La rupture (vécue) du P. Luykx

J’ai déjà évoqué trois fois (1, 2, 3) le livre du P. Luykx sur le concile Vatican II, plus précisément sur la « réforme liturgique » telle qu’il l’a vécue. Le P. Luykx a participé personnellement au concile de 1959 à 1975. Repéré par Jean XXIII en raison de ses travaux au sein du « Mouvement liturgique », il a fait partie des instances qui ont préparé le concile, il a été l’expert d’un des pères du concile, il a personnellement rédigé quatre articles de la constitution conciliaire sur la liturgie, et il a fait partie du Consilium chargé de mettre en œuvre les décisions du concile. Sa conclusion est que la réforme liturgique promulguée par Paul VI a été une trahison de la constitution conciliaire et une trahison du Mouvement liturgique, une démolition de la liturgie latine et de la tradition liturgique de l’Eglise latine.

La rupture selon lui se produit donc après le concile, dans les commissions censées appliquer les demandes du concile, et qui ont fabriqué une néo-liturgie artificielle et illégitime. Cette position est contraire à celle qui a cours le plus souvent dans les milieux traditionalistes (où l’on dit que le concile est responsable en tant que tel de la révolution dans l’Eglise, et que sur le plan liturgique cette révolution a été voulue par les militants du Mouvement liturgique), mais elle ne peut être balayée d’un revers de main. En outre elle est un argument de poids pour les défenseurs de la liturgie traditionnelle.

Lire la suite »

Saint Jean Chrysostome

Le tropaire (apolytikion), par le chœur byzantin Axion estin du monastère Nikolo-Malitsky de Tver, en grec et en slavon.

Ἡ τοῦ στόματός σου καθάπερ πυρσός ἐκλάμψασα χάρις, τὴν οἰκουμένην ἐφώτισεν, ἀφιλαργυρίας τῷ κόσμῳ θησαυροὺς ἐναπέθετο, τὸ ὕψος ἡμῖν τῆς ταπεινοφροσύνης ὑπέδειξεν. Ἀλλὰ σοῖς λόγοις παιδεύων, Πάτερ, Ἰωάννη Χρυσόστομε, πρέσβευε τῷ Λόγῳ Χριστῷ τῷ Θεῷ, σωθῆναι τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

Comme un flambeau, la grâce de ta bouche a brillé sur l’univers, révélant au monde des trésors où l’avarice n’a point de part et nous montrant la grandeur de l’humilité. Père saint dont la parole nous instruit, Jean Chrysostome, intercède auprès du Verbe, le Christ notre Dieu, pour qu’il sauve nos âmes.

Уст твоих, якоже светлость огня возсиявши, благодать/ вселенную просвети:/ не сребролюбия мирови сокровища сниска,/ высоту нам смиренномудрия показа./ Но твоими словесы наказуя, отче Иоанне Златоусте,// моли Слова, Христа Бога, спастися душам нашим.

Saint Polycarpe

Fresque du monastère de Ravanica, Serbie, XIVe siècle.

Stichères du Lucernaire

Lorsqu’en terre tomba le fruit du sein virginal, la semence de vie, alors, il te fit pousser comme un épi portant beaucoup de fruit (polycarpon), pour nourrir les fidèles, par tes saintes paroles et tes enseignements, et les sanctifier par ton sang de martyr, Polycarpe, pontife sacré.

De ce monde vers Dieu tu es passé en portant l’auréole des martyrs ; tu as atteint le sommet de ton désir, vénérable Père, comblé de la bienheureuse splendeur ; intercède désormais pour qu’y puissent participer tous les fidèles célébrant, Polycarpe, ta mémoire sacrée.

Kondakion

Polycarpe, toi qui offris tes fruits (carpous) spirituels au Seigneur, tu t’es montré, par tes divines vertus, digne de lui, Pontife bienheureux ; et nous que tes paroles ont illuminés, nous chantons en ce jour ta mémoire d’être louée, en glorifiant notre Dieu.

Ikos

Ayant puisé à la source le trésor de la sagesse, Père saint, tu as comblé de connaissance divine ton troupeau et fis briller le triple soleil de l’ineffable et très-sainte divinité, enseignant le Père inengendré, la génération du Fils et la procession de l’Esprit, exposant clairement l’unique gloire de l’unique Dieu et faisant reculer l’idolâtrie ; alors, tu présentas au Seigneur comme des fruits (carpous) mûrs les âmes des croyants ; en lui nous avons été baptisés, en lui aussi nous croyons, en glorifiant notre Dieu.

3e dimanche après l’Epiphanie

Le graduel, chanté par les moniales d’Argentan.

Timébunt gentes nomen tuum, Dómine, et omnes reges terræ glóriam tuam. ℣. Quóniam ædificávit Dóminus Sion, et vidébitur in maiestáte sua.

Les peuples craindront votre Nom, Seigneur, et tous les rois de la terre, votre gloire. ℣. Car le Seigneur a édifié Sion, et il sera vu dans sa majesté.

Dans l’Évangile qui suit ce chant, le centurion païen de Capharnaüm, rempli de révérence devant l’apparition du Messie, prononce ces mots : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. » Et Jésus s’émerveille de la grandeur de la foi de cet homme, qui fait apparaître le païen comme un roi face aux Israélites, les « enfants du royaume », comme les appelle l’Évangile. Dans la merveilleuse guérison de son serviteur, le centurion a le privilège de voir la gloire du Seigneur en récompense de sa foi.

Toute l’image de la fête de l’Épiphanie se présente à nouveau à nos yeux. Nous voyons les païens et même les rois de la terre affluer à Jérusalem pour rendre un hommage respectueux à leur Roi divin. Il bâtit Sion, son Église, dans laquelle tous trouveront place, du lever au coucher du soleil. Et tous seront autorisés à voir et à partager sa gloire et à s’asseoir à la table du Christ lors du banquet nuptial eucharistique.

Le corps du Graduel, en particulier dans ses registres graves, procède du cœur de l’humble centurion. Sa première phrase correspond presque exactement à celle du Jeudi Saint. Sur gentes, les manuscrits annotés donnent à presque toutes les notes une indication de plus grande ampleur. Car l’appel du monde païen à la voie du salut est le plus grand événement depuis l’Épiphanie.

Dom Dominic Johner