Saint Martin

Vitrail, vers 1230, Musée de Cluny.

Il existe trois offices orthodoxes de saint Martin en français. Le plus répandu paraît être celui que publia l’archimandrite Denis Guillaume en 1994, dont voici le tropaire et le kondakion :

Brûlant de zèle pour le vrai Dieu, en moine et hiérarque tu l’as servi ; dans le ciel tu as trouvé la couronne des saints et sur terre grande gloire, ô Martin ; pour vêtir un pauvre tu partageas en deux ton manteau, dont tu vis ensuite le Christ revêtu ; dans les campagnes tu portas la lumière de la foi et de tes miracles mainte ville fut témoin. Père célébré dans tout l’univers pour ton zèle de pasteur et ton ardente charité, prie le Christ notre Dieu en faveur de nos âmes.

En soldat du Christ tu as parcouru l’Occident, où tu défendis la vraie foi contre la doctrine d’Arius ; aux humbles tu prêchas l’Évangile du salut, en toi les misérables ont trouvé leur bienfaiteur, les opprimés un protecteur, les prisonniers un libérateur ; le fait unique d’avoir taillé en deux ton manteau pour vêtir un pauvre sans vêtement t’a rendu célèbre dans le monde entier. C’est pourquoi, vénérant ta mémoire, nous te chantons : Réjouis-toi, Père égal-aux-Apôtres, saint hiérarque Martin !

Un autre office dit ceci :

Ta miséricorde envers le pauvre sans vêtement t’a valu, ô Martin,
De contempler le Christ qui disait aux anges :
Martin m’a revêtu de ce vêtement,
Aie pitié de nous qui sommes pauvres
Et qui n’avons pas d’œuvres bonnes pour nous vêtir,
Et prie le Seigneur de l’univers
Qu’il fasse miséricorde à nos âmes.

Humble et simple de cœur, évêque Martin ;
Tu as fait paître ton troupeau,
Tu as guéri les malades et chassé les démons,
Tu as dompté le feu et tu as ressuscité les morts.
Par ta vie angélique et ta prière incessante
Tu as rendu fertiles les cœurs assoiffés
Et offert au Seigneur de la vigne une vendange surabondante.
Ô pontife vraiment saint qui ne juges personne
Assiste-nous à l’heure redoutable du jugement.

Le troisième office est celui du monastère (grec) Saint-Nicolas-de-la-Dalmerie (Hérault).

Tu es apparu comme un vaillant soldat du Christ, ô Pontife Martin ; moine tu as affermis tes frères par tes combats de vertu et ton ardente charité ; Evêque, tu illuminas ton peuple par la puissance de tes actes et de tes paroles, comme par la force de ta sagesse. Gloire au Christ qui t’a glorifié, gloire à celui qui par toi fit des merveilles, gloire à celui qui opère en tous, par tes prières, le salut.

Clairon de l’Esprit ayant fait retentir la parole de Dieu, implanteur de la foi ayant déraciné les hérésies, fidèle serviteur de la divine Trinité, sublime pontife Martin, devant le trône du Seigneur avec les anges en tout temps, ne cesse pas d’intercéder en faveur de nous tous.

*

Le texte de Sulpice Sévère dont sont extraites les antiennes du jour de l’office latin.

• La « prière de saint Martin ».

Les antiennes de Benedictus et de Magnificat.

• L’hymne Martine par apostolis.

• L’hymne Iste confessor.

L’alléluia de la messe.

• La séquence d’Adam de Saint-Victor.

Saint André Avellin

André Avellin, auparavant nommé Lancelot, naquit dans un bourg de Lucanie appelé Castronuovo, et donna dès son enfance des marques non équivoques de sa future sainteté. Arrivé à l’adolescence, il-dut s’éloigner de la maison paternelle pour étudier les lettres ; mais il traversa cette phase dangereuse de la vie en s’appliquant, au milieu de ses études, à ne perdre jamais de vue « la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse. » Joignant à une rare beauté un amour de la chasteté qui lui fit éviter les embûches de femmes impudiques, il les repoussa même quelquefois par la force ouverte. Enrôlé dans la milice cléricale, il se rendit à Naples pour étudier le droit, et y obtint le titre de docteur ; mais ayant été élevé à la dignité sacerdotale, il plaida seulement au for ecclésiastique et pour quelques particuliers, suivant les règles des saints canons. Mais un léger mensonge lui ayant un jour échappé dans sa plaidoirie, ouvrant ensuite comme par hasard la sainte Écriture, il y tomba sur ce passage : « La bouche menteuse tue l’âme », et fut saisi d’une telle douleur de sa faute, d’un tel repentir, qu’il résolut aussitôt de quitter son genre de vie. Abandonnant donc le barreau, il se consacra entièrement au culte divin et au saint ministère. Ses éminents exemples de toutes les vertus ecclésiastiques portèrent l’Archevêque de Naples à lui confier la direction d’une maison de religieuses. Ayant éprouvé dans cet emploi la haine d’hommes pervers, il put échapper à un premier attentat contre sa vie ; mais, peu après, un assassin lui fit trois blessures au visage, sans que cette cruelle injure troublât son égalité d’âme. Le vif désir de mener une vie plus parfaite lui fit solliciter avec instance d’être admis parmi les Clercs réguliers, et, son vœu ayant été exaucé, il obtint, à cause du grand amour de la croix qui l’embrasait, qu’on lui imposât le nom d’André.

Entré avec une joyeuse ardeur dans la carrière d’une vie plus austère, il s’appliqua surtout à des exercices de vertu, auxquels il s’astreignit même par des vœux très difficiles à garder, à savoir : l’un, de combattre constamment sa propre volonté, l’autre, d’avancer toujours plus avant dans le chemin de la perfection chrétienne. Fidèle observateur de la discipline religieuse, André eut très grand soin de la faire observer par les autres, quand il fut à leur tête. Tout le temps que lui laissaient la charge de son institut et l’accomplissement de sa règle, il le donnait à l’oraison et au salut des âmes. Dans l’audition des confessions, son admirable piété et sa prudence parurent avec éclat. Il parcourait fréquemment les villes et les villages des environs de Naples en ministre de l’Évangile, au grand profit des âmes. Le Seigneur se plut à illustrer, même par des prodiges, cette ardente charité du saint homme envers le prochain. Comme il revenait chez lui pendant une nuit d’orage, après avoir entendu la confession d’un malade, la pluie et la violence du vent éteignirent le flambeau qui éclairait sa marche ; or, non seulement ses compagnons et lui ne furent aucunement mouillés, malgré cette pluie torrentielle, mais son corps projeta miraculeusement une clarté extraordinaire, qui servit à guider ses compagnons au milieu des ténèbres les plus épaisses. André pratiqua l’abstinence, la patience, le mépris et la haine de soi avec le plus grand soin et excella dans l’exercice de ces vertus. Il supporta, sans qu’aucun trouble agitât son âme, le meurtre dont le fils de son frère fut victime, réprimant chez les siens tout désir de vengeance, allant même jusqu’à implorer pour les meurtriers la clémence et l’assistance des juges.

Il propagea dans beaucoup d’endroits l’Ordre des Clercs réguliers et leur fonda des maisons à Plaisance et à Milan. Deux Cardinaux, saint Charles Borromée et Paul d’Arezzo, Clerc régulier, qui l’avaient en très grande affection, recoururent à ses services dans les soins de la charge pastorale. André aimait et honorait singulièrement la Vierge, Mère de Dieu ; il mérita de jouir de la conversation des Anges, et attesta les avoir entendus chanter au ciel, pendant que lui-même célébrait les louanges divines. Enfin, après avoir donné d’héroïques exemples de vertus ; après s’être rendu célèbre par le don de prophétie, qui lui faisait voir clairement des faits éloignés ou futurs, comme par celui de pénétration des cœurs, déjà chargé d’années et épuisé par les fatigues, il fut frappé d’apoplexie, au moment où, après avoir répété pour la troisième fois le verset : « Je m’approcherai de l’autel de Dieu », il allait monter à l’autel pour célébrer. Ayant été aussitôt muni des sacrements, André expira de la manière la plus douce, au milieu des siens. Son corps est vénéré jusqu’en ces temps-ci, dans l’église de Saint-Paul, à Naples, par un aussi grand concours de peuple qu’au moment où on l’inhuma. En raison des miracles éclatants opérés par lui durant sa vie et après sa mort, le souverain Pontife Clément XI l’inscrivit au catalogue des Saints avec les solennités accoutumées.

(Bréviaire.)

Dédicace de la basilique du Latran

Le vrai nom de la fête est « Dédicace de l’archibasilique du Très Saint Sauveur ». Elle prime le dimanche.

Bienheureux cardinal Schuster :

Cette fête, devenue si importante, apparaît dans l’usage liturgique du Latran vers le XIIe siècle, époque où les divers Ordines Romani notent qu’en cette circonstance l’église était ornée de guirlandes, et qu’en ce jour, si le Pontife était à Rome, il célébrait lui-même la messe et les vêpres de la solennité.

Quand et comment apparut cet anniversaire de la dédicace du Latran, ignorée d’abord de la tradition liturgique classique de Rome, nous l’ignorons encore. Si toutefois nous remarquons qu’elle se présente dix jours avant celle des basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, nous serons tentés d’admettre qu’elle a été instituée en corrélation avec la solennité inaugurale des deux principaux sanctuaires apostoliques, afin de célébrer à quelques jours d’intervalle la dédicace des trois plus grandes basiliques constantiniennes de Rome.

Le martyrologe hiéronymien mentionne la dédicace des basiliques romaines restaurées ou construites par Sixte III comme Sainte-Marie-Majeure (5 août), Saint-Pierre ad vincula (1er août), les saints Sixte, Hippolyte et Laurent (2 novembre) tandis qu’il omet toute mention des dédicaces accomplies par le pape saint Sylvestre sur la voie Cornelia, sur la voie d’Ostie et in Lateranis.

Comment arriva-t-on, à Rome, à fixer au 9 novembre l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Sauveur ? Les documents nous manquent, et nous ne pouvons faire que des hypothèses.

Il fut un temps où la tradition liturgique à Rome voulait qu’on célébrât aujourd’hui simultanément la dédicace des diverses églises dédiées au Sauveur. Peut-être, au début, le 9 novembre était-il simplement l’anniversaire de la dédicace de Saint-Sauveur in Thermis, dont Constantin aurait été également le premier fondateur ? Avec le temps, la dedicatio Sancti Salvatoris aurait été étendue à toutes les églises dédiées au Sauveur à Rome, à commencer par la basilique du Latran.

Il y a plus ; en ce même jour, les Orientaux fêtent la commémoration d’une image miraculeuse du Sauveur, profanée par les Juifs à Beyrouth, et de laquelle aurait jailli du sang. Il est possible que cette fête orientale du Sauveur, devenue populaire même chez les Latins et inscrite dès lors dans les martyrologes, ait été le point de départ de la solennité romaine de la basilique du Sauveur au Latran.

Mais même sans avoir la prétention de faire remonter la dédicace que nous célébrons aujourd’hui jusqu’au temps du pape Silvestre, pourquoi ne pas la mettre plutôt en relation avec celle qu’accomplit certainement au Latran Serge III (904-911) alors que, la vénérable basilique constantinienne s’étant écroulée en 897, il la releva entièrement ?

Comme on le voit, il faut actuellement laisser tous ces problèmes encore sans solution, et nous devons nous contenter, pour le moment, de savoir que la dedicatio Sancti Salvatoris a à son actif une antiquité d’au moins huit siècles, antiquité suffisamment vénérable par conséquent.

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Il est possible en effet, voire même probable, que le 9 novembre ait été choisi à cause de la commémoration en ce jour de « l’image du Sauveur laquelle ayant été crucifiée par les Juifs, répandit du sang en telle abondance que les églises d’Orient et d’Occident purent en recevoir à leur gré », comme dit le martyrologe. Mais je n’ai trouvé aucune mention de cette fête en ce jour ni en aucun autre dans les calendriers byzantins généraux. Il semble qu’elle existe dans le calendrier maronite au 10 avril. La fête de « l’image du Sauveur » était devenue en de nombreux pays latins la « fête du Sauveur », il était facile de lui substituer une fête de la « dédicace du Saint Sauveur ».

Résistance gagaouze

Célébration du 25e anniversaire du monastère Saint Dimitri de Ceadîr-Lunga, en Gagaouzie, ce matin.

En 1972 les autorités soviétiques avaient fait sauter l’église Saint-Dimitri de Ceadîr-Lunga, la deuxième ville de Gagaouzie. Dmitri Kirioğlu, 14 ans, avait sauvé deux icônes des décombres. Dmitri s’en alla ensuite étudier à l’Académie de théologie de Moscou, puis, devenu prêtre, il retourna chez lui. En 1988 il récolta des centaines de signatures pour demander au præsidium du soviet suprême l’autorisation de construire une église. L’autorisation fut donnée (c’était sous Gorbatchev), mais en périphérie de la ville. Il fit construire l’église et peignit lui-même les murs. En 2000, l’Eglise orthodoxe russe décida de transformer les lieux en monastère féminin. L’un des deux autels est dédié à saint Dimitri, dont c’est la fête aujourd’hui dans le calendrier russe.

On remarquera que la liturgie de l’Eglise orthodoxe russe, dans cette province autonome de la Moldavie, dont la population est d’origine turque, est partiellement en slavon, mais surtout en… grec (avec un chœur remarquable, cf. par exemple l’hymne des chérubins, à 1h02’20, ou « Nous te chantons, nous te bénissons… », à 1h37’20 par le chantre, le mégalynaire à 1h39’58).

Il y a une ordination sacerdotale, à partir de 1h14, et une ordination diaconale après la consécration à partir de 1h45.

A 2h16’40, la communion des petits enfants (ils ont l’habitude, ils baisent tous le pied du calice), et à 2h19 la communion d’un bébé (il faut enlever la totoche).

Sinon, Evguenia Gutsul, gouverneur de Gagaouzie, est toujours en prison…

De la Sainte Vierge le samedi

Quisnam tuum éloqui splendórem póterit, o María ? Quisnam porténtum, quod ipsa es, enarráre verbis áudeat ? Quisnam magnificéntiam tuam effári se posse confídet ? Tu hóminum exornásti natúram ; tu Angelórum órdines superásti ; tu fulgóres Archangelórum obtenebrásti ; tu dénique omnem creatúram longe transgréssa es : quippe quæ præ omni creatúra enituísti puritáte ; et ómnium creaturárum Conditórem in te excepísti ; ipsúmque et sinu tuo gestásti, et genuísti ; et sola ex ómnibus creatúris Dei Mater effécta es.

Qui donc pourrait exprimer ta beauté resplendissante, ô Marie ? Qui oserait raconter avec des mots humains ce prodige que tu es ? Qui pourrait se targuer de pouvoir dire ta magnificence ? C’est toi qui as embelli la nature des hommes, toi qui as surpassé les chœurs des anges, toi qui as obscurci l’éclat des archanges, c’est toi enfin qui l’as emporté de loin sur toute créature. Car, plus que toute créature, tu as resplendi par ta pureté, et le Créateur même de toutes les créatures, tu l’as reçu en toi, tu l’as porté en ton sein et mis au monde ; seule, parmi toutes les créatures, tu es devenue la Mère de Dieu.

2e homélie de saint Sophrone de Jérusalem sur l’Annonciation, leçon des matines.

Grande Icône (1,92 m) de la Mère de Dieu du Signe, du monastère de la Transfiguration de Iaroslavl, début du XIIIe siècle, aujourd’hui à la Galerie Tretiakov.