Sainte Clotilde

Chapelle Sainte-Clotilde, basilique Sainte-Clotilde, Paris.

La reine ne cessait de supplier le roi de reconnaître le vrai Dieu et d’abandonner les idoles ; mais rien ne put l’y décider, jusqu’à ce qu’une guerre s’étant engagée avec les Allemands, il fut forcé, par la nécessité, de confesser ce qu’il avait jusque-là voulu nier. Il arriva que les deux armées se battant avec un grand acharnement, celle de Clovis commençait à être taillée en pièces ; ce que voyant, Clovis éleva les mains vers le ciel, et le cœur touché et fondant en larmes, il dit : « Jésus-Christ, que Clotilde affirme être Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de ton secours : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance dont le peuple, consacré à ton nom, dit avoir relu tant de preuves, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours ; ce qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je t’invoque donc, je désire croire en toi ; seulement que j’échappe à mes ennemis. » Comme il disait ces paroles, les Allemands, tournant le dos, commencèrent à se mettre en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se rendirent à Clovis, en lui disant : « Nous te supplions de ne pas faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. » Clovis, ayant arrêté le carnage et soumis le peuple rentra en paix dans son royaume, et raconta à la reine comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ.

Alors la reine manda en secret saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le cœur du roi la parole du salut. Le pontife, ayant fait venir Clovis, commença à l’engager secrètement à croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles qui n’étaient d’aucun secours, ni pour elles-mêmes, ni pour les autres. Clovis lui dit : « Très saint père, je t’écouterai volontiers ; mais il reste une chose, c’est que le peuple qui m’obéit ne veut pas abandonner ses dieux ; j’irai à eux et je leur parlerai d’après tes paroles. » Lorsqu’il eut assemblé ses sujets, avant qu’il eût parlé, et par l’intervention de la puissance de Dieu, tout le peuple s’écria unanimement : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels, et nous sommes prêts à obéir au Dieu immortel que prêche saint Remi. » On apporta cette nouvelle à l’évêque qui, transporté d’une grande joie, ordonna de préparer les fonts sacrés. On couvre de tapisseries peintes les portiques intérieurs de l’église, on les orne de voiles blancs ; on dispose les fonts baptismaux ; on répand des parfums, les cierges brillent de clarté, tout le temple est embaumé d’une odeur divine, et Dieu fit descendre sur les assistants une si grande grâce qu’ils se croyaient transportés au milieu des parfums du Paradis. Le roi pria le pontife de le baptiser le premier. Le nouveau Constantin s’avance vers le baptistère, pour s’y faire guérir de la vieille lèpre qui le souillait, et laver dans une eau nouvelle les taches hideuses de sa vie passée. Comme il s’avançait vers le baptême, le saint de Dieu lui dit de sa bouche éloquente : « Sicambre, abaisse humblement ton cou : adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Saint Remi était un évêque d’une grande science, et livré surtout à l’étude de la rhétorique ; il était si célèbre par sa sainteté qu’on égalait ses vertus à celles de saint Silvestre. Nous avons un livre de sa vie où il est dit qu’il ressuscita un mort.

Le roi, ayant donc reconnu la toute-puissance de Dieu dans la Trinité, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et oint du saint chrême avec le signe de la croix ; plus de trois mille hommes de son armée furent baptisés. On baptisa aussi sa sœur Alboflède, qui, quelque temps après, alla joindre le Seigneur. Comme le roi était affligé de cette perte, saint Remi lui envoya, pour le consoler, une lettre qui commençait ainsi : « Je suis affligé autant qu’il faut de la cause de votre tristesse, la mort de votre sœur Alboflède, d’heureuse mémoire ; mais nous pouvons nous consoler, car elle est sortie de ce monde plus digne d’envie que de pleurs. » L’autre sœur de Clovis, nommée Lantéchilde, qui était tombée dans l’hérésie des Ariens, se convertit ; et ayant confessé que le Fils et le Saint-Esprit étaient égaux au Père, elle fut rebaptisée.

Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, traduction de François Guizot, alors professeur d’histoire à la Sorbonne (1823).

Lundi après l’Ascension

L’hymne des vêpres et des laudes du temps de l’Ascension, et la belle traduction de Jacqueline Pascal (la sœur de Blaise, peu avant qu’on lui interdise de poursuivre… et qu’elle entre à Port-Royal sous le nom de sœur Euphémie).

Jesu nostra redémptio,
Amor et desidérium.
Deus Creátor omnium,
Homo in fine témporum.

Jesus, digne rançon de l’homme racheté,
Amour de notre cœur et désir de notre ame,
Seul créateur de tout, Dieu dans l’éternité,
Homme à la fin des temps en naissant d’une femme.

Quae te vicit cleméntia
Ut ferres nostra crímina,
Crudélem mortem pátiens
Ut nos a morte tólleres,

Quel excez de clémence a su te surmonter
Que portant les peschez de ton peuple rebelle,
Tu souffris une mort horrible à raconter,
Pour garantir les tiens de la mort éternelle ?

Inférni claustra pénetrans,
Tuos captívos rédimens,
Victor triúmpho nóbili
Ad dextram Patris résidens.

Jusqu’au fond des enfers tu fis voir ta splendeur,
Rachetant tes captifs de leur longue misère ;
Et par un tel triomphe en glorieux vainqueur
Tu t’assis pour jamais à la droite du Père.

Ipsa te cogat píetas
Ut mala nostra súperes,
Parcéndo et voti cómpotes
Nos tuo vultu sáties.

Que la mesme bonté t’oblige maintenant
A surmonter les maux dont ton peuple est coupable
Remplis ses justes vœux en les luy pardonnant,
Et qu’il jouisse en paix de ta veuë ineffable.

Tu esto nostrum gáudium,
Qui es futurus praemium;
Sit nostra in te glória
Per cuncta semper saecula. Amen.

Sois notre unique joye, o Jésus nostre roy.
Qui seras pour toujours nostre unique salaire !
Que toute nostre gloire à jamais soit en toy.
Dans le jour éternel où ta splendeur esclaire !

Par les moines de Kergonan en 1967 :

Dimanche après l’Ascension

A la veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S’adressant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c’est-à-dire qu’il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu’ils lui doivent, jusqu’à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l’appelant la Vertu d’en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu’au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles ? L’Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l’Évangile fera le tour du monde. Or, il va venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes « revêtus de la Vertu d’en haut », nous n’aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l’aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurera la victoire, comme il l’assura aux Apôtres.

Dom Guéranger

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Dans la liturgie byzantine, ce dimanche célèbre les pères du concile de Nicée. Cette année c’est le 1700e anniversaire de ce concile, qui s’est ouvert le 20 mai 325, comme je l’ai souligné ce 20 mai. L’an dernier j’avais reproduit le synaxaire de ce jour, qui retrace l’histoire du concile.

Icône des pères du concile de Nicée, par Michel Damaskinos, 1591. On remarque qu’il fait figurer, face à un empereur Constantin très christique, le pape Silvestre (avec une tiare) alors qu’il était représenté par un légat. En haut, la vision de saint Pierre d’Alexandrie : « Cette nuit-là, alors que j’avais achevé l’office, selon mon habitude, et que j’étais debout en prière, il arriva que je visse un enfant qui passait la porte de cette cellule, il avait environ douze ans et son visage resplendissait de lumière de sorte que toute cette pièce était illuminée. Il était vêtu d’un colombium de lin qui était déchiré en deux depuis le cou et la poitrine sur le devant jusques au bas des pieds et de ses deux mains, sur sa poitrine, il serrait les deux lambeaux du colombium et couvrait sa nudité. Dès que je le vis ainsi, derechef, je poussai un cri une fois ma bouche ouverte et criai d’une voix forte en disant : ‘Seigneur, qui a déchiré ta tunique ?’ Et celui-ci en réponse me dit : ‘Arius m’a déchiré. Allons, garde-toi de le recevoir dans la communion avec toi’. » Et Jésus est ici sur l’autel eucharistique.

Marie Reine

Marie, Reine des Cieux, panneau du retable de l’église Sainte-Marie-Majeure d’Albalate del Arzobispo (1437-1439), conservé au musée de Saragosse

Salve, Regína, Máter misericórdiæ
Víta, dulcédo, et spes nóstra, sálve.
Ad te clamámus, éxules, fílii Hévæ.
Ad te suspirámus, geméntes et flentes
in hac lacrimárum válle.
Eja ergo, Advocáta nóstra,
íllos túos misericórdes óculos
ad nos convérte.
Et Jesum, benedíctum frúctum véntris túi,
nóbis post hoc exsílium osténde.
O clémens, O pía, O dúlcis Vírgo María.

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !
Enfants d’Ève, de cette terre d’exil nous crions vers vous ;
vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Ô vous, notre Avocate, tournez vers nous vos regards compatissants.
Et, après cet exil, obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles,
Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie !

Par les maîtres de chœur en concert à Fontrevraud le 9 juillet 1980, sous la direction du chanoine Jean Jeanneteau.

Sainte Jeanne d’Arc

Jeanne, le plus beau lis de la terre lorraine, Vierge d’Orléans, Martyre de Rouen, Gloire de la France, Vous qui aimiez tant les Bretons de votre siècle et qui leur étiez si chère.

Vous qui avez été jugée comme une fille sainte et raisonnable par le Breton Philippe de Coatkis, archevêque de Tours, et qui avez reçu de sa bouche, au nom de l’Eglise de France, l’ordre d’accomplir votre mission jusqu’au bout.

Vous qui, les larmes aux yeux, avez embrassé les genoux du frère du Duc de Bretagne, Arthur de Richemont, pour le remercier d’être venu à votre secours avec une armée de douze cent Bretons.

Vous qui avez demandé que soit déployé le drapeau breton, à côté du vôtre, sur la ligne de bataille, à Beaugency, le 18 juin 1429.

Vous qui avez donné une bague d’or à vos compagnons bretons Gildwen Laval et son frère André, en leur demandant de la porter de votre part à leur grand-mère.

Vous qui aimiez tellement les Bretons que vous n’avez jamais trouvé chez eux que des amis, Ô Jeanne, du haut du ciel, quand viendra le jour où toutes les cloches de Bretagne, à la suite de celles de Rome et de France, annonceront que l’Eglise vous a reconnue pour une de ses saintes, puissiez-vous être fière et heureuse de vos Bretons du XXe siècle, comme vous l’étiez des Bretons du XVe que vous avez rencontrés sur votre route.

Les uns et les autres n’ont-ils pas fait l’impossible pour permettre aux Français d’êtres maîtres du sol de France ?

Apprenez-nous nos devoirs envers Dieu et nos devoirs envers la Bretagne, et les liens nécessaires qui doivent joindre ce double amour dans nos cœurs.

Apprenez à nos maîtres que le règne de l’ordre entre les peuples exige d’abord de reconnaître à tout homme le droit de marcher libre sur les traces de ses ancêtres.

Apprenez aux Chrétiens de ce temps que Dieu qui créa les nations dissemblables veut les voir rester ce qu’elles sont.

Et que cette vérité vaut aussi bien  pour les Bretons que pour les gens de France et d’Angleterre.

Apprenez à tous les peuples que celui qui spolie son voisin ou l’opprime dans ses droits les plus sacrés, doit voir tôt ou tard s’appesantir sur lui la malédiction divine.

Jeanne d’Arc, vous qui ne faisiez la guerre que parce que vous aimiez la paix.

Œuvrez pour rétablir la paix entre tous les peuples sur la pierre de la foi chrétienne.

Intercédez pour les vivants et pour les morts.

Séchez les larmes de ceux qui sont en deuil.

Et faites que les Bretons à venir soient comme leur pères, des hommes bons et sans peur.

Abbé Jean-Marie Perrot, mai 1920 (traduit du breton).