Mercredi des quatre temps de Pentecôte

Commentaire de cette phrase de l’évangile du jour : « Personne ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire », « Nemo potest veníre ad me, nisi Pater, qui misit me, tráxerit eum », par saint Augustin, traité 26 sur saint Jean (dans le bréviaire).

Ne t’imagine pas que tu sois tiré malgré toi ; l’âme est tirée par l’amour aussi. Et nous ne devons pas craindre d’être repris peut-être, au sujet de cette parole évangélique des saintes Écritures, par des hommes qui pèsent à l’excès les paroles et qui sont loin de comprendre les choses, surtout celles de Dieu ; nous ne devons pas craindre que l’on nous dise : Comment puis-je croire par ma libre volonté si je suis tiré ? Moi je réponds : C’est peu dire : par la volonté, vous êtes même tiré par le plaisir. Qu’est-ce qu’être tiré par le plaisir ? « Mets tes délices dans le Seigneur, et il t’accordera ce que ton cœur demande » (Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui, psaume 36). Il existe une certaine volupté pour le cœur auquel est doux ce pain céleste. Or si un poète a pu dire : « Chacun est tiré par son plaisir » (Trahit sua quemque voluptas, Virgile, Bucoliques, 2, 65) ; remarquez, non par la nécessité, mais par la volupté ; non par le devoir, mais par la jouissance : à combien plus forte raison, devons-nous dire que celui-là est tiré vers le Christ, qui fait ses délices de la vérité, de la béatitude, de la justice, de la vie éternelle ; car le Christ est tout cela. Quoi ! Les sens du corps auraient leurs voluptés, et l’âme n’aurait point les siennes ? Si l’âme n’a point ses jouissances, comment expliquer ces paroles : « Les enfants des hommes espéreront à l’abri de vos ailes, ils seront enivrés de l’abondance de votre maison, et vous les abreuverez du torrent de ta volupté ; parce qu’en vous est une source de vie, et que dans votre lumière nous verrons la lumière ? » (Filii autem hominum in tegmine alarum tuarum sperabunt. Inebriabuntur ab ubertate domus tuæ, et torrente voluptatis tuæ potabis eos, quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen, psaume 35).

Donne-moi un cœur qui aime, il sent ce que je dis ; donne-moi un cœur qui désire, donne-moi un cœur qui ait faim, donne-moi un cœur qui se regarde comme exilé et voyageur dans ce désert, un cœur qui ait soif du ciel et qui soupire après la source de l’éternelle patrie ; donne-moi un tel cœur, il sait ce que je dis. Mais si je parle à un cœur froid, il ne comprend pas mon langage. Tels étaient les juifs qui murmuraient entre eux. « Celui, dit le Sauveur, que mon Père tire, vient à moi. » Mais que signifient ces paroles : « Celui que mon Père tire », puisque le Christ lui-même tire ? Dans quelle intention le Sauveur s’est-il exprimé ainsi : « Celui que mon Père tire ? » Si nous devons être tirés, soyons-le par celui à qui une âme aimante disait : « Après toi nous courrons à l’odeur de tes parfums » (Trahe me, post te curremus in odorem unguentorum tuorum, Cantique des cantiques 1, 3). Considérons attentivement, mes frères, ce que le Sauveur veut nous faire entendre, et comprenons le dans la mesure de nos forces. Le Père tire vers le Fils ceux qui croient au Fils, par ce qu’ils sont persuadés qu’il a Dieu pour Père. Dieu le Père, en effet, a engendré un Fils égal à lui ; et l’homme qui reconnaît dans sa pensée que celui en qui il croit est égal au Père, qui possède dans sa foi le sentiment de cette vérité et qui la médite, le Père le tire vers son Fils.

Arius a cru que le Fils était une créature ; le Père ne l’a point tiré, car on ne considère pas le Père, lorsqu’on ne croit point que le Fils lui est égal. Que dis-tu, ô Arius ? Que dis-tu, hérétique ? Quel langage tiens-tu ? Qu’est-ce que le Christ ? Il n’est point le Dieu véritable, dis-tu, mais il a été fait par le Dieu véritable. Le Père ne t’a point tiré : car tu n’as pas compris le Père dont tu nies le Fils. Ce que tu penses du Christ est tout différent de ce qu’il est, ce n’est pas lui ; tu n’es point tiré par le Père, et tu n’es point tiré vers le Fils, car autre chose est le Fils, autre chose ce que tu dis qu’il est. Photin dit : Jésus-Christ n’est qu’un homme : il n’est pas Dieu aussi. Celui qui pense ainsi, le Père ne l’a pas tiré. Quel est celui que le Père a tiré ? Celui qui dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » On montre à une brebis un rameau vert et on le tire ; on montre des noix à un enfant et il est tiré ; et puisqu’il court, il est tiré par ce qu’il aime, il est tiré sans aucune violence extérieure, il est tiré par le lien du cœur. Si les charmes que les délices et les voluptés terrestres révèlent aux cœurs aimants exercent sur eux une véritable puissance d’attraction, car elle est vraie cette maxime : « Chacun est tiré par son plaisir », refuserons-nous cette puissance à Jésus-Christ, qui nous est révélé par le Père ? Qu’est-ce que l’âme, en effet, désire plus vivement que la vérité ?

Le début du deuxième paragraphe est un exemple de l’influence de saint Augustin sur saint Bernard, qui a écrit des périodes similaires :

Da amántem,
et sentit quod dico :
da desiderántem,
da esuriéntem,
da in ista solitúdine peregrinántem,
atque sitiéntem,
et fontem ætérnæ pátriæ suspirántem :
da talem,
et scit quid dicam.

Mardi de Pentecôte

L’hymne des laudes pendant l’octave de la Pentecôte, par les moines de Ligugé (qui chantent la doxologie du Veni Creator, ce doit être comme ça dans la nouvelle liturgie).

Beáta nobis gáudia
Anni redúxit órbita,
Cum Spíritus Paráclitus
Effúlsit in discípulos.

Ignis vibránte lúmine
Linguæ figúram détulit,
Verbis ut essent próflui,
Et caritáte férvidi.

Linguis loquúntur ómnium;
Turbæ pavent Gentílium,
Musto madére députant
Quos Spíritus repléverat.

Patráta sunt hæc mýstice,
Paschæ perácto témpore,
Sacro diérum número,
Quo lege fit remíssio.

Te nunc, Deus piíssime,
Vultu precámur cérnuo:
Illápsa nobis cǽlitus
Largíre dona Spíritus.

Dudum sacráta péctora
Tua replésti grátia:
Dimítte nostra crímina,
Et da quiéta témpora.

Glória Patri Dómino,
Natóque, qui a mórtuis
Surréxit, ac Paráclito,
In sæculórum sǽcula. Amen.

Le cycle de l’année nous a ramené
Les joies bienheureuses du jour
Où l’Esprit Paraclet
A envahi les Apôtres.

Le feu à l’éclat vibrant
A pris la forme de langue
Pour qu’ils fussent abondants en paroles
Et brûlants de charité.

Ils parlent les langues de tous ;
Les foules des gentils sont dans la stupeur.
Ils croient pris de vin nouveau
Ceux que l’Esprit avait comblés.

Cela s’est accompli selon le mystère,
Lorsque le temps de la Pâque fut achevé,
Dans le cycle sacré des jours
Où se fait légalement la remise des dettes.

C’est Vous, maintenant, Dieu très bon
Que nous prions, prosternés ;
Accordez-nous les dons de l’Esprit,
Qui nous viennent du ciel.

Ces cœurs récemment consacrés,
Vous les avez remplis de Votre grâce.
Remettez-nous nos crimes
Et donnez-nous des jours paisibles.

A Dieu le Père soit la gloire
Et au Fils qui ressuscita des morts
Et au Paraclet
Dans les siècles des siècles, amen.

Lundi de Pentecôte

Voici le sermon 267 de saint Augustin, pour le jour de la Pentecôte, dont le début fait l’objet des leçons du deuxième nocturne des matines dans le bréviaire monastique.

La solennité de ce jour nous rappelle la grandeur du Seigneur notre Dieu et la grandeur de la grâce qu’il a répandue sur nous ; car si on célèbre une solennité, c’est pour empêcher l’oubli d’un événement accompli. Aussi le mot solennité, solemnitas, vient-il de solet in anno, et signifie par conséquent ce qui se répète chaque année. Quand le lit d’un fleuve ne se dessèche point en été et que ce fleuve coule toute l’année, per annum, on dit que son cours est ininterrompu, en latin perenne; ainsi appelle-t-on solennel, solemne, ce qui se célèbre chaque année, quod solet in celebrari.

Aujourd’hui donc nous célébrons l’avènement du Saint-Esprit : car après avoir promis, sur la terre, le Saint-Esprit, le Seigneur l’a envoyé du haut du ciel. En promettant de l’envoyer du haut du ciel il avait dit : « Si je ne m’en vais, il ne peut venir ; mais je vous l’enverrai quand je serai parti. » Voilà pourquoi il souffrit, mourut, ressuscita et monta au ciel, où il devait accomplir sa promesse. Accomplissement, attendu des disciples, c’est-à-dire, comme il est écrit, de cent vingt âmes, ou du nombre décuplé des Apôtres, car ils avaient été choisis au nombre de douze, et l’Esprit-Saint descendit sur cent vingt. Donc en l’attendant ils étaient réunis dans une même demeure et ils y priaient ; car c’était la foi qui dès lors inspirait leur désir, leur prière était animée d’une ferveur toute spirituelle ; c’étaient des outres neuves qui attendaient du ciel un vin nouveau et ce vin y descendit, car le raisin mystérieux avait été foulé et la gloire en rayonnait. Aussi bien lisons-nous dans l’Evangile : « L’Esprit n’avait pas été donné encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »

A leurs supplications, que fut-il répondu ? Vous venez de l’entendre ; quel prodige ! Tous ceux qui étaient là ne savaient qu’une langue ; et le Saint-Esprit étant descendu en eux, les ayant remplis, ils parlèrent plusieurs langues, les langues de tous les peuples, sans les avoir sues auparavant, sans les avoir apprises ; c’est qu’ils avaient pour Maître celui qu’ils venaient de recevoir ; en entrant en eux il les remplit et ils débordèrent ; et le signe qu’on avait reçu le Saint-Esprit, c’est qu’aussitôt qu’on en était rempli on parlait toutes les langues. Ce phénomène ne se réalisa pas seulement dans les cent vingt disciples. Le même livre sacré nous apprend qu’une fois devenus croyants, les hommes ensuite recevaient le baptême, puis l’Esprit-Saint, et qu’alors ils parlaient les langues de tous les peuples.

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Le mégalynaire de la Pentecôte

Hymne à la Mère de Dieu après la consécration, hirmos de la 9e ode du canon des matines de la Pentecôte, de saint Côme le mélode, moine à Saint-Sabbas en même temps que saint Jean Damascène, auteur de l’autre canon de la Pentecôte. Par Charilaos Taliadoros (1926-2021), protopsalte pendant près de 60 ans de l’ancienne cathédrale Sainte-Sophie de Thessalonique, honoré du titre d’« archonte protopsalte du saint archevêché de Constantinople ».