Mercredi de la première semaine après l’octave de Pâques

L’hymne des laudes au temps pascal.

Aurora lucis rutilat,
Cælum laudibus intonat,
Mundus exultans jubilat,
Gemens infernus ululat,

Cum rex ille fortissimus,
Mortis confractis viribus,
Pede conculcans tartara
Solvit a pœna miseros.

Ille, qui clausus lapide
Custoditur sub milite,
Triumphans pompa nobili,
Victor surgit de funere.

Solutis jam gemitibus
Et inferni doloribus,
Quia surrexit Dominus,
Resplendens clamat angelus.

Quæsumus, Auctor omnium,
In hoc Paschali gaudio,
Ab omni mortis impetu
Tuum defende populum.

Gloria tibi, Domine,
Qui surrexisti a mortuis,
Cum Patre et Sancto Spiritu,
In sempiterna sæcula. Amen.

L’aurore éclate de lumière
le ciel résonne de louanges
le monde exulte d’allégresse
l’Enfer gémit et se lamente.

Car notre roi si valeureux
a brisé les forces de la mort
foulant de son pied les Enfers
il libère les malheureux.

Lui, que les soldats vigilants
gardaient enfermé sous la pierre,
il triomphe en noble cortège,
et surgit vainqueur du trépas.

Il a mis fin dans les enfers
à toutes plaintes et douleurs.
L’ange resplendissant proclame
la résurrection du Seigneur.

Nous te le demandons, créateur de tout,
dans cette joie pascale,
de tous les assauts de la mort
défends ton peuple.

Gloire à toi, Seigneur,
qui est ressuscité des morts,
avec le Père et le Saint-Esprit,
dans les siècles éternels. Amen.

Saint Justin

Icône de Camelia Munteanu, Bucarest, 2007. Sur le phylactère la première réplique de saint Justin lors de son interrogatoire : « Nul ne peut être condamné pour obéir aux commandements de notre Sauveur Jésus-Christ. »

Le Créateur de l’univers n’a pas de nom, parce qu’il est non engendré. Recevoir un nom suppose en effet quelqu’un de plus ancien qui donne ce nom. Ces mots Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et ses actions.

Son Fils, le seul qui soit appelé proprement Fils, le Verbe existant avec lui et engendré avant la création, lorsque au commencement, il fit et ordonna par lui toutes choses, est appelé Christ, parce qu’il est oint et que Dieu a tout ordonné par lui. Ce nom même a une signification mystérieuse, de même que le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable.

Jésus est un nom qui signifie homme et sauveur. Nous l’avons dit antérieurement, le Christ s’est fait homme, il naquit par la volonté de Dieu le Père pour le salut des croyants et la ruine des démons. Vous pouvez vous en convaincre par ce qui se passe sous vos yeux. Il y a dans tout le monde et dans votre ville nombre de démoniaques, que ni adjurations, ni enchantements, ni philtres n’ont pu guérir. Nos chrétiens, les adjurant au nom de Jésus-Christ crucifié sous Ponce-Pilate, en ont guéri et en guérissent encore aujourd’hui beaucoup, en maîtrisant et chassant des hommes les démons qui les possèdent.

Extrait de sa « deuxième apologie » (vers 155-160), traduction Louis Pautigny.

Saint Herménégilde

L’Apothéose de saint Herménégilde est un tableau de Francisco de Herrera l’Ancien (1620-1624). Le prince martyr est représenté en miles Christi, soldat du Christ. Il brandit le crucifix autour duquel est écrit « ERAT » : « Qui crucifixus erat Deus », chante le Salve festa dies : « celui qui a été crucifié était Dieu », et c’est pour avoir confessé cela qu’il a été emprisonné et tué par son père le roi arien : à sa droite et à sa gauche, les chaînes et la hache.

En bas à gauche saint Léandre, évêque de Séville, grand ami de saint Grégoire le Grand. Il protège le jeune Récarède, le frère d’Herménégilde, qui deviendra le roi catholique. A droite saint Isidore, frère et successeur de saint Léandre, qui contemple la gloire d’Herménégilde et maintient à terre le roi arien vaincu par la foi de son fils martyr.

Le témoignage qui fait autorité est évidemment celui de saint Grégoire le Grand. Mais ce texte n’est pas conforme à la nouvelle religion (celle de « l’homme d’aujourd’hui ® »), puisque la sainteté d’Herménégilde est mise en relation, et deux fois, avec le mépris du monde. Comme toutes les oraisons qui opposent le mépris des choses qui passent et la recherche des réalités éternelles, celle de la fête de saint Herménégilde a été supprimée, conformément au dogme promulgué par dom Antoine Dumas en 1966.

Deus, qui beátum Hermenegíldum Mártyrem tuum cælésti regno terrénum postpónere docuísti : da, quǽsumus, nobis ; ejus exémplo cadúca despícere atque ætérna sectári.

Dieu, qui avez appris au bienheureux Herménégilde, votre Martyr, à mettre la royauté terrestre au-dessous de la royauté du ciel, accordez-nous, nous vous en supplions, de mépriser à son exemple les biens périssables, et de rechercher les biens éternels.

Dimanche in albis

Sermon 258 de saint Augustin, n. 2 et 3.

Rappelez-vous la première formation du monde. « Les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme, et l’Esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux. Or, Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ; et il donna à la lumière le nom de jour et le nom de nuit aux ténèbres. » Rappelez-vous aussi les ténèbres où étaient plongés ces enfants avant de venir recevoir la rémission de leurs péchés. Ils étaient bien, avant cette rémission, les membres au-dessus de l’abîme. Mais l’Esprit de Dieu était aussi porté sur les eaux ; ces enfants sont descendus dans ces eaux, et comme l’Esprit de Dieu était au-dessus, les ténèbres du péché se sont évanouies. Tel est le jour qu’a fait le Seigneur. C’est à ce jour que l’Apôtre dit : « Vous tétiez ténèbres autrefois, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. ». Dit-il : Vous étiez ténèbres dans le Seigneur ? Non, vous étiez ténèbres en vous-mêmes ; « vous êtes lumière dans le Seigneur ». Or « Dieu a donné à la lumière le nom de jour », attendu que ce changement est l’œuvre de sa grâce. Ces enfants pouvaient, hélas ! être ténèbres par eux-mêmes ; ils n’ont pu devenir lumière que par l’action de Dieu. Aussi sont-ils le jour qu’a fait le Seigneur, et non le jour qui s’est fait lui-même.

Saint Thomas, l’un des disciples, n’était-il pas un homme, un homme du vulgaire en quelque sorte ? En vain ses condisciples lui disaient-ils : « Nous avons vu le Seigneur. — Si je ne le touche, si je ne mets mon doigt dans son côté, répondait-il, je ne croirai point. » Quoi ! ce sont les prédicateurs de l’Évangile qui te l’annoncent, et tu ne crois pas ? L’univers a cru sur leur témoignage, et tu n’y ajoutes pas foi ? C’est d’eux qu’il est dit : « Leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu’aux extrémités du globe » ; ainsi leurs paroles vont loin puisqu’elles ne s’arrêtent que là où finit le monde, et le monde entier embrasse la foi : et quand tous réunis s’adressent à un seul homme, cet homme ne croit pas ? C’est qu’il n’était pas encore le jour fait par le Seigneur ; il y avait encore des ténèbres sur cet abîme, des ténèbres au-dessus des profondeurs de ce cœur d’homme. Vienne donc, vienne le principe de ce jour sacré ; qu’il dise avec patience, avec douceur et sans colère, car il est le médecin des âmes : Approche, approche, touche et crois. Tu disais : « Si je ne touche, si je ne mets mon doigt, je ne croirai point » ; viens, touche, « mets ton doigt et ne sois plus incrédule, mais fidèle ». Viens, mets ici ton doigt. Je savais combien tu es blessé, et pour toi j’ai conservé cette large cicatrice.

Mais aussi quand il y mit son doigt, sa foi fut complète. En quoi consiste la plénitude de la foi ? A croire que le Christ n’est pas seulement homme et n’est pas Dieu seulement, mais Dieu et homme tout à la fois. La plénitude de la foi, c’est que « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ». Lors donc que le Sauveur lui eut offert de toucher ses cicatrices et ses membre sacrés, et que ce disciple les eut touchés réellement, il s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il touchait un homme, et dans cet homme il reconnaissait Dieu ; il touchait une chair humaine, mais il y voyait le Verbe, car « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Ce Verbe a permis que sa chair fût suspendue au gibet, qu’elle y fût fixée avec des clous, qu’elle fût percée par une lance, et qu’elle fût déposée dans un sépulcre ; mais aussi il l’a ressuscitée et présentée à ses disciples pour qu’ils la vissent de leurs yeux et pour qu’ils la touchassent de leurs mains. Ils la touchent donc et ils s’écrient : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ah ! ils sont le jour qu’a fait le Seigneur !

Vendredi de Pâques

Le premier répons des matines, avec ce « Pax vobis » qui introduit dans la lumière éternelle, au concert des maîtres de chœur du 23 juillet 1989 à l’abbaye de Fontevraud, sous la direction de dom le Feuvre (qui avait cette lumière dans le regard) :

℟. Surgens Jesus Dóminus noster, stans in médio discipulórum suórum, dixit: * Pax vobis, allelúia: gavísi sunt discípuli viso Dómino, allelúia.
℣. Una ergo sabbatórum, cum fores essent clausæ, ubi erant discípuli congregáti, venit Jesus, et stetit in medio eórum, et dixit eis :
℟. Pax vobis, allelúia: gavísi sunt discípuli viso Dómino, allelúia.

℟. Apparaissant soudain, Jésus Notre Seigneur se tenant au milieu de ses disciples, dit : * Paix à vous, alléluia ; les disciples se sont réjouis, ayant vu le Seigneur, alléluia.
℣. Le premier jour de la semaine, les portes étant closes, là où étaient réunis les disciples, Jésus vint, se tint au milieu d’eux et leur dit :
℟. Paix à vous, alléluia ; les disciples se sont réjouis, ayant vu le Seigneur, alléluia