15e dimanche après la Pentecôte

Le « maître de la Passion de Darmstadt », vers 1445.

La péricope évangélique de ce dimanche est véritablement unique.

La scène se passe à Naïm. C’est la seule fois, dans toute la Bible, que cette ville est mentionnée.

Jésus ressuscite le fils unique d’une veuve. Saint Luc est le seul évangéliste à raconter cet épisode.

Il est aussi le seul à appeler Jésus « le Seigneur » (avec l’article défini, en grec : ho Kyrios) avant la Résurrection, et c’est donc ici la première fois : à propos d’une résurrection. Jusque-là, quand saint Luc disait « le Seigneur », il parlait de Dieu. Jésus qui ressuscite un mort est donc Dieu, et annonce sa propre résurrection.

Et c’est la seule fois que Jésus accomplit un miracle sans qu’on le lui demande et sans que quiconque en tire une leçon.

Ce pur geste de compassion renvoie à la résurrection d’un enfant par Elie.  Les deux épisodes se terminent exactement par la même phrase : « Et il le donna à sa mère. »

C’est pourquoi les témoins disent : « Un grand prophète s’est levé parmi nous. » Et ils sont « saisis de crainte ». Car ce grand prophète est « le Seigneur », Dieu lui-même, qui a « visité son peuple », comme disent également les témoins, avec les mots de Zacharie dans le Benedictus

Au monastère de Pühtitsa

Le monastère de Pühtitsa est un monastère féminin en Estonie, le seul monastère orthodoxe du pays, en pleine campagne, non loin de la frontière russe. Il compte aujourd’hui 96 moniales, et il est très menacé par la loi d’interdiction de l’Eglise orthodoxe, parce qu’il dépend directement du patriarche de Moscou, et qu’il est donc spécialement accusé de répandre la propagande de Poutine, alors que les moniales ne disent jamais un mot de politique (d’autant que la seule qui s’exprime est l’abbesse). Il est donc mis au ban de la société et risque de disparaître sous les coups de la persécution estonienne, alors que même les bolcheviques ne l’avaient pas fermé.

Le monastère met souvent en ligne sa très belle liturgie. Voici celle de ce matin. La divine liturgie proprement dite commence à 1h32.

1h48 : le trisagion.

2h11 : hymne des chérubins

2h25’55 : Sanctus

2h30 : un très joli mégalynaire (hymne à la Mère de Dieu après la consécration).

On a l’impression qu’il n’y a personne, mais les moniales ne se montrent pas. Il y a quelques fidèles, comme on le voit dès le début de la divine liturgie à partir de 1h50 : ils vont se confesser dans le coin en bas à gauche. Et il y a une douzaine de personnes qui vont communier.

De la Sainte Vierge le samedi

Cum in sua æstimatióne tam húmilis esset María, nihilóminus et in promissiónis credulitáte magnánimis,ut quæ nihil áliud quam exíguam sese reputábat ancíllam, ad incomprehensíbile hoc mystérium nullátenus se dubitáret eléctam, et veram Dei et hóminis Genetrícem créderet mox futúram. Agit hoc nimírum in córdibus electórum grátiæ prærogatíva divínæ, ut eos nec humílitas pusillánimes fáciat, nec magnanímitas arrogántes: magis autem cooperéntur sibi, ut non solum nulla ex magnanimitáte subíntret elátio, sed hinc máxime provehátur humílitas: ut inveniántur eo ámplius timoráti, et largitóri múnerum non ingráti, ac vicíssim ex occasióne humilitátis pusillanímitas nulla subrépat; sed quo minus de sua quisque vel in mínimis præsúmere consuévit, eo ámplius étiam in magnis quibúsque de divína virtúte confídat.

Marie, si humble soit-elle dans sa propre estime, est néanmoins magnanime dans sa foi en la promesse, elle ne se tient pour rien d’autre qu’une petite servante, mais elle ne doute nullement qu’elle soit choisie pour ce mystère incompréhensible, et elle croit qu’elle sera bientôt la véritable mère de l’Homme-Dieu. C’est en effet ainsi qu’agit, dans les cœurs des élus, le privilège de la grâce divine : l’humilité ne les rend pas peureux, ni la grandeur arrogants. Bien plus, ces vertus travaillent de concert, non seulement pour écarter tout élèvement dans la grandeur, mais surtout pour y promouvoir l’humilité. Ainsi, par là, les élus se trouvent à la fois plus remplis de crainte et de reconnaissance envers le donateur des grâces, et, d’autre part, aucune pusillanimité ne s’insinue en eux sous prétexte d’humilité. Que l’on se confie donc d’autant plus en la force divine dans les grandes choses, que l’on a moins l’habitude de présumer de soi, même dans les petites.

Saint Bernard, sermon pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption, leçon des matines.

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Le 20 septembre dans l’Eglise orthodoxe russe c’est la fête de l’icône Arapetskaya ou Araviyskaya de la Mère de Dieu, à savoir « arabe », ou « d’Arabie », mais personne ne connaît l’origine de ce nom, ni d’ailleurs l’origine de l’icône. Habituellement on connaît la date de « l’apparition miraculeuse » de l’icône, ici ce n’est pas le cas. Les plus anciennes que nous ayons sont du XVIIe siècle. Elle est souvent nommée « Vsepetaya Mati », Mère digne de toute louange, louée par tous et partout (en grec Ὦ πανύμνητε Μῆτερ), début du 13e kondakion de l’Acathiste, qui est inscrit sur la manche de la Mère de Dieu. Et sur la bordure de son maphorion est inscrit le début de l’Acathiste : « A Toi, l’invincible Stratège, notre Souveraine, O Mère de Dieu… »

L’icône est caractérisée par le maphorion « en nuages » (mais ce n’est pas toujours le cas), et par le fait que les trois étoiles sont remplacées par des médaillons portant des visages d’anges. Il arrive assez souvent que la Mère de Dieu soit couronnée.

Léon XIV sans surprise

Le site Crux de John Allen publie une longue interview de Léon XIV réalisée par Elise-Ann Allen, la femme de John, correspondante de Crux à Rome, en juillet dernier. Elle paraîtra dans son livre « Léon XIV citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle » (déjà paru hier en espagnol au Pérou…).

Robert Jones a publié sur Life Site News un remarquable compte-rendu de ce qui compte vraiment dans cette interview. Il en résulte que Léon XIV s’inscrit explicitement dans les pas de François, et que seul son style personnel, plus discret, est différent. On en lira une traduction ci-dessous.

En ce qui concerne la messe, on lira la traduction intégrale du (bref) propos du pape sur le Salon Beige. C’est presque littéralement ce que disait François : les partisans de la messe traditionnelle opèrent un processus de « polarisation » (ils divisent l’Eglise), ils sont « dans l’idéologie », alors que « si nous célébrons la liturgie de Vatican II d’une manière appropriée » il n’y a pas de différence… Apparemment il ne sait pas de quoi il parle. Il ne connaît pas du tout la liturgie traditionnelle, et il dit ne pas avoir rencontré de personnes qui la défendent…

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Saint Janvier et ses compagnons

Bréviaire :

Janvier, Évêque de Bénévent, au temps où Dioclétien et Maximien sévissaient contre les chrétiens, fut vainement soumis par Timothée préfet de Campanie, aux tortures du feu et du chevalet. Bientôt après, enchaîné avec son diacre Festus et le lecteur Didier, il fut traîné à Pouzzoles, devant le char du préfet et, le lendemain, on leur adjoignit Sosie de Misène, Procule diacre de Pouzzoles, Eutyche et Acute, laïcs, pour les exposer aux bêtes. Mais comme elles ne leur firent aucun mal, près de cinq mille hommes acceptèrent la foi du Christ, ce qui mit en rage le préfet qui condamna l’Évêque et ses compagnons à périr par le glaive. Leurs corps furent soigneusement ensevelis par les chrétiens. Le corps de Janvier fut d’abord porté à Bénévent, puis de là au monastère de Monte Vergine et enfin déposé dans la grande église de Naples où il fut glorifié par beaucoup de miracles. Son sang conservé dans une ampoule de verre, quand il est mis en présence de la tête du même Martyr, se liquéfie en bouillonnant merveilleusement ; ce miracle se voit encore de nos jours.

La messe est la troisième du commun des martyrs. En voici le graduel, dont le texte vient du psaume 33. Le verset est somptueusement orné sur Dominus et corde.

Clamavérunt justi, et Dóminus exaudívit eos : et ex ómnibus tribulatiónibus eórum liberávit eos.
℣. Juxta est Dóminus his, qui tribuláto sunt corde : et húmiles spíritu salvábit. Allelúia, allelúia.

Les saints ont crié et le Seigneur les a exaucés : il les a délivrés de toutes leurs tribulations.
℣.  Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur affligé, et il sauvera ceux qui ont l’esprit abattu. Alléluia, alléluia.

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En 2020 j’avais mis l’introït, par les mêmes moines de Kergonan.