Mercredi des quatre temps de carême

« Les Ninivites s’élèveront au jour du jugement contre ce peuple, et le condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et cependant celui qui est ici est plus grand que Jonas. » Jonas était le serviteur, et moi le Maître. Il est sorti d’une baleine, et je sortirai vivant du tombeau. Il a annoncé à un peuple la ruine de sa ville, et moi je vous annonce le royaume des cieux. Les Ninivites ont cru sans aucun miracle. Et moi j’en ai fait un très grand nombre. Ils n’avaient reçu aucune instruction avant la prédication de ce prophète, et moi je vous ai instruits de toutes choses, et je vous ai découvert les secrets de la plus haute sagesse. Jonas est venu aux Ninivites comme un serviteur qui leur parlait de la part de son maître, et moi je suis venu en Maître et en Dieu. Je n’ai point menacé comme lui, je ne suis point venu pour vous juger, mais pour vous offrir à tous le pardon de vos péchés.

De plus ces Ninivites étaient un peuple barbare, au lieu que les Juifs avaient toujours entendu les prédications des prophètes. Personne n’avait prédit aux Ninivites la naissance de Jonas, et les prophètes avaient prédit de Jésus-Christ une infinité de choses, et les événements répondaient ponctuellement aux prophéties. Jonas prit la fuite, et voulut se dispenser de sa prédication, de peur d’être raillé des Ninivites ; et moi qui savais devoir être attaché en croix et moqué, je suis néanmoins venu. Jonas ne put souffrir d’être méprisé de ceux qu’il devait convertir, et moi je souffre pour eux la mort, et une mort honteuse, et je leur envoie encore après moi mes apôtres pour achever mon ouvrage. Enfin Jonas était un étranger inconnu aux Ninivites ; et moi je suis de la même race que les Juifs, et j’ai selon la chair les mêmes aïeux qu’eux. On pourrait trouver ainsi d’autres avantages de la prédication de Jésus-Christ sur celle de Jonas, si on s’arrêtait à les bien, considérer. Mais Jésus-Christ ne se contente pas de cet exemple. Il en joint aussitôt un autre.

« La reine du midi s’élèvera au jour du jugement contre ce peuple, et le condamnera, parce qu’elle est venue des extrémités de la terre, pour entendre la sagesse de Salomon, et cependant celui qui est ici est plus grand que Salomon. » Cet exemple est encore plus puissant que le premier. Car Jonas au moins alla trouver les Ninivites, mais la reine du midi n’attendit pas que Salomon la vînt trouver. Elle le prévint et le visita dans son royaume. Elle ne considéra ni son sexe, ni sa qualité d’étrangère, ni l’éloignement des lieux. Elle se résolut à ce long voyage, non par la terreur des menaces, ni par la crainte de la mort, mais par le seul amour de la sagesse : « Et cependant celui qui est ici est plus grand que Salomon. »

Là c’est une femme qui va trouver un roi ; ici au contraire c’est un Dieu qui cherche des hommes. Elle vient trouver Salomon des extrémités de la terre ; et moi, descendu du haut du ciel, je viens vous chercher dans vos bourgs et dans vos villes. Salomon discourait sur les arbres et sur les plantes, ce qui ne pouvait pas être fort utile à celle qui le venait chercher ; et moi je vous annonce des choses également terribles et salutaires.

Saint Jean Chrysostome, 43e homélie sur l’évangile de saint Matthieu.

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Moïse et Elie.

40 jours et 40 nuits.

Le signe de Jonas dans la liturgie byzantine.

Saint Matthias

Le tirage au sort entre Matthias et Joseph Barsabas.

Puisqu’on ne sait rien de saint Matthias en dehors de son élection au collège des apôtres après le suicide de Judas et qu’il était un disciple de la première heure, et que l’Eglise n’a validé aucune des « traditions » destinées à combler ce vide (voir toutefois ce que rapporte Clément d’Alexandrie), c’est l’occasion d’entendre l’hymne des vêpres des fêtes des apôtres. En voici la version ornée, du 1er mode, par les moniales d’Argentan en 1966. Traduction de Pierre Corneille.

Exsúltet cælum láudibus,
resúltet terra gáudiis:
Apostolórum glóriam
sacra canunt sollémnia.

Aux célestes concerts mêlons d’ici les nôtres,
Que la terre avec joie en puisse retentir :
L’Ange célèbre au ciel la gloire des apôtres,
C’est à nos voix d’y repartir.

Vos, sæcli justi júdices
et vera mundi lúmina,
votis precámur córdium,
audíte preces súpplicum.

Juges de l’univers, véritables lumières
Dont le monde éclairé bénit les sacrés feux,
C’est à vous que nos cœurs adressent leurs prières :
Recevez-en les humbles vœux.

Qui cælum verbo cláuditis
serásque eius sólvitis,
nos a peccátis ómnibus
sólvite jussu, quæsumus.

Les clefs du paradis sont en votre puissance,
Par vous sa porte s’ouvre, et se ferme par vous ;
D’un seul mot aux pécheurs vous rendez l’innocence :
Parlez, et nous sommes absous.

Quorum præcépto súbditur
salus et languor ómnium,
sanáte ægros móribus,
nos reddéntes virtútibus,

Sous quelque infirmité que les hommes languissent,
Votre ordre les guérit ou les laisse abattus :
Rendez aux bonnes mœurs, qui dans nous s’affaiblissent,
La sainte vigueur des vertus,

Ut, cum judex advénerit
Christus in fine sæculi,
nos sempitérni gáudii
fáciat esse cómpotes.

Afin que quand Dieu même en son lit de justice
Décidera du monde, et finira les temps,
Il prononce pour nous un arrêt si propice,
Qu’il nous laisse à jamais contents.

Deo Patri sit glória,
ejusque soli Fílio
cum Spíritu Paráclito
et nunc et in perpétuum. Amen.

Gloire au Père éternel ! Gloire au Fils ineffable !
Gloire toute pareille à l’Esprit tout divin,
Qui procédant des deux, et comme eux immuable,
Avec tous deux règne sans fin !

Lundi de la première semaine de carême

Si l’on peut parvenir à la vie sans observer les commandements par la foi seule qui sans œuvres est morte, comment se vérifiera-t-elle la parole qu’il dira à ceux qu’il placera à sa gauche : Allez au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges ? Il ne leur reproche pas de n’avoir point cru, mais de n’avoir point fait de bonnes œuvres. Car précisément, pour que personne ne se promette la vie éternelle, au titre de la foi qui sans œuvres est morte, il a dit qu’il séparerait toutes les nations qui mêlées ensemble jouissaient des mêmes pâturages. Ainsi on les entendrait lui dire : Seigneur quand l’avons-nous vu souffrir tous ces besoins, sans l’avoir servi ? Eux avaient cru en lui, mais ne s’étaient pas préoccupés de faire le bien, comme si au titre de la seule foi morte, on parvenait à la vie éternelle.

Est-ce à dire que ceux-là seuls iront au feu éternel, qui n’ont point fait les œuvres de miséricorde, et qu’ils n’iront pas à ce feu, ceux qui ont pris le bien d’autrui ou qui, en ruinant en eux le temple de Dieu, ont été sans pitié pour eux-mêmes, comme si les œuvres de miséricorde avaient quelque utilité sans la charité ? L’Apôtre nous dit : Si je distribue tous mes biens aux pauvres et que je n’aie pas la charité, cela ne me sert de rien. Comment aimerait-on le prochain comme soi-même, si l’on ne s’aime pas ? Car « qui aime l’iniquité hait son âme » (psaume 10).

Et l’on ne peut pas non plus dire, (en cela plusieurs se séduisent eux- mêmes), que Jésus a parlé d’un feu éternel mais non d’une combustion éternelle. Or, à les en croire, dans le feu éternel ne feront que passer ceux à qui, en raison de leur foi morte, ils promettent le salut par le feu. D’après eux, le feu lui-même serait éternel mais leur combustion, c’est-à-dire l’opération du feu, ne serait pas éternelle pour eux, alors que le Seigneur prévoyant cette erreur a conclu son enseignement en disant : Ceux-ci iront à l’éternelle combustion et les justes à l’éternelle vie. Donc la combustion sera éternelle comme le feu et la Vérité dit que ceux-là y entreront, qu’elle a reconnus non pas sans foi, mais sans bonnes œuvres.

Saint Augustin, leçons des matines (de son livre La foi et les œuvres). En fait Jésus ne dit pas « éternelle combustion » (combustiónem ætérnam). Mais il dit d’abord aux maudits d’aller au « feu éternel » (ignem), puis il dit qu’ils iront au « supplice éternel » (supplicium). La combinaison des deux fait bien une combustion éternelle…

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• L’introït.

• Le graduel.

• le trait.

• L’offertoire.

• La communion.

• la collecte.

Le temps est venu

Doxastikon des laudes du dimanche avant le carême dans la liturgie byzantine, par le chœur de la métropole d’Alexandroupoli (Thrace).

Ἔφθασε καιρός, ἡ τῶν πνευματικῶν ἀγώνων ἀρχή, ἡ κατὰ τῶν δαιμόνων νίκη, ἡ πάνοπλος ἐγκράτεια, ἡ τῶν Ἀγγέλων εὐπρέπεια, ἡ πρὸς Θεὸν παρρησία· δι’ αὐτῆς γὰρ Μωϋσῆς, γέγονε τῷ Κτίστῃ συνόμιλος, καὶ φωνὴν ἀοράτως, ἐν ταῖς ἀκοαῖς ὑπεδέξατο· Κύριε, δι’ αὐτῆς ἀξίωσον καὶ ἡμᾶς, προσκυνῆσαί σου τὰ Πάθη καὶ τὴν ἁγίαν Ἀνάστασιν, ὡς φιλάνθρωπος.

Le temps est venu – le début de nos combats spirituels, la victoire sur les démons, l’armure complète de la maîtrise de soi, la dignité des anges, la confiance devant Dieu. C’est ainsi que Moïse put converser avec le Créateur et entendre la voix invisible. Seigneur, par ce jeûne, rends-nous dignes d’adorer ta Passion et ta sainte Résurrection, toi qui aimes les hommes.

Premier dimanche de carême

Le psaume 90 fournit tous les textes des chants propres de la messe. Le trait le chante même presque intégralement. Les versets cités par le diable dans l’évangile (deuxième tentation du Christ) sont non seulement dans le trait mais aussi dans le graduel qui le précède, et déjà dans le troisième répons des matines, avec le verset suivant.

Version du graduel dominicain, chantée au monastère des dominicaines d’Estavayer-le-Lac (près de Fribourg).

℟. Angelis suis Deus mandávit de te, ut custódiant te in ómnibus viis tuis : * In mánibus portábunt te, ne umquam offéndas ad lápidem pedem tuum.
℣. Super áspidem et basilíscum ambulábis, et conculcábis leónem et dracónem.
℟. In mánibus portábunt te, ne umquam offéndas ad lápidem pedem tuum.

Dieu a ordonné à ses anges de te garder dans toutes tes voies : * Ils te porteront dans leurs mains pour que jamais tu ne heurtes ton pied à la pierre.
℣. Tu marcheras sur l’aspic ei le basilic et tu écraseras le lion et le dragon.
℟. Ils te porteront dans leurs mains pour que jamais tu ne heurtes ton pied à la pierre.