« Seigneur des puissances »

Dans la troisième partie des grandes complies byzantines du carême, on chante le psaume 150 avec des stichères. Ainsi au monastère Sainte-Elisabeth de Minsk :

Seigneur des Puissances, sois avec nous ;
toi seul, au milieu des dangers,
tu peux nous secourir et nous aider.
Seigneur des Puissances, aie pitié de nous.

Louez le Seigneur dans ses saints,
louez-le au firmament de sa puissance.

Seigneur des Puissances, sois avec nous ;
toi seul, au milieu des dangers,
tu peux nous secourir et nous aider.
Seigneur des Puissances, aie pitié de nous. (ainsi après chaque verset)

Louez le pour ses hauts faits,
louez-le selon sa grandeur infinie.

Louez le au son de la trompe,
louez-le sur la harpe et la cithare.

Louez le par le tambourin et la danse,
louez-le au son des cordes et des instruments.

Louez le avec les cymbales retentissantes,
louez-le avec les cymbales de jubilation,
que tout ce qui respire loue le Seigneur.

On répète le premier verset, ainsi que le refrain :

Louez le Seigneur dans ses saints,
louez-le au firmament de sa puissance.

Seigneur des Puissances, sois avec nous ;
toi seul, au milieu des dangers,
tu peux nous secourir et nous aider.
Seigneur des Puissances, aie pitié de nous.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

Seigneur, si nous n’avions le patronage de tes Saints
et l’assurance de ta compatissante bonté,
comment oserions-nous te chanter,
Sauveur que les Anges bénissent sans fin ?
Toi qui sondes les cœurs, aie pitié de nous.

Maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Si grande est la multitude de mes péchés
que vers toi je me réfugie, en quête de salut ;
pure Mère de Dieu,
visite mon âme affaiblie
et demande à ton Fils et notre Dieu
de m’accorder le pardon pour le mal que j’ai commis,
seule Vierge entre toutes bénie.

Très sainte Mère de Dieu,
ne m’abandonne pas tout le temps de ma vie,
ne me livre pas à l’humaine protection,
mais toi-même protège-moi et aie pitié de moi.

Mon espérance, ô Mère de Dieu,
tout entière je la mets en toi :
garde-moi sous ta protection.

Mardi de la première semaine de carême

Evangiles d’Otton III.

Ce que le Seigneur avait dit en figure, en maudissant le figuier stérile, il le manifeste bientôt plus ouvertement en chassant du temple les voleurs. Car l’arbre n’avait péché en rien, du fait qu’il n’avait pas eu de fruits pour le Seigneur affamé, car la saison n’en était pas encore venue ; mais ils ont péché, les prêtres qui géraient des affaires séculières et avaient négligé de porter le fruit de piété qu’ils auraient dû et dont le Seigneur avait faim en eux. Par sa malédiction, le Seigneur dessécha l’arbre, pour que les hommes témoins ou informés de cette malédiction comprissent beaucoup mieux que leur condamnation au jugement divin était inévitable, si sans le fruit des œuvres, ils n’avaient à s’applaudir que d’un langage religieux, comme du son et du revêtement d’un verdoyant feuillage.

Mais parce qu’ils ne comprirent pas, il exerça logiquement sur eux la sévérité de la vengeance méritée et il chassa le trafic des affaires humaines, hors de la maison dans laquelle la loi commandait de ne traiter que les affaires divines, d’offrir à Dieu hosties et prières, de lire, d’entendre et de chanter la parole de Dieu.

Et cependant on peut croire qu’il ne vit vendre ou acheter dans le temple que les articles nécessaires au service de ce temple, d’après ce que nous lisons ailleurs : entrant au temple il y trouva des gens qui vendaient et achetaient des brebis, des bœufs et des colombes, précisément tout ce que les pèlerins venus de loin n’achetaient aux gens du pays, à ce qu’il faut croire, que pour l’offrir dans la maison du Seigneur.

Si donc le Seigneur ne voulait pas même laisser vendre dans le temple les choses qu’il voulait qu’on y offrît, sans doute à cause de la passion d’avarice et de fraude qui est habituellement le péché propre des marchands, quelle n’est pas, pensez-vous, la sévérité de la peine qu’il infligerait à ceux qu’il trouverait là occupés à rire ou à bavarder ou adonnés à quelque autre vice ? Car si le Seigneur ne souffre pas qu’on traite dans sa maison des affaires temporelles qui peuvent se traiter licitement ailleurs, combien plus mériteront-ils la colère du ciel, ceux qui font dans les édifices consacrés à Dieu ce qu’il n’est nulle part permis de faire ?

Mais, puisque l’Esprit-Saint est apparu en forme de colombe au-dessus du Seigneur, c’est à juste titre que les colombes figurent les dons du Saint-Esprit. Or aujourd’hui, dans le temple de Dieu, qui sont les vendeurs de colombes, sinon ceux qui, dans l’Église, acceptent d’être payés pour l’imposition des mains par laquelle le Saint-Esprit est donné du ciel ?

Saint Bède, 7e homélie de carême, leçons des matines.

Lundi de la première semaine de carême

Le graduel de la messe, qui est chanté aussi le 5e dimanche après la Pentecôte (et l’expression « exaudi preces servorum tuorum » se retrouve à l’identique dans le graduel Locus iste de la fête de la dédicace des églises :

Protéctor noster, áspice, Deus, et réspice super servos tuos. ℣. Dómine, Deus virtútum, exáudi preces servórum tuórum.

Vous qui êtes notre protecteur, regardez ô Dieu, et jetez les yeux sur vos serviteurs. Seigneur, Dieu des armées, exaucez la prière de vos serviteurs.

Par la schola des pères lazaristes de Paris en 1959 :

En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce

Les dimanches de carême, la divine liturgie byzantine est celle de saint Basile. En dehors de ce que la liturgie latine appelle le canon, elle diffère peu de la liturgie de saint Jean Chrysostome. L’une des principales autres différences est l’hymne à la Vierge après la consécration. La voici en grec par Théophraste Bogiatzis, et en slavon par les moines de Valaam. Le texte grec rappelle l’interpellation de l’ange à l’Annonciation : Khairé Kekharitoméni.

En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi. Gloire à toi.

Ἐπi σοὶ χαίρει, Κεχαριτωμένη, πᾶσα ἡ κτίσις. Ἀγγέλων τὸ σύστημα καὶ ἀνθρώπων τὸ γένος, ἡγιασμένε ναὲ καὶ παράδεισε λογικέ, παρθενικὸν καύχημα, ἐξ ἧς Θεός ἐσαρκώθη καὶ παιδίον γέγονεν, ὁ πρὸ αἰώνων ὑπάρχων Θεὸς ἡμῶν· τὴν γὰρ σὴν μήτραν θρόνον ἐποίησε, καὶ τὴν σὴν γαστέρα πλατυτέραν οὐρανῶν ἀπειργάσατο. Ἐπὶ σοὶ χαίρει, Κεχαριτωμένη, πᾶσα ἡ κτίσις δόξα σοι.

Premier dimanche de carême

Pour vous prêcher, frères très aimés, le jeûne le plus sacré et le plus solennel, pourrais-je trouver exorde mieux adapté que les mots de l’Apôtre en qui le Christ lui-même parlait ? Je commence donc par vous redire ce qui vient d’être lu : « C’est maintenant le temps vraiment favorable, c’est maintenant le jour du salut. » Sans doute, il n’est aucun temps qui ne soit plein des dons divins et toujours par sa propre grâce nous est offert l’accès à la miséricorde de Dieu ; maintenant cependant il convient que tous les esprits portés avec plus d’ardeur au progrès spirituel soient animés d’une confiance plus assurée, alors que le retour du jour de notre Rédemption nous invite à tous les devoirs de la miséricorde. Ainsi, le corps et l’âme purifiés, nous célébrerons le mystère, qui l’emporte sur tous les autres, de la Passion du Seigneur.

De tels mystères certes exigeraient une dévotion sans défaillance et une révérence sans relâche en sorte que nous demeurions sous le regard de Dieu, tels qu’il convient de nous trouver en la fête même de Pâques. Mais cette force d’âme n’est l’apanage que d’un petit nombre ! Une observance plus austère se relâche par suite de la fragilité de la chair, tandis que le zèle se détend sous l’effet des activités diverses de cette vie, il est inévitable que les cœurs même religieux se ternissent de la poussière du monde. Aussi la Providence divine a-t-elle ménagé une institution salutaire afin qu’un entraînement de quarante jours nous procure un remède pour restaurer la pureté de nos âmes. Pendant ces jours, les fautes des autres temps sont rachetées par les œuvres de miséricorde et consumées par des jeûnes rigoureux.

Nous allons donc, mes chers frères, aborder ces jours mystiques et consacrés à la purification des âmes ainsi qu’aux jeûnes salutaires. Veillons à observer les préceptes de l’Apôtre, « purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit. » Alors, après répression des conflits qui opposent l’un à l’autre ces deux éléments, l’âme qui, placée sous la conduite de Dieu, doit à son tour diriger le corps, obtiendra la dignité de son empire. Désormais, nous ne donnerons à personne aucune occasion de chute, pour que nous ne soyons plus exposés aux reproches des contradicteurs. En effet, c’est à bon droit que les infidèles nous adresseront des critiques et c’est dans nos vices mêmes que les langues impies trouveront des armes pour nuire à la religion si la manière de vivre de ceux qui jeûnent est en désaccord avec la pureté d’une parfaite abstinence. Ce n’est pas en effet dans la seule abstention de nourriture que réside le tout de notre jeûne et il n’y a aucun profit à soustraire la nourriture au corps si l’âme ne se détourne de l’injustice.

Saint Léon le Grand, sermon 4 sur le carême, leçons des matines, deuxième nocturne, avant 1960.