Brant Pitre, docteur de l’université de Notre-Dame et professeur d’Ecriture sainte à l’Institut Saint-Augustin de Florissant dans le Missouri, publie un coffret de 25 CD intitulé « Mass of all ages », la messe de tous les temps, ce qui se veut une réponse à la revendication traditionaliste de la « Mass of the ages », la messe pérenne, qui est le nom d’une chaîne YouTube ayant notamment publié sous ce nom une trilogie de vidéos de défense et promotion de la messe traditionnelle, vue près d’un million de fois, ce qui est véritablement exceptionnel pour un tel sujet.
Au long des 25 CD durant en tout 32 heures (sic), le docteur Pitre vous explique que la messe de Paul VI est la vraie messe traditionnelle. Ce qui coûte quand même 134,95 dollars, plus port.
Mais s’il faut 32 heures d’explications pour tenter de nous persuader que la fabrication des experts de Paul VI est la vraie messe traditionnelle, c’est qu’il y a vraiment un problème…
Né en 1233 dans une famille noble de Florence, Philippe Béniti étudia la médecine à Paris puis devint docteur à Padoue et il retourna à Florence. Le jeudi de Pâques, alors qu’il assistait à la messe dans la chapelle de l’Annonciation du couvent des Servites de Marie, il fut frappé par l’épître : le Saint-Esprit dit au diacre Philippe : « Approche, Philippe, et monte sur ce char… » Philippe Béniti prit cela pour lui : le Saint-Esprit lui demandait de monter sur le char de la Sainte Vierge. La nuit suivante il en songe le monde comme un horrible désert plein de précipices et de bêtes venimeuses, et la Sainte Vierge qui l’invitait à se réfugier dans le nouvel ordre créé pour son service. C’est dans la même chapelle qu’il fut reçu dans l’ordre, en tant que simple frère convers. Il fut envoyé au mont Senario, le premier et principal couvent des servites, pour travailler la terre…
Un jour, au nouveau couvent de Sienne, il expliqua des points controversés avec tant d’intelligence qu’on l’ordonna prêtre, et il devint bientôt assistant du général de l’ordre, puis général en 1267.
A la mort de Clément IV on pensa à lui comme nouveau pape, mais il se cacha dans une grotte où on ne le trouva pas. La fontaine où il buvait est le « Bain de saint Philippe ».
Puis il prêcha à Avignon, Toulouse, Paris, en Flandre et en Allemagne. Il revint en 1274 en Italie pour le chapitre général : il voulait démissionner mais on le confirma à son poste à vie.
Il rétablit la paix dans plusieurs villes d’Italie déchirées par les violences entre factions rivales.
En 1285, mourant, il demanda son « livre ». Les personnes présentes se demandaient de quel livre il parlait, mais un de ses disciples lui apporta un crucifix : « C’est là mon livre », dit-il en baisant le crucifix, puis il rendit l’âme.
Le fardeau et le joug que le Seigneur imposa à saint Jean, en lui confiant le soin de la Vierge Mère, furent vraiment un joug suave et un fardeau léger. Qui donc ne partagerait très volontiers la demeure de cette Mère, qui porta neuf mois dans son sein le Verbe incarné et vécut avec lui, très doucement et dévotement, pendant trente années ? Qui ne porterait envie au disciple bien-aimé du Seigneur qui, en l’absence du Fils de Dieu, obtint la présence de la Mère de Dieu ? Mais, si je ne m’abuse, nous pouvons, nous aussi, obtenir par nos prières de la bonté du Verbe, incarné à cause de nous et crucifié à cause de son grand amour pour nous, qu’il nous dise à nous aussi : « Voici ta Mère. » Et qu’il dise de nous à sa Mère : « Voici ton fils. »
Le doux Seigneur n’est pas avare de ses dons, pourvu que « nous approchions du trône de sa grâce avec » foi et « confiance », avec un cœur non pas hypocrite, mais véritable et sincère. Celui qui a voulu nous faire cohéritiers du royaume de son Père ne dédaignera certes pas de nous avoir pour cohéritiers de l’amour de sa Mère. Quant à cette Vierge très bonne, elle ne sera pas accablée par la multitude de ses enfants, car elle a un cœur immense, et elle désire vivement éviter la perte d’aucun de ceux que son Fils a rachetés par un sang si précieux et une mort d’un si grand prix. « Approchons donc avec confiance du trône de la grâce » du Christ ; humblement et avec larmes, demandons-lui qu’il dise à sa Mère, de chacun de nous : « Voici ton fils. » Et qu’il dise de sa Mère, à chacun de nous : « Voici ta Mère. »
Quel bonheur ce sera pour nous de vivre sous l’égide d’une pareille Mère ! Qui osera nous arracher de son sein ? Quelle tentation pourra nous vaincre, si nous mettons notre confiance dans le patronage de la Mère de Dieu, qui est aussi la nôtre ? Et nous ne serons pas les premiers à avoir reçu un tel bienfait. Beaucoup nous ont précédés ; oui, beaucoup ont accédé à ce patronage unique et tout maternel de cette Vierge, et aucun n’en est revenu déçu ou triste : tous, soutenus par le patronage d’une telle Mère, tout joyeux et contents. Car c’est d’elle qu’il est écrit : « Elle broiera ta tête ». Ils ont donc confiance, grâce à elle, qu’eux aussi marcheront hardiment « sur l’aspic et le basilic, fouleront aux pieds le lion et le dragon ». Car il semble impossible qu’il se perde, celui dont le Christ a dit à la Vierge : « Voici ton fils », pourvu que lui-même ne fasse pas la sourde oreille à ce que le Christ lui dit : « Voici ta mère. »
Saint Robert Bellarmin, Des sept paroles du Christ sur la Croix, chap. 12, leçons des matines, troisième nocturne.
Douce, au palais de la Reine, est la suavité de son fruit ; doux est à ses narines la sainteté du nard de Bernard.
Cum esset in accubitu, Fructus saporis intulit. Cum esset in occubitu, Nardus odorem obtulit.
Comme elle était sur le lit, elle apporta des fruits savoureux ; comme il était à la mort, il offrit l’odeur du nard.
Ille dulcis accubitus, Propter saporem gloriae, Iste dulcis occubitus Propter odorem gratiae.
Là le doux repos, à la saveur de la gloire ; ici le doux trépas, à l’odeur de la grâce.
Venit Sponsa de Libano Coronanda divinitus, Ut Bernardus de clibano Veniret sancti Spiritus.
L’Epouse vient du Liban pour être divinement couronnée, de sorte que Bernard puisse venir du fournil du Saint-Esprit.
Quæ est ista progrediens Velut aurora rutilans ? Quis est iste transiliens Colles, Sanctis conjubilans ?
Qui est celle-ci qui s’avance comme l’aurore rougeoyante ? Qui est celui-ci qui franchit les collines, jubilant avec les saints ?
Hæc gloria terribilis Sicut castrorum acies : Hic gratia mirabilis Ut Assueri facies.
Celle-ci est terrible dans sa gloire, comme une armée en ordre de bataille ; celui-là est admirable de grâce, comme le visage d’Assuérus.
Ora pro nobis Dominum, Prædulcis fumi virgula : Inclina Patrem luminum, Pastor ardens ut facula.
Prie pour nous le Seigneur, très douce et légère fumée ; fais que s’incline vers nous le Père des lumières, pasteur ardent comme une torche.
Sit Trinitati Gloria, Per quam triumphus Virginis, Et Bernardi felicitas Manent in cæli curia. Amen.
Gloire soit à la Trinité, par laquelle le triomphe de la Vierge, et la félicité de Bernard, demeurent à la cour céleste. Amen.
Cette hymne de la fête de saint Bernard a été composée peu après sa mort. J’en donne ici la version complète, chantée dans la vidéo par Giovanni Vianini (avec les strophes Cum esset et Ille dulcis qui ne figurent pas dans le bréviaire monastique). C’est un admirable poème, tout tissé du Cantique des cantiques, qui renvoie à la fois à la liturgie de l’Assomption et aux 86 Sermons sur le Cantique de saint Bernard. L’hymne montre que la fête de saint Bernard est étroitement liée à l’Assomption. Elle a lieu au sixième jour de l’octave, et c’est effectivement ce jour qu’est mort saint Bernard, qui avait prononcé quatre prodigieuses homélies pour la fête de l’Assomption, et une autre pour le dimanche dans l’octave… que Pie XII a supprimée.
Le Baptême est appelé, dans l’Écriture sainte, régénération et renaissance : le bain de la régénération (Tite 3, 5). À moins de renaître d’eau et d’Esprit (Jean 3, 5) ; génération et naissance qui a pour exemplaire et prototype la génération et la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père, et sa génération et naissance temporelle dans le sein virginal de sa Mère.
Car, comme dans sa génération éternelle, son Père lui communique son être, sa vie et toutes ses perfections divines, ainsi, dans notre Baptême, ce même Père nous donne, par son Fils et en son Fils, un être et une vie toute sainte et divine.
Et comme dans la génération temporelle du Fils de Dieu son Père lui donne un nouvel être et une nouvelle vie, mais une vie qui, quoique toute sainte et divine, est néanmoins revêtue de mortalité, de passibilité et de toutes les misères de la vie humaine, ainsi la vie nouvelle que Dieu nous donne par le Baptême est toute environnée et assiégée de fragilité, de faiblesse, de mortalité et de toutes les infirmités de la vie humaine avec laquelle elle est jointe.
De plus, comme le Saint-Esprit est envoyé pour former le Fils de Dieu dans les sacrées entrailles de la Bienheureuse Vierge, aussi il est envoyé pour le former et pour le faire vivre, par le Baptême, dans le sein de notre âme, et pour nous incorporer et unir avec lui, et nous faire naître et vivre en lui: À moins de renaître d’eau et d’Esprit.
Et comme les trois Personnes divines ensemble ont coopéré par une même puissance et bonté à l’œuvre admirable de l’Incarnation, ainsi ces mêmes Personnes se trouvent présentes en notre Baptême, et coopèrent ensemble à nous donner le nouvel être et la nouvelle vie en Jésus-Christ, qui nous y est donnée.
Ainsi notre Baptême est une génération ineffable et une naissance admirable, qui est une image vive de la génération et de la naissance éternelle et temporelle du Fils de Dieu. À raison de quoi notre vie doit être une image parfaite de sa vie. Nous sommes nés de Dieu (Jean 1, 13); nous sommes nés en Jésus-Christ, créés dans le Christ (Eph. 2, 10); nous sommes nés et formés par l’opération du Saint- Esprit: ce qui est né de l’Esprit (Jean 3, 6). C’est pourquoi nous ne devons vivre que de Dieu, en Dieu et pour Dieu ; nous ne devons vivre que de la vie de Jésus-Christ; et nous ne devons nous conduire que par son Esprit qui nous doit animer et posséder entièrement.
Humilions-nous de nous voir si éloignés de cette vie qui doit être dans tous les chrétiens. Donnons-nous à Dieu avec un grand désir de commencer à vivre ainsi, et prions-le qu’il détruise en nous la vie du monde et du péché, et qu’il y établisse sa vie, afin que nous ne soyons pas de ceux desquels saint Paul dit qu’ils sont étrangers à la vie de Dieu (Eph. 4 18).