Mercredi de la Sexagésime

Genèse de Vienne, VIe siècle.

Noé sort de l’arche avec sa famille et les animaux. Puis il offre un sacrifice « de tous les animaux et de tous les oiseaux purs », et Dieu bénit Noé et ses enfants. Alors qu’à la création l’homme ne devait se nourrir que de plantes, Dieu lui donne désormais en nourriture les animaux, tant du ciel que de la mer et de la terre. Mais il interdit de manger « la chair mêlée avec le sang »…. jusqu’à ce que son Fils révèle le mystère du salut et donne sa chair à manger et son sang à boire.

℟. Benedíxit Deus Noë, et fíliis eius, et dixit ad eos : * Créscite, et multiplicámini, et repléte terram.
℣. Ecce ego státuam pactum meum vobíscum, et cum sémine vestro post vos.
℟. Créscite, et multiplicámini, et repléte terram.

Dieu bénit Noé et ses fils et leur dit : Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. Voici que j’établirai mon alliance avec vous et avec votre race après vous. Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre.

Mardi de la Sexagésime

Psautier de saint Louis, à l’usage de la Sainte Chapelle.

La lecture des matines raconte la fin du déluge : Noé ouvre la fenêtre de l’arche, envoie un corbeau qui ne revient pas, puis une colombe, qui revient : Noé la prend avec la main et la fait rentrer. Il envoie une deuxième fois la colombe, qui revient avec un rameau d’olivier, puis une troisième fois, et elle ne revient pas. Noé ouvre le toit et voit que la terre a séché.

Voici ce qu’en dit saint Hilaire dans ce Traité des mystères que j’ai déjà cité deux fois. Le passage commence après plusieurs lignes perdues sur l’envoi du corbeau et le premier envoi de la colombe.

Ce que préfigure le second envoi est bien clair. La colombe revient portant un rameau d’olivier couvert de feuilles ; il ne faut plus la prendre avec la main, elle revient en volant. Cela fut accompli lorsque les soixante-dix disciples envoyés en mission pour prêcher l’Évangile, après avoir reçu le Saint-Esprit, reviennent en portant la gloire de s’être soumis les esprits impurs, – car le Saint-Esprit rapportait les fruits de la miséricorde divine, dont l’olivier est la figure – et lorsque l’abandon postérieur du Seigneur par les disciples l’empêcha de trouver dès ce moment un lieu de repos. La colombe revint à Noé avec des fruits pour figurer dans ce second retour les fruits rapportés par l’Esprit Saint dans la soumission des démons et l’impossibilité où le mettait l’abandon du Seigneur par les disciples de trouver dès lors un lieu de repos. Le troisième envoi préfigure son habitation chez le croyant, car une fois envoyé, le Saint-Esprit demeure éternellement dans l’âme des fidèles.

Saint Matthias

L’apolytikion, par le hiéropsalte Dimitrios Papagiannopoulos.

Θείω Πνεύματι, κεκληρωμένος, συνεπλήρωσας, τῶν Ἀποστόλων, τὴν δωδεκάριθμον φάλαγγα ἔνδοξε, μεθ’ ὧν κηρύξας τοῦ Λόγου τὴν κένωσιν, ἐθαυμαστώθης Ματθία Ἀπόστολε. Ἀλλὰ πρέσβευε, δοθήναι τοὶς σὲ γεραίρουσι, πταισμάτων ἱλασμὸν καὶ μέγα ἔλεος.

Choisi par l’Esprit divin pour compléter la phalange des douze apôtres, ô glorieux, avec eux tu as proclamé la kénose du Verbe et tu as été admirable, apôtre Matthias. Mais intercède pour que soit donné à ceux qui t’honorent le pardon de leurs fautes et la grande miséricorde.

Sexagésime

L’arche de Noé, une des 24 images de la Bible par William de Braisles, vers 1250. « de cumanda noe fer un arche a tres astages e ke il me(it) lens lui e sa feme e sa treis fiz. cham e sam e iafet e lur femes e de bestes e de volatilie ii e ii. »

Le personnage principal de ce jour – et de toute la semaine – est Noé. Mais il est caché dans les matines, où se poursuit la lecture de la Genèse.

Il est caché comme la semence que le semeur sorti pour semer va cacher dans la terre dans l’évangile de ce dimanche.

Noé, lui aussi, cache la semence. Il est chargé de sauver « universum semen ». Littéralement toute semence. Mais il s’agit ici des animaux de l’arche, du code génétique de tout être vivant, du germe de toute la chaîne des générations.

Dans l’arche, les hommes sont huit. 8 est le nombre de la grâce, la grâce du Christ ressuscité le 8e jour. Les 8 vont sauver l’ensemble de la création, en traversant le Déluge qui est le baptême de régénération, pendant 40 jours (le temps du carême qui conduit à Pâques), dans l’arche qui est l’Eglise et les conduit au sommet de la montagne où poussent l’olivier et la vigne : l’huile de l’onction divine et le vin de la vie éternelle.

℟. Noë, vir justus atque perféctus, cum Deo ambulávit : * Et fecit ómnia quæcúmque præcépit ei Deus.
℣. Fecit sibi arcam, ut salvarétur univérsum semen.
℟. Et fecit ómnia quæcúmque præcépit ei Deus.

Noé, homme juste et intègre, a marché avec Dieu ; et il a fait tout ce que Dieu lui a commandé. Il s’est fait une arche, pour sauver toute semence de vie. Et il a fait tout ce que Dieu lui a commandé.

Le texte de ce répons est constitué d’expressions tirées des versets 9 et 22 du chapitre 6 de la Genèse, et du verset 3 du chapitre 7 :

6,9 Noë vir justus atque perfectus (…) cum Deo ambulavit.

6,22 Fecit igitur Noë omnia quæ præceperat illi Deus.

7.3 ut salvetur semen super faciem universæ terræ.

La Chaire de saint Pierre

Le texte ci-dessous est la lecture du deuxième nocturne des matines. Il a toujours été attribué à saint Augustin (« sermo 15 de sanctis ») mais Migne en doutait quand il l’a édité dans sa patrologie latine, et aujourd’hui il est établi qu’il n’est pas de saint Augustin. Il semble toutefois qu’il soit du Ve siècle. Il est curieux que le bréviaire ait gardé la dernière phrase, qui n’a guère de rapport avec la fête.

L’institution de la solennité de ce jour a reçu de nos ancêtres le nom de Chaire, parce que Pierre, prince des Apôtres, a pris possession aujourd’hui du siège de son épiscopat, selon la tradition. C’est donc à bon droit que les Églises célèbrent l’origine de ce siège que l’Apôtre a reçu pour le salut des Églises, quand le Seigneur a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.

Le Seigneur a donc appelé Pierre le fondement de l’Église : et c’est pourquoi l’Église vénère dignement ce fondement sur lequel s’élève toute la hauteur de l’édifice ecclésiastique. C’est donc en toute convenance que le Psaume qui vient d’être lu nous dit : Qu’on l’exalte dans l’assemblée du peuple, et qu’on le loue dans la chaire des anciens. Béni soit Dieu, qui a prescrit d’exalter le bienheureux Pierre Apôtre dans l’Église. Il convient en effet d’honorer dans l’Église ce fondement par lequel celle-ci s’élève vers le ciel.

De ce que l’origine de la Chaire de saint Pierre est aujourd’hui célébrée, son ministère sacerdotal est aussi honoré. Les Églises se rendent ce mutuel hommage, parce que nécessairement une Église a d’autant plus de dignité, que son ministère sacerdotal a plus d’honneur. Après que cette solennité a été justement introduite dans les Églises par un usage religieux, je m’étonne que chez certains infidèles se soit accrue de nos jours la si pernicieuse erreur d’amasser des mets et des vins sur les tombeaux des morts, comme si les âmes sorties des corps réclamaient des aliments charnels.