Le lectionnaire de la néo-liturgie

L’un des principaux arguments des novateurs est que le « lectionnaire » est beaucoup plus fourni dans la néo-liturgie et donc que les fidèles bénéficient d’une plus grande quantité de lectures bibliques. Ce principe est d’abord anti-liturgique, car la liturgie n’est pas un enseignement biblique, c’est un culte que l’Eglise rend à Dieu. Ensuite, comme il était à prévoir, le texte biblique est abondamment censuré. On en a retiré ce qui ne convient pas à l’homme moderne, conformément aux principes explicitement affirmés par les fabricants, ce qui donne lieu à d’invraisemblables dentelles de textes pleins de trous, comme pour les psaumes de ce qui reste de l’office. Par exemple « Isaïe 61:1-3a.6a.8b-9 » ou « 2 Samuel 7:4-5a.12-14a.16 »… « a » et « b » (voire « c ») indiquent qu’on coupe le verset en deux (voire en trois), pour ne garder que ce qui convient à l’homme moderne.

Agnieszka Fromme, docteur en théologie, a étudié de près les différences entre les deux lectionnaires. Plusieurs de ses observations ont déjà été faites, mais son étude est systématique. Le blog New Liturgical Movement a publié l’article qui comporte le relevé qu’elle a fait. Ce relevé est précédé d’une longue introduction narrant l’histoire du lectionnaire et rappelant les fondements de la théologie catholique, et suivi d’une conclusion qui synthétise ses observations. On trouvera ci-dessous la traduction du relevé. Ce sera un nouveau chapitre de mon texte sur « la réforme liturgique, en quoi elle est irrecevable » (ci-contre, en haut de la colonne de droite).

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La persécution dans le Michigan

L’archevêque de Detroit, Mgr Weisenburger, interdit la messe traditionnelle à partir du 1er juillet dans la dizaine de paroisses où elle était célébrée. Comme de nombreux autres, il se conforme strictement à Traditionis Custodes et met fin aux dérogations qui avaient été accordées de manière provisoire.

La messe traditionnelle ne pourra plus être célébrée que dans une église de Détroit et dans trois chapelles situées au sud, au nord-ouest et au nord-est du diocèse. Le seul véritable sanctuaire sera l’église Saint-Joseph de Detroit tant que l’évêque y tolèrera l’Institut du Christ Roi…

Pour faire bonne mesure, l’archevêque interdit aussi que la messe moderne soit célébrée ad orientem, et il ordonne que les églises qui n’ont pas encore un autel indépendant en aient un dans les « 180 jours » (sic).

Donald Trump prône la liberté religieuse, mais pas l’archevêque de Detroit.

Jeudi de Pentecôte

Les apostiches des laudes dans la liturgie byzantine.

La descente de l’Esprit, rendue visible par les langues de feu, illumina les apôtres et en fit des orateurs pour annoncer à tous la véritable et consubstantielle union de la Trinité : ce que voyant, les peuples de l’univers furent saisis d’étonnement devant les apôtres jadis illettrés annonçant clairement d’ineffables mystères.

Crée en moi un cœur pur, ô Dieu, et renouvelle en ma poitrine un esprit droit.

Assis dans la chambre haute, les apôtres recevaient la force de l’Esprit Saint venue comme un souffle violent et sous forme de langues de feu et ils présentèrent en diverses langues leur clair enseignement, confirmant la parole de vérité : Le Christ, qui a souffert librement, est lui-même le vrai Dieu.

Ne me rejette pas loin de ta face, ne retire pas de moi ton Esprit Saint.

Comme tu envoyas, Seigneur, sur tes apôtres en ce jour la grâce divine du Saint-Esprit, accorde-nous aussi maintenant que la lumière de sa venue brille sans cesse en nos cœurs, afin que tous ensemble nous chantions d’une incessante voix l’indivisible Trinité.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Par les prophètes, Sauveur, tu nous annonças la voie du salut, en tes apôtres a brillé la grâce de ton Esprit, car avant les siècles tu es Dieu et le demeures après eux : pour les siècles tu es notre Dieu.

Ἐν τοῖς Προφήταις ἀνήγγειλας ἡμῖν ὁδόν σωτηρίας, καί, ἐν Ἀποστόλοις ἔλαμψε Σωτὴρ ἡμῶν, ἡ χάρις τοῦ Πνεύματός σου, σὺ εἶ Θεὸς πρῶτος, σὺ καὶ μετὰ ταῦτα, καὶ εἰς τοὺς αἰῶνας σὺ εἶ ὁ Θεὸς ἡμῶν.

Ce doxastikon par le chœur de l’association des chantres d’Argolide.

Axion estin

Le 11 juin 982, un jeune moine de l’Athos chantait l’office dans sa cellule devant l’icône de la Mère de Dieu de miséricorde. On frappe à la porte. Un moine inconnu lui demande s’il peut prier avec lui. A la fin de l’office, comme le jeune moine entonne l’hymne à la Vierge « Toi plus vénérable que les chérubins… », l’étranger lui dit qu’il doit commencer par « Il est digne, en vérité, de te célébrer » : Axion estin… Et il se met à chanter. Le jeune moine est subjugué par la beauté de ce chant et demande au visiteur de lui écrire le texte. Mais il n’y ni papier ni crayon dans la cellule. Le visiteur prend une pierre et grave le texte avec son doigt. Puis il disparaît, après avoir dit, ou fait comprendre, qu’il est l’archange Gabriel. La pierre fut transférée à Sainte-Sophie de Constantinople. L’icône fut installée à la place d’honneur dans l’église de Karyès, la capitale de l’Athos, où elle se trouve toujours. Elle est désormais appelée Axion estin. Le 11 juin (le 24 dans le calendrier julien) est devenu la fête de l’icône Axion estin (Dostoïno iest en slavon). Et l’hymne complète est devenue celle que l’on chante à la divine liturgie après la consécration.

Ἄξιόν ἐστιν ὡς ἀληθῶς μακαρίζειν σε τὴν Θεοτόκον, τὴν ἀειμακάριστον καὶ παναμώμητον καὶ μητέρα τοῦ Θεοῦ ἡμῶν. Τὴν τιμιωτέραν τῶν Χερουβεὶμ καὶ ἐνδοξοτέραν ἀσυγκρίτως τῶν Σεραφείμ, τὴν ἀδιαφθόρως Θεὸν Λόγον τεκοῦσαν, τὴν ὄντως Θεοτόκον, σὲ μεγαλύνομεν.

Il est digne, en vérité, de te célébrer, ô Mère de Dieu toujours bienheureuse et tout immaculée, et mère de notre Dieu. Toi, plus vénérable que les Chérubins, et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins, qui sans corruption enfantas Dieu le Verbe, toi, véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions.

Mercredi des quatre temps de Pentecôte

Deus, dum egrederéris coram pópulo tuo, iter fáciens eis, hábitans in illis, allelúia : terra mota est, cæli distillavérunt, allelúia, allelúia.

O Dieu, quand vous marchiez devant votre peuple, leur traçant la route, habitant avec eux, la terre fut ébranlée et les cieux distillèrent, alléluia, alléluia.

Les quatre temps d’été sont une action de grâce pour la moisson, qui est censée être terminée (autour de la Méditerranée). La moisson donne le grain qui donne le pain. Dans la liturgie, et pour la vie spirituelle, le vrai pain est le pain du ciel, le pain eucharistique.

Il y est fait allusion dès l’introït de la messe de ce jour, chanté ci-dessus à l’église Saint-Eugène de Paris le mercredi des quatre temps de Pentecôte de l’an dernier.

Le texte vient du psaume 67. Mais, alors que toutes les versions évoquent explicitement la traversée du désert, l’expression est remplacée ici par « leur traçant la route, habitant avec eux », pour insister sur la présence particulière de Dieu après la Pentecôte, Dieu avec nous…

Comme dans le psaume, « distillaverunt » reste sans complément. Les cieux « dégouttèrent », firent tomber goutte à goutte. Mais quoi ? Eh bien la manne. Le pain qui descendait du ciel comme des gouttes de rosée qui givraient : « Et la surface de la terre en étant couverte, on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à de la gelée blanche sur la terre. Ce que les enfants d’Israël ayant vu, ils se dirent l’un à l’autre : Manhu, c’est-à-dire : Qu’est-ce que cela ? Car ils ne savaient ce que c’était. Moïse leur dit : C’est là le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Dans l’évangile de ce jour Jésus fait explicitement référence à la manne pour dire qu’il est le vrai pain de vie : « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. »

C’est pourquoi les antiennes du Benedictus (aux laudes) et du Magnificat (aux vêpres) orientent également la prière dans ce sens :

Ego sum panis vivus, dicit Dóminus, qui de cælo descéndi, allelúia, allelúia.

Moi je suis le pain vivant, dit le Seigneur, qui suis descendu du ciel, alléluia, alléluia.

Ego sum panis vivus, qui de cælo descéndi : si quis manducáverit ex hoc pane, vivet in ætérnum : et panis, quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita, allelúia.

Je suis le pain vivant, moi qui suis descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement : et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde, alléluia.