Ijé Khérouvim

Vidéo mise en ligne aujourd’hui par le monastère Sainte-Elisabeth de Minsk.

Nous qui, dans ce mystère, représentons les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis de cette vie…

pour accueillir le Roi de toutes choses, invisiblement escorté par les ordres des anges. Alléluia, alléluia, alléluia.

21e dimanche après la Pentecôte

La parabole que conte Jésus dans l’évangile de ce dimanche est une illustration de ce qu’il vient de répondre à Pierre qui lui demandait si l’on devait pardonner jusqu’à sept fois. Jésus lui a répondu qu’on ne doit pas pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois. Le nombre 7 multiplié par 10 puis par lui-même ne donne pas un nombre mais une indéfinité : on doit toujours pardonner, sans aucun calcul d’aucune sorte. Comme Dieu pardonne.

Alors Jésus raconte la parabole de cet « homme roi » qui découvre qu’un serviteur lui doit 10.000 talents. Aujourd’hui cela ne nous dit rien. Mais pour Pierre et les autres apôtres, la somme est inimaginable. Du reste aucun serviteur ne peut devoir 10.000 talents : l’équivalent d’au moins 60 millions de deniers, quelque chose comme 25 à 30 tonnes d’argent, cinquante fois plus que les impôts perçus par Hérode. Ces 10.000 talents sont l’équivalent du « 70 fois 7 fois ». Du reste, le mot grec pour dire 10.000 est le mot qui a donné « myriade ». Et déjà en grec, s’il voulait bien dire 10.000, il signifiait souvent « innombrable ». Comme on le voit aussi dans la première épître aux Corinthiens : « Dans l’église, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue ». Et la « myriade » d’hommes dont il est question au premier verset du chapitre 12 de l’évangile de saint Luc en grec a été traduit dans la Vulgate par « multis ».

Donc les apôtres ont aussitôt compris que Jésus parlait d’une dette incommensurable, d’autant qu’ils venaient d’entendre les « 70 fois 7 fois » du pardon : il ne parlait pas d’une dette d’argent, mais de celle du Pater : « dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris ».

Ce que confirme la suite de la parabole, puisque celui qui se reconnaît débiteur insolvable de « l’homme roi » refuse de remettre sa dette à son compagnon qui lui doit 100 deniers. Soit six cent mille fois moins. Et toutefois ce n’est pas rien : c’est plus de trois mois de salaire d’un ouvrier agricole. Car il faut garder en tête qu’on parle du pardon des offenses. Jésus ne parle pas du pardon des offenses les plus minimes, mais de vraies offenses, qui font vraiment mal.

En bref, si tu n’arrives pas à pardonner une offense qui, convertie en frappe au porte-monnaie, équivaut à trois mois de salaire, comment veux-tu que Dieu te pardonne tes péchés, qui sont incommensurables, parce que tout péché est une blessure infligée à la bonté et à la beauté infinies de Dieu.

Et, in fine, Jésus insiste : il ne s’agit pas de pardonner en paroles, du bout des lèvres, ou en faisant des restrictions mentales, mais « de tout son cœur ». Comme « l’homme roi » avait remis sa dette au serviteur parce qu’il avait été ému par sa supplication. Le grec emploie le verbe formé sur le mot splagkhna, qui veut dire entrailles, et spécifiquement les entrailles de la mère, traduisant l’hébreu rahamim, qui est la plus profonde miséricorde. Quand nous demandons pardon à Dieu, il en est remué dans ses entrailles maternelles. Puisque nous devons être parfaits comme notre Père céleste est parfait, nous aussi devons faire miséricorde à celui qui nous a blessé. Comme une mère, sans compter.

*

L’introït.

• Le graduel.

• L’Alléluia.

• L’« offertoire de Job ».

• La communion.

Toussaint

Fra Angelico, prédelle de l’autel du couvent Saint-Dominique de Fiesole, 1423.

Aujourd’hui, bien-aimés frères, nous célébrons, dans l’allégresse d’une solennité commune, la fête de tous les Saints. Leur société réjouit les cieux, leur protection console la terre, leur triomphe couronne la sainte Église. Plus 1a profession de leur foi a été ferme dans les tourments, plus ils ont d’éclat dans la gloire. Car la violence du combat s’augmentant, l’honneur des combattants s’est aussi accru. Les diverses tortures du martyre rehaussent le triomphe, et des souffrances plus affreuses ont procuré de plus délicieuses récompenses. Notre mère l’Église catholique, répandue au loin dans tout l’univers, à qui Jésus-Christ, son chef, apprit par son exemple à ne craindre ni les outrages, ni les croix, ni la mort, s’est de plus en plus fortifiée, non par la résistance, mais par la patience. Pour encourager toutes ces légions d’illustres athlètes, jetés en prison comme des criminels, et pour les animer tous à soutenir le combat avec la même ardeur et un courage égal, elle leur a inspiré la sainte ambition d’un glorieux triomphe.

Heureuse en vérité, l’Église notre mère, d’être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des Martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l’inviolable fidélité des Vierges ! Ni les roses, ni les lis ne manquent parmi ses fleurs. Et maintenant, très chers frères, que chacun de nous s’efforce d’acquérir la plus ample provision de titres à ces deux sortes d’honneurs, et de mériter, ou la couronne blanche de la virginité ou la couronne pourpre du martyre. Car, dans la milice des cieux, le repos et la lutte ont leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.

L’immense et ineffable bonté de Dieu a même eu soin de ne pas prolonger le temps des travaux et du combat, et de ne le faire ni long, ni éternel, mais court, et pour ainsi dire, d’un moment. Elle a voulu que les combats et les travaux fussent pour cette vie passagère et vite écoulée ; les couronnes et les récompenses du mérite, pour la vie éternelle ; que les travaux finissent promptement, que la récompense des mérites durât toujours ; qu’après les ténèbres de ce monde, il fût donné aux Saints de jouir de la plus resplendissante lumière, et de posséder une béatitude plus grande que le cruel excès de toutes les souffrances. Et voilà ce qu’attesté l’Apôtre quand il dit : « Les souffrances du temps n’ont aucune proportion avec la gloire qui doit un jour éclater en nous. »

Saint Bède, sermon 18 des saints, leçons des matines au deuxième nocturne.

*

L’introït.

Le graduel.

L’alléluia.

L’offertoire.

La communion.

L’invitatoire des matines.

Le premier répons des matines.

L’hymne des vêpres.

De la férie

℟. Tua est poténtia, tuum regnum, Dómine: tu es super omnes gentes : * Da pacem, Dómine, in diébus nostris.
℣. Creátor ómnium, Deus, terríbilis et fortis, justus et miséricors,
℟. Da pacem, Dómine, in diébus nostris.
℣. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
℟. Da pacem, Dómine, in diébus nostris.

℟. A vous la puissance, à vous la royauté, Seigneur : vous dominez sur toutes les nations : * Donnez la paix, Seigneur, à nos jours.
℣. Créateur de toutes choses, Dieu terrible et fort, juste et miséricordieux,
℟. Donnez la paix, Seigneur, à nos jours.
℣. Gloire au Père, au Fils, * et au Saint-Esprit
℟. Donnez la paix, Seigneur, à nos jours.

Le dernier répons des matines s’inspire d’abord de la prière de David à la fin du second livre des chroniques :

Tua est, Domine, magnificentia, et potentia, et gloria, atque victoria : et tibi laus : cuncta enim quæ in cælo sunt et in terra, tua sunt : tuum, Domine, regnum, et tu es super omnes principes….

La suite (Da pacem…) s’inspire de l’Ecclésiastique 50,25 :

(Deus) det nobis jucunditatem cordis, et fieri pacem in diebus nostris in Israël per dies sempiternos.

Le verset vient de la prière de Néhémie selon le second livre des Maccabées :

Et Nehemiæ erat oratio hunc habens modum : Domine Deus omnium creator, terribilis et fortis, justus et misericors, qui solus est bonus rex…

De la férie

Conformément aux lectures d’octobre, le premier répons des matines est issu du second livre des Maccabées : chapitre 1, versets 4 et 5. C’est le vœu que forment les juifs de Judée à ceux d’Egypte, dans la lettre qu’ils leur envoient à l’occasion de la fête des tabernacles. Mais la précision « in diebus vestris » a été ajoutée, et la suite (« Concédat vobis salútem, et rédimat vos a malis ») ne se trouve ni dans la Vulgate ni dans le texte grec, ni semble-t-il dans aucun autre livre : c’est un ajout ecclésiastique, qui donne plus de force liturgique à la prière.

℟. Adapériat Dóminus cor vestrum in lege sua et in præcéptis suis et fáciat pacem in diébus vestris : * Concédat vobis salútem, et rédimat vos a malis.
℣. Exáudiat Dóminus oratiónes vestras, et reconciliétur vobis, nec vos déserat in témpore malo.
℟. Concédat vobis salútem, et rédimat vos a malis.

℟. Que le Seigneur ouvre vos cœurs à sa loi et à ses commandements, et vous donne la paix durant votre vie : * Qu’il vous accorde le salut et vous rachète du mal.
℣. Que le Seigneur exauce vos prières, se réconcilie avec vous, et ne vous délaisse pas aux jours mauvais.
℟. Qu’il vous accorde le salut et vous rachète du mal.