον καὶ σύνθρονον, καὶ Πνεῦμα ἅγιον ἦν ἐν τῷ Πατρί, σὺν Υἱῷ δοξαζόμενον, μία δύναμις, μία οὐσία, μία Θεότης, ἣν προσκυνοῦντες πάντες λέγομεν· Ἅγιος ὁ Θεός, ὁ τὰ πάντα δημιουργήσας δι’ Υἱοῦ, συνεργίᾳ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος, Ἅγιος ἰσχυρός, δι’ οὗ τὸν Πατέρα ἐγνώκαμεν, καὶ τὸ Πνεῦμα τὸ Ἅγιον ἐπεδήμησεν ἐν κόσμῳ, Ἅγιος ἀθάνατος, τὸ Παράκλητον Πνεῦμα, τὸ ἐκ Πατρὸς ἐκπορευόμενον, καὶ ἐν Υἱῷ ἀναπαυόμενον, Τριὰς ἁγία, δόξα σοι.

Venez, tous les peuples, adorons en trois personnes l’unique Dieu: le Fils dans le Père avec le saint Esprit; car le Père engendre le Fils hors du temps, partageant même trône et même éternité, et l’Esprit saint est dans le Père, glorifié avec le Fils: une seule puissance, une seule divinité, un seul être devant qui nous tous, les fidèles, nous prosternons en disant: Saint Dieu qui as tout créé par le Fils avec le concours du saint Esprit, Saint fort par qui le Père nous fut révélé et par qui le Saint-Esprit en ce monde est venu; Saint immortel, Esprit consolateur qui procèdes du Père et reposes dans le Fils, Trinité sainte, gloire à toi.

Samedi des quatre temps de Pentecôte

℟. Jam non dicam vos servos, sed amícos meos; quia ómnia cognovístis, quæ operátus sum in médio vestri, allelúia: * Accípite Spíritum Sanctum in vobis Paráclitum: ille est, quem Pater mittet vobis, allelúia.
℣. Vos amíci mei estis, si fecéritis quæ ego præcípio vobis.
℟. Accípite Spíritum Sanctum in vobis Paráclitum: ille est, quem Pater mittet vobis, allelúia.
℣. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
℟. Accípite Spíritum Sanctum in vobis Paráclitum: ille est, quem Pater mittet vobis, allelúia.

℟. Je ne vous appellerai plus serviteurs, mais mes amis, parce que vous avez connu tout ce que j’ai accompli parmi vous, alléluia :
* Recevez en vous l’Esprit-Saint le Paraclet : c’est lui que mon Père vous enverra, alléluia.
℣. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.
℟. Recevez en vous l’Esprit-Saint le Paraclet : c’est lui que mon Père vous enverra, alléluia.
℣. Gloire au Père, au Fils, * et au Saint-Esprit
℟. Recevez en vous l’Esprit-Saint le Paraclet : c’est lui que mon Père vous enverra, alléluia.

Le second répons des matines de ce jour est aussi le dernier répons du temps pascal. Il se trouve que c’est aussi le répons qui est chanté à la fin des messes d’ordination sacerdotale, à l’issue duquel l’évêque confère au nouveau prêtre le pouvoir de remettre les péchés : « Accipe Spiritum Sanctum, quorum remiseris peccata, remittuntur eis; et quorum retinueris, retenta sunt. » « Reçois le Saint-Esprit, ceux à qui tu remettras les péchés, ils lui seront remis, ceux à qui tu les retiendras, ils seront retenus. » (Jean 20,22-23)

Or les samedis des quatre temps sont des jours d’ordination. Voici ce répons chanté par la schola Saint-Grégoire-le-Grand de l’Administration apostolique Saint-Jean-Marie-Vianney de Campos au Brésil, lors d’une ordination par Mgr Fernando Rifan, en 2018.

Vendredi des quatre temps de Pentecôte

L’introït, par la schola de l’abbaye de Niederaltaich (Bavière) sous la direction de Konrad Ruhland.

Repleátur os meum laude tua, allelúia : ut possim cantáre, allelúia : gaudébunt lábia mea, dum cantávero tibi, allelúia, allelúia.
℣. In te, Dómine, sperávi, non confúndar in ætérnum : in justítia tua líbera me et éripe me.

Que ma bouche soit remplie de ta louange, alléluia, pour que je chante, alléluia ; l’allégresse sera sur mes lèvres, lorsque je vous chanterai, alléluia, alléluia.
℣. C’est en vous, Seigneur, que j’ai espéré ; que je ne sois pas à jamais confondu. Dans votre justice, délivrez-moi et secourez-moi.

L’introït de la messe de ce jour reprend le début des versets 8 et 23 du psaume 70 dans le psautier romain :

8 Repleatur os meum laude tua ut possim cantare (gloriam tuam, tota die magnificentiam tuam).

23 Gaudebunt labia mea dum cantavero tibi (et anima mea quam redemisti).

Il y a à la fin de la divine liturgie byzantine depuis le VIIe siècle (et déjà dans l’antique liturgie de saint Jacques) une hymne d’action de grâce après la communion qui commence de la même façon. Mais ensuite elle évoque la communion, puis elle cite le début du verset 24 du psaume : « (ma langue) méditera tout le jour ta justice ».

Πληρωθήτω τὸ στόμα ἡμῶν αἰνέσεώς σου, Κύριε,
ὅπως ὑμνήσωμεν τὴν δόξαν σου,
ὅτι ἠξίωσες ἡμᾶς μετασχεῖν
τῶν ἁγίων ἀθανάτων καὶ ἀχράντων σου μυστηρίων·
στήριξον ἡμᾶς ἐν τῷ σῷ ἁγιασμῷ,
ὅλην τὴν ἡμέραν μελετᾶν τὴν δικαιοσύνην σου·
ἀλληλούια, ἀλληλούια, ἀλληλούια

Que notre bouche se remplisse de ta louange, Seigneur, afin que nous chantions ta gloire, parce que tu nous a jugés dignes d’avoir part à tes mystères saints, immortels et purs. Garde-nous dans la sainteté, afin que nous méditions tout le jour ta justice, alléluia, allélluia, alléluia.

Telle est la version authentique de l’hymne, telle qu’elle a été conservée sur l’Athos, et telle qu’elle est en slavon. Elle était tombée en désuétude dans les paroisses grecques, mais elle revient dans les livres liturgiques, avec des variantes. Dans la vidéo ci-dessous, comme dans les livres grecs les plus courants, les mots « immortels et purs » sont omis. Chant : Théophraste Vogiatzis, protopsalte de l’église de la Trinité à Myrina, sur l’île de Limnos.

Jeudi de Pentecôte

℟. Advénit ignis divínus, non combúrens sed illúminans, non consúmens sed lucens: et invénit corda discipulórum receptácula munda: * Et tríbuit eis charísmatum dona, allelúia, allelúia.
℣. Invénit eos concórdes caritáte, et collustrávit eos inúndans grátia Deitátis.
℟. Et tríbuit eis charísmatum dona, allelúia, allelúia.

℟. Il descendit un feu divin, ne brûlant pas, mais illuminant, ne consumant pas, mais éclairant : et il trouva dans les cœurs des disciples de purs réceptacles : * Et il leur accorda ses dons et ses grâces, alléluia, alléluia.
℣. Il les a trouvés unis par la charité, et il les a tous éclairés par l’effusion de la grâce divine.
℟. Et il leur accorda ses dons et ses grâces, alléluia, alléluia.

On voit tout de suite que le texte de ce répons ne vient pas de la Sainte Ecriture, même modifiée, mais d’un commentaire patristique. Il vient de ce qui est dans la patrologie de Migne le 186e « sermon supposé » de saint Augustin (sur 317 !) dont l’auteur est « incertain », le 5e de six sermons sur la Pentecôte. Assurément les deux phrases reprises de ce (bref) sermon ne sont pas indignes de saint Augustin, et méritent d’avoir été reprises dans la liturgie.

Le texte a été légèrement modifié. Le texte du sermon a « Invenit cordium receptacula munda » : il trouva les réceptacles purs des cœurs (sous-entendu des apôtres dont il est question auparavant), et il y a « gratis » (gratuitement) au lieu de « eis » (à eux).

Advenit ignis divinus, non comburens, sed illuminans; non consumens, sed lucens. Invenit cordium receptacula munda; et tribuit gratis charismatum dona.

(Certains disent qu’il y a d’abord eu le répons, qui a été ensuite utilisé par un prédicateur inconnu.)

L’enregistrement suivant fait entendre ce répons en plain chant interprété de façon moderne, avec le verset à deux voix (organum), de Léonin, maître de chant de Notre-Dame de Paris autour de 1200, « inventeur de la polyphonie ». Ce verset est interprété selon les conceptions actuelles, qui à mon sens en disent plus sur les fantasmes des musicologues que sur la musique médiévale. Mais ça donne une idée de ce qu’on pouvait entendre à Notre-Dame peu après sa consécration.