Saint Pierre Chrysologue

Fin du 146e sermon.

Marie est nommée mère. Et quand Marie n’est-elle pas mère ? Il appela le rassemblement des eaux mers : « maria ». N’a-t-elle pas, avec un seul utérus, conçu le peuple qui sortait de l’Égypte, pour qu’émerge une progéniture céleste, renée en une nouvelle créature, selon ce mot de l’Apôtre : Nos pères ont tous été sous la nuée, et ils ont tous traversé la mer, et en Moïse ils ont tous été baptisés dans la nuée et la mer. Et pour que Marie ouvre toujours la voie au salut humain, elle précède de plein droit le peuple que l’onde génératrice avait rendu à la lumière. Marie, sœur d’Aaron, prit un tambourin dans ses mains et dit : Chantons le Seigneur, car il a été glorieusement honoré. Le nom de cette prophétesse est authentique, il est salutaire aux renés, honorable à la virginité. Il est la gloire de la pudicité, la vertu de l’hospitalité, le soutien de la sainteté. C’est donc avec raison que le nom de la mère du Christ est un nom maternel.

Nous avons expliqué pourquoi la mère est une fiancée, pourquoi Joseph était un fiancé, pourquoi le nom de Marie est un nom maternel, pour dévoiler que tout ce qui se rapporte à la naissance du Christ a un sens mystique.

Maintenant allons chercher des témoignages ailleurs pour expliquer pourquoi on avait besoin d’une fiancée pour l’enfantement du Christ. Isaïe avait prédit lui aussi qu’une vierge enfanterait le Dieu du ciel, le Roi de la terre, le Seigneur du globe, le Réparateur du monde, le Meurtrier de la mort, le Restaurateur de la vie, l’Auteur de la perpétuité. A quel point cela était triste aux mondains, terrible aux rois, redoutable aux Juifs, la naissance elle-même du Seigneur l’a démontré. Car, dès que la Judée apprit, par les renseignements des Mages, que le Christ était né, et dès qu’Hérode en fut informé, les Juifs ont décidé de L’anéantir, Hérode de Le tuer. Et parce qu’ils craignaient qu’Il prenne leur place, ils se sont efforcés de tuer le Sauveur de tous. Et finalement, parce qu’ils n’ont pas pu reconnaître en Lui le Messie, ils ont saccagé la patrie, ont mêlé le sang au lait, et, avec une fureur parricide, ils ont ameuté leurs congénères contre Lui. Ils ont mis en pièces les compagnons de l’innocence, parce qu’ils n’ont pas su trouver des complices de la faute qu’ils auraient dû punir.

Si, à sa naissance, ils ont agi ainsi, qu’aurait fait au Christ une telle férocité quand Il a été conçu ? Voilà pourquoi il a été prévu que Joseph serait un fiancé, qu’il jouerait le rôle d’un mari, pour que s’éclipse le miracle, pour que le signe soit recouvert, pour que soit voilé l’enfantement virginal, pour qu’il ne prête pas flanc à une accusation criminelle, et pour déjouer les enquêtes insidieuses d’un fouineur éventuel. Le Christ était voué à la mort. Mais s’Il avait été tué dans l’utérus, cette mort prématurée L’aurait enlevé sans qu’Il puisse procurer notre salut.

Sainte Bibiane

Deus, ómnium largítor bonórum, qui in fámula tua Bibiána cum virginitátis flore martýrii palmam conjunxísti : mentes nostras ejus intercessióne tibi caritáte conjúnge ; ut, amótis perículis, prǽmia consequámur ætérna.

O Dieu, dispensateur de tous les biens, qui avez uni en votre servante Bibiane la fleur de la virginité à la palme du martyre, daignez, par son intercession, vous unir nos âmes dans la charité, afin que, délivrés de tout péril, nous puissions obtenir les récompenses éternelles.

L’église romaine de Sainte-Bibiane.

Les peintures de Pierre de Cortone. Et à Paris.

Louis Veuillot.

Cardinal Schuster.

*

Deux autres saints célèbres sont morts un 2 décembre : saint Pierre Chrysologue et saint François Xavier. Le martyrologe évoque aussi saint Chromace d’Aquilée. Le 5 décembre 2007, Benoît XVI lui consacrait sa catéchèse hebdomadaire. En voici deux extraits.

En septembre, 381 Aquilée fut le siège d’un Synode, auquel participèrent environ 35 Evêques des côtes de l’Afrique, de la vallée du Rhône et de toute la Dixième région. Le Synode se proposait de faire disparaître les résidus de l’arianisme en Occident. Le prêtre Chromace prit également part au Concile, en qualité d’expert de l’Evêque d’Aquilée, Valérien (370/1- 387/8). Les années de l’époque du Synode de 381 représentent « l’âge d’or » de la communauté d’Aquilée. Saint Jérôme, qui était né en Dalmatie, et Rufin de Concorde, parlent avec nostalgie de leur séjour à Aquilée (370-373), dans cette sorte de cénacle théologique que Jérôme n’hésite pas à définir tamquam chorus beatorum, « comme un chœur de bienheureux » (Chronique:  PL XXVIII, 697-698). Dans ce cénacle – qui rappelle par certains aspects les expériences communautaires conduites par Eusèbe de Vercelli et par Augustin – se formèrent les plus importantes personnalités des Eglises de la Haute Adriatique.

(…)

Chromace fut un maître sage et un pasteur zélé. Son premier et principal engagement fut celui de se mettre à l’écoute de la Parole, pour être capable d’en être ensuite l’annonciateur :  dans son enseignement, il part toujours de la Parole de Dieu et il revient toujours à celle-ci. Certaines thématiques lui sont particulièrement chères:  tout d’abord le mystère trinitaire, qu’il contemple dans sa révélation au cours de toute l’histoire du salut. Ensuite, le thème de l’Esprit Saint:  Chromace rappelle constamment les fidèles à la présence et à l’action de la troisième Personne de la Très Sainte Trinité dans la vie de l’Eglise. Mais le saint Evêque revient avec une insistance particulière sur le mystère du Christ. Le Verbe incarné est vrai Dieu et vrai homme:  il a intégralement assumé l’humanité, pour lui faire don de sa propre divinité. Ces vérités, réaffirmées avec insistance également avec une fonction antiarienne, déboucheront une cinquantaine d’années plus tard sur la définition du Concile de Chalcédoine. La forte insistance sur la nature humaine du Christ conduit Chromace à parler de la Vierge Marie. Sa doctrine mariologique est limpide et précise. Nous lui devons quelques descriptions suggestives de la Très Sainte Vierge:  Marie est la « vierge évangélique capable d’accueillir Dieu »; elle est la « brebis immaculée et inviolée », qui a engendré l' »agneau vêtu de pourpre » (cf. Sermo XXIII, 3:  Ecrivains du cercle de saint Ambroise 3/1, p. 134). L’Evêque d’Aquilée met souvent la Vierge en relation avec l’Eglise:  en effet, toute les deux sont « vierges » et « mères ».

Lundi de la première semaine de l’Avent

L’hymne des laudes au temps de l’Avent, traduction Traduction Lemaistre de Sacy.

Vox clara ecce íntonat,
obscúra quæque íncrepat:
pellántur éminus sómnia;
ab æthre Christus prómicat.

Une éclatante voix résonne à notre oreille.
Un vif rayon frappe nos yeux.
Quittons l’ombre et la nuit. Que tout homme s’éveille.
Jésus descend des cieux.

Mens jam resúrgat tórpida
quæ sorde exstat sáucia;
sidus refúlget jam novum,
ut tollat omne nóxium.

Qu’enfin l’âme abattue en sa langueur funeste
Espère après tant de travaux ;
Un nouvel astre brille et sa flamme céleste
Doit guérir tous nos maux.

E sursum Agnus míttitur
laxáre gratis débitum;
omnes pro indulgéntia
vocem demus cum lácrimis.

L’Agneau vient faire un don pour sauver les coupables
Que nul homme n’a mérité.
Allons, fondant en pleurs par nos cris lamentables
Implorer sa bonté.

Secúndo ut cum fúlserit
mundúmque horror cínxerit,
non pro reátu púniat,
sed nos pius tunc prótegat.

Afin qu’étant armé des traits de sa colère
Au grand et redoutable jour,
Oubliant qu’il est Juge, il nous montre en vrai Père
Des entrailles d’amour.

Summo Parénti glória
Natóque sit victória,
et Flámini laus débita
per sæculórum sæcula.
Amen.

Gloire au Père éternel, au Fils notre espérance,
A l’Esprit notre heureuse paix ;
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.

Premier dimanche de l’Avent

« Il y a trois Avènements du Seigneur : le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’Évangile : Au milieu de la nuit un cri s’est fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier Avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second Avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant ils ne savent pas d’où il vient, ni où il va. Quant au troisième Avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très-incertain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier Avènement fut donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier Avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier Avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second. »

Pierre de Blois (v. 1130 – v. 1211), 3e sermon sur l’Avent, cité par dom Guéranger dans l’Année liturgique.