Le P. Luykx et la rupture postconciliaire

Je reviens sur le livre du P. Boniface Luykx sur Vatican II et la réforme liturgique, parce que c’est très important. Le P. Luykx faisait activement partie du « Mouvement liturgique » des années 1940 et 1950, il fut nommé dans les instances de préparation du concile, puis il participa à la rédaction de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (souvent désignée sous le sigle CSL dans son livre), puis il participa aux travaux de deux des sous-commissions liturgiques du Consilium chargé d’appliquer le concile. Or cet homme-là, donc très engagé dans la réforme liturgique, a considéré que les sous-commissions trahissaient le texte conciliaire et fabriquaient une liturgie en rupture complète avec la Tradition et avec ce que voulaient les acteurs du « Mouvement liturgique ». En bref, le P. Luykx est un témoin irrécusable de ce que Benoît XVI appelait « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Le P. Luykx était professeur dans l’âme (et il fut très longtemps professeur de liturgie). A chaque chapitre il résume ce qu’il a dit et ce qu’il va dire. Au milieu du livre, au début du 3e chapitre, ce double résumé devient un résumé de tout le livre. En voici une traduction. On verra à quel point il insiste sur la rupture opérée par les fabricants de la nouvelle liturgie, qu’il qualifie à plusieurs reprises dans son livre de « fausse-couche liturgique » et de réforme « avortée ».

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Saint Vincent

Saint Vincent, diacre de Saragosse martyr de Dioclétien en 304 à Valence, est le patron des vignerons. Cela vient de l’étymologie populaire (ou plutôt du jeu de mots) Vincent = vin-sang : le vin qui devient le sang du Christ.

Dom Guéranger :

Une ancienne tradition, dans la chrétienté, assigne à saint Vincent le patronage sur les travaux de la vigne et sur ceux qui les exercent. Cette idée est heureuse, et nous rappelle mystérieusement la part que le Diacre prend au divin Sacrifice. C’est lui qui verse dans le calice ce vin qui bientôt va devenir le sang du Christ. Il y a peu de jours, nous assistions au festin de Cana : le Christ nous y offrait son divin breuvage, le vin de son amour ; aujourd’hui, il nous le présente de nouveau, par la main de Vincent. Pour se rendre digne d’un si haut ministère, le saint Diacre a fait ses preuves, en mêlant son propre sang, comme un vin généreux, dans la coupe qui contient le prix du salut du monde. Ainsi se vérifie la parole de l’Apôtre, qui nous dit que les Saints accomplissent dans leur chair, par le mérite de leurs souffrances, quelque chose qui manquait, non à l’efficacité, mais à la plénitude du Sacrifice du Christ dont ils sont les membres.

Chaque année a lieu la Saint Vincent Tournante dans les vignobles de Bourgogne. Cette année ce sera dans les Maranges, au sud de la Côte de Beaune, les 24 et 25 janvier.

Sainte Agnès

C’est aujourd’hui la naissance céleste d’une Vierge, imitons sa pureté. C’est le jour de naissance d’une Martyre, immolons des victimes. C’est le jour de naissance de sainte Agnès ; que les hommes admirent, que les enfants ne désespèrent point, que les femmes mariées soient émerveillées, que les vierges l’imitent.

Mais que pouvons-nous dire, qui soit digne de celle dont le nom même contient déjà quelque louange ? Sa donation à Dieu est au-dessus de son âge, son courage au-dessus de sa nature, de sorte qu’elle ne me paraît pas avoir eu un nom de créature humaine, mais un nom prophétique de Martyre qui présageait ce qu’elle serait. Le nom de Vierge est un titre de pureté. En l’appelant Martyre, je l’ai assez louée. Elle s’étend largement, la louange qu’on n’a pas cherchée, mais qu’on retient. Personne n’est plus digne d’éloge que celui qui peut être loué par tous. Autant d’hommes qui prononcent son nom, autant de hérauts qui louent la Martyre.

Elle avait treize ans, quand elle souffrit le martyre, nous dit la tradition. Quelle cruauté plus détestable qui n’épargna point un âge si tendre ; mais surtout, quelle grande puissance de foi qui trouva un témoignage même dans cet âge ! Y avait-il, dans ce petit corps, place pour les blessures ? Et celle qui n’avait pas de quoi recevoir le fer, eut de quoi vaincre le fer. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, calme et immobile devant le fracas des lourdes chaînes, elle offre maintenant son corps tout entier au glaive du soldat furieux, ne sachant pas encore ce qu’est la mort, mais déjà prête, si on la traîne par force aux autels des idoles, à tendre vers le Christ ses mains, au milieu des flammes et à se signer, même sur le brasier sacrilège, du trophée du Seigneur victorieux. Elle passe le cou et les deux mains dans les anneaux de fer ; mais aucun anneau ne peut enserrer des membres aussi menus. Nouveau genre de martyre ! N’étant pas encore apte au supplice, elle est déjà mûre pour la victoire. Combattre lui est difficile, être couronnée, facile. Sa leçon de courage est parfaite, en dépit de ce que faisait prévoir son âge.

Une épouse n’irait pas aux noces avec autant de hâte que cette Vierge au lieu du supplice, toute joyeuse d’approcher hâtant le pas. Tous de pleurer, tandis qu’elle-même reste sans larmes. La plupart d’admirer avec quelle facilité elle est prodigue d’une vie qu’elle n’a pas encore goûtée et qu’elle donne comme si elle l’eût déjà épuisée. Tous sont surpris de voir déjà témoigner en faveur de la divinité, celle qui, par son âge, ne pouvait encore disposer d’elle-même. De quelles menaces le bourreau n’usa-t-il pas pour l’intimider, de quelles flatteries pour la persuader ; et combien d’hommes ne souhaitèrent-ils pas la recevoir comme épouse ! Mais elle de répondre : « C’est une injure pour l’Époux d’attendre celle qui lui plaît. Celui-là me possédera, qui le premier m’a choisie : que tardes-tu, bourreau ? Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux dont je ne veux pas. »

Elle se présenta, pria et courba la tête. Vous eussiez vu alors le bourreau saisi de frayeur, comme s’il eût été lui-même conduit au supplice, sa main trembler et ses lèvres pâlir de crainte pour le péril d’un autre, alors que la jeune fille ne se souciait point du sien.

Vous avez donc ici, dans une seule victime, un double martyre, celui de la pureté et de la religion. Elle demeura vierge et elle obtint le martyre.

Saint Ambroise, sermon prononcé le 21 janvier 375 ou 376, repris dans son livre De Virginibus, leçons des matines avant 1960.

Mosaïque de l’abside de la basilique romaine Sainte-Agnès hors les murs. La sainte vêtue en impératrice foulant le feu est en compagnie des papes Symmaque (498-514) qui construisit la première basilique, et Honorius Ier (625-638), qui la fit reconstruire et fit réaliser cette mosaïque.

Saints Fabien et Sébastien

Ces deux saints n’ont rien en commun sinon d’avoir été martyrs à Rome. Fabien était pape, Sébastien centurion. Le premier a été victime de la persécution de Dèce en 250, le second de la persécution de Dioclétien en 288. Ils sont les deux premiers nommés du martyrologe, et dans les temps antiques le pape célébrait deux messes, aux lieux de leurs martyres. C’est la messe de saint Sébastien qui est restée. Voici l’hymne des vêpres du bréviaire ambrosien (car saint Sébastien était de Milan, comme l’a souligné saint Ambroise), avec la traduction de dom Guéranger. Il s’agit naturellement du bréviaire traditionnel, car dans le nouvel office ambrosien tout ce qui concerne les détails du martyre (strophes 4 à 7) a été supprimé puisque ce n’est pas confirmé par la « science historique »…

Sebastiani Martyris,
Concivis almi, supplices
Diem sacratam vocibus
Canamus omnes debitis.

En ce jour dédié à l’honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.

Athleta Christi nobilis,
Ardens amore prælii,
Linquit tepentem patriam,
Pugnamque Romae festinat.

Ce noble athlète du Christ, plein de l’ardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers, et vient dans Rome affronter la lutte.

Hic cultor alti dogmatis,
Virtute plenus cœlica,
Idola damnans, inclyti
Trophæa sperat martyris.

C’est là que, sectateur d’une doctrine sublime, repoussant l’idolâtrie, il aspire aux trophées d’un glorieux martyre.

Loris revinctus plurimis ;
Qua stipes ingens tollitur,
Vibrata tela suscipit
Umbone nudo pectoris.

Des nœuds multipliés l’enchaînent au tronc d’un arbre ; c’est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.

Fit silva corpus ferrea ;
Sed ære mens constantior
Ut molle ferrum despicit :
Ferrum precatur, sæviat.

Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l’airain, insulte à la mollesse du fer, et demande à ce fer d’être plus meurtrier.

Manantis unda sanguinis
Exsangue corpus nunciat ;
Sed casta nocte Femina
Plagas tumentes recreat.

A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu’il a expiré ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.

Cœleste robur militi
Adacta præbent vulnera ;
Rursum tyrannum provocans,
Exspirat inter vulnera.

Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et bientôt il expire sous les coups meurtriers.

Nunc cœli in arce considens,
Bellator o fortissime,
Luem fugando, civium
Tuere clemens corpora.

Maintenant, assis dans les hauteurs du ciel, vaillant guerrier ! éloignez la peste, et gardez même les corps de vos concitoyens.

Patri, simulque Filio,
Tibique, Sancte Spiritus,
Sicut fuit, sit jugiter
Sæclum per omne gloria. Amen.

Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles. Amen.

« Une chaste femme [Irène] est venue soigner ses plaies » : Georges de La Tour, entre 1634 et 1643.