De la férie

Dans le martyrologe de ce jour il y a pas moins de cinq saints « français », soit la moitié de ceux qui y sont notés, ce qui est exceptionnel. Mais aucun d’eux n’a de fête au calendrier romain.

Le premier est saint Maximin, « qui fut le premier évêque de cette ville, et que l’on dit avoir été disciple du Seigneur ». La tradition dit en effet qu’il fut l’un des 72 disciples, et qu’il était l’intendant de Lazare, qu’il vint donc en Provence avec les « saintes Maries », et devint évêque d’Aix. Il voulut être enterré près de Marie-Madeleine et le lieu devint la basilique Sainte-Marie-Madeleine et la ville Saint-Maximin-la-Sainte Baume.

Le deuxième est saint Médard, « évêque de Noyon, dont la vie et la mort précieuses sont rehaussées par de glorieux miracles », mort à Soissons.

Le troisième est saint Gildard, ou Godard, évêque de Rouen, « frère du même saint Médard. Ces deux frères nés le même jour, sacrés évêques le même jour, moururent aussi le même jour, et entrèrent ensemble au ciel. »

Le quatrième est saint Héracle évêque de Sens de 487 à sa mort en 515 environ. Il assiste au baptême de Clovis. Il est inhumé dans la cathédrale de Sens.

Le cinquième est saint Cloud, ou Clodulf, évêque de Metz au VIIe siècle, fils aîné d’Arnulf (ou Arnoul), lui-même évêque de Metz et personnage éminent du royaume d’Austrasie.

2e dimanche après la Pentecôte

℟. Homo quidam fecit cœnam magnam, et misit servum suum hora cœnæ dícere invitátis ut venírent, * Quia paráta sunt ómnia.
℣. Veníte, comédite panem meum, et bíbite vinum quod míscui vobis.
℟. Quia paráta sunt ómnia.
℣. Glória Patri, et Fílio, * et Spirítui Sancto.
℟. Quia paráta sunt ómnia.

℟. Un homme fit un grand souper, et à l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir ; * Parce que tout était prêt.
℣. Venez, mangez mon pain et buvez le vin que je vous ai mêlé
℟. Parce que tout était prêt.
℣. Gloire au Père, au Fils, * et au Saint-Esprit.
℟. Parce que tout était prêt.

Ce répons était le 8e des matines de ce dimanche avant 1960, et c’est le 12e dans le bréviaire monastique. Il illustre l’évangile de ce jour. Mais le verset vient de Proverbes 9,5, et lui donne toute sa force eucharistique. De ce fait au moyen âge dans certains livres il était affecté au jour de la Fête Dieu. Et il se trouve dans le Liber usualis parmi les chants en l’honneur du Saint-Sacrement. Avant 1955 ce dimanche était dans l’octave de la Fête Dieu. (Et dans les paroisses c’est la solennité de cette fête.)

Saint Norbert

Magdebúrgi sancti Norbérti, ejúsdem civitátis Epíscopi et Confessóris, qui Fundátor exstitit Ordinis Præmonstraténsis.

A Magdebourg, saint Norbert, évêque de cette ville et confesseur : il fut le fondateur de l’Ordre de Prémontré.

Né vers 1080 au château de Gennep, aujourd’hui dans le Limbourg, Pays-Bas, mais alors dans la principauté de Cologne, Norbert devient « chapelain impérial » (laïc) de la collégiale de Xanten. Il a une trentaine d’années quand il décide de quitter tous ses biens, de devenir prêtre et de lancer une réforme des chanoines. Mais personne ne l’écoute et il devient prédicateur itinérant, bientôt avec l’appui du pape Gélase II qu’il rencontre à Saint-Gilles du Gard. Mais il n’oublie pas son objectif, et en 1121 il fonde une abbaye de chanoines à Prémontré, dans l’Aisne, vivant selon la règle de saint Augustin. Le nouvel ordre se répand très vite : six abbayes en 1128, plus d’une centaine en 1164 (sans compter les prieurés).

En 1126 il est nommé archevêque de Magdebourg. Lothaire II le fait archichancelier de l’empire, mais il gardera toujours son habit de bure, et il meurt à Magdebourg le 6 juin 1134 après avoir bataillé en compagnie de son ami saint Bernard pour le pape Innocent II contre le schisme d’Anaclet II.

Les prémontrés ont développé leur propre répertoire de plain chant, une variante du chant grégorien habituel. Voici un exemple : le Salve Regina, par les chanoinesses norbertines de Tehachapi en Californie.

Saint Boniface

Dom Pius Parsch a fait un bon résumé de la vie de « l’apôtre de l’Allemagne », que j’ai reproduit l’an dernier.

Dans le martyrologe de ce jour on lit aussi notamment :

Córdubæ, in Hispánia, beáti Sáncii adolescéntis, qui, etsi in aula régia educátus, pro Christi tamen fide, in persecutióne Arábica, martyrium subíre non dubitávit.

A Cordoue, en Espagne, le bienheureux jeune homme Sanche. Elevé à la cour, il n’hésita cependant pas à affronter le martyre pour la foi du Christ, durant la persécution des Arabes.

Sanche, en latin Sancius (ou Sanctius), en espagnol Sancho, était né à Albi. Il fut capturé enfant par les Arabes et emmené à Cordoue, où il fut élevé à la cour de l’émir Abd al-Rahman II, et il devint soldat de la garde de l’émir. Mais il resta chrétien (ou le redevint sous l’influence de l’évêque saint Euloge). En 851, lors de la grande persécution de la fin du règne d’Abd al-Rahman II (une cinquantaine de victimes sont inscrites au martyrologe), Sanche refusa d’apostasier. Il fut empalé, et exposé au lieu-dit « Champ de la Vérité ». Puis son corps fut brûlé et ses cendres dispersées dans le Guadalquivir.

Saint Euloge le mentionne ainsi dans son Memorialis sanctorum (livre II, chapitre 3) :

De Sanctio martyre.
Sanctus verus Sanctius auditor noster, laicus, adolescens, ex Albensi oppido Galliae Comatae olim captivatus nunc autem inter militares regis pueros liber præscriptus, et regalibus annonis nutritus, in eadem urbe regia sub eadem professione nonas junias, aera qua supra, feria sexta, prostratus est, et affixus.

Sur le martyr Sanche.
Sanche, véritable saint (jeu de mots sur sanctus et sanctius), qui était de nos auditeurs, jeune laïc, capturé autrefois dans la ville d’Albi en Gaule, mais désormais affranchi parmi les pages du roi et entretenu grâce à des rentes royales, dans la même ville royale, professant la même foi (que les précédents), le jour des nones de juin, un vendredi, la même année que ci-dessus (le martyre du moine saint Isaac), fut empalé.

Puis Euloge fut martyr lui-même.

Comme c’est bizarre…

Le cardinal Re, doyen du collège des cardinaux, a envoyé aux cardinaux une lettre en vue du consistoire convoqué par le pape les 26, 27 et 28 juin prochains.

Au programme notamment la liturgie, comme le pape l’avait clairement laissé entendre à la fin du dernier consistoire ? Eh bien non. La question liturgique restera au vestiaire cette fois encore.

Au dernier consistoire, en janvier dernier, la liturgie était l’un des quatre thèmes prévus. Mais il avait été écarté… Le pape avait dit alors qu’il ne fallait pas l’oublier. C’est pourtant ce qui se passe.

On parlera de la situation internationale (sic), du chef-d’œuvre de Léon XIV sur l’intelligence artificielle, de la réception du chef-d’œuvre de Léon XIV sur l’intelligence artificielle dans les Eglises locales, et bien sûr des suites sans fin du synode sur la synodalité…

Bref, sur la liturgie, le seul document cardinalice demeure celui que le cardinal Roche avait distribué à la fin du dernier consistoire : une réitération hargneuse de Traditionis custodes, seul horizon de l’unité de l’Eglise.