Comme on le sait, la Slovaquie a une fois de plus bloqué le 18e paquet de sanctions contre la Russie, avec le soutien de la Hongrie. Mais j’apprends que Malte s’y est également opposé. Son gouvernement s’inquiète des conséquences du plafonnement du prix des exportations d’énergies russes sans coordination avec le G7. En bref, de nombreux navires pétroliers sont sous pavillon maltais et l’économie de l’île pâtirait de nouvelles restrictions.
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L’Ukraine en 2016
Victoria Nuland, qui après avoir paradé à Kiev pendant le Maïdan s’était vantée d’avoir imposé en Ukraine le gouvernement voulu par les Américains en se moquant de ce que pourraient en dire les Européens (« Fuck UE ! »), racontait tranquillement en 2016 devant le Congrès à quel point l’Ukraine était la chose du Département d’Etat :
« Des conseillers américains interviennent dans une douzaine de ministères… Avec l’aide des Etats-Unis, des policiers nouvellement formés patrouillent dans les rues de 18 villes ukrainiennes. Dans les tribunaux, des avocats bénéficiant d’une aide juridique gratuite financée par les Etats-Unis ont obtenu les deux tiers des acquittements du pays. Des conseillers du Trésor et du Département d’Etat ont aidé l’Ukraine à fermer plus de 60 banques en faillite et à protéger les actifs des déposants. Et comme il ne peut y avoir de réforme en Ukraine sans sécurité, plus de 266 millions de dollars de notre soutien ont été consacrés au secteur de la sécurité, formant 1.200 soldats et 750 membres de la Garde nationale ukrainienne et fournissant du matériel de sauvetage. Au cours de l’exercice 2016 nous poursuivons la formation et l’équipement d’un plus grand nombre de garde-frontières, de militaires et de garde-côtes ukrainiens. »
L’analyse d’Alfred de Zayas
Alfred de Zayas, né à La Havane, américain (et récemment suisse), membre du parti républicain depuis 1968, haut fonctionnaire des Nations Unies pendant 22 ans, puis professeur de droit international, écrivait hier sur son fil X :
Les accords de Minsk I et II étaient équitables, mais ils ont été violés par l’Occident et l’Ukraine. Les deux projets d’accord présentés par Lavrov en décembre 2021 étaient modérés et constituaient des compromis visant à établir une architecture de sécurité raisonnable et à garantir l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Les États-Unis et l’OTAN les ont rejetés.
Trump n’a aucune raison d’être « désappointé » par la Russie, qui tente de conclure un accord depuis 2014, et les États-Unis et l’OTAN ont refusé. La Russie n’a pas changé sa position. Les États-Unis ne veulent pas d’un accord, ils veulent la capitulation.
Comme les États-Unis et l’Europe ont l’habitude de rompre leurs accords verbaux et écrits, leur crédibilité est proche de zéro. Cela explique la prudence de la Russie et de la Chine à conclure tout « accord ».
La « culture de la tricherie » occidentale nous a rattrapés. Les relations internationales reposent sur la confiance, et nous l’avons perdue. Si nous avions respecté l’accord de février 2014 avec Ianoukovitch et les accords de Minsk I et II, nous ne serions pas dans la situation actuelle.
Il est étrange que les États-Unis exigent de la Russie qu’elle mette fin à la guerre en Ukraine. La balle est dans notre camp. Tant que nous continuerons à armer et à financer l’Ukraine, la guerre continuera. Arrêtez le flux d’armes et de renseignements militaires, et ce sera fini.
Guerguiev à l’été d’un roi…
On peut dire que les organisateurs du festival Un’estate da Re, au palais royal de Caserte, n’ont pas froid aux yeux. Alors que Valery Guerguiev est banni de toute la vie musicale occidentale depuis février 2022, ils l’ont invité à diriger, le 27 juillet, l’orchestre philharmonique de Salerne.
L’horrible veuve de Navalny, qui se croit présidente de Russie en exil, a exigé que Guerguiev soit déprogrammé :
« Je suis simplement obligée de dire ceci : il y a un gros problème avec le festival 2025 “L’été d’un roi“. En effet, Valery Guerguiev, un célèbre chef d’orchestre russe, a été invité à l’événement. Et un ami proche de Vladimir Poutine. Pas seulement un ami. Et pas seulement un partisan. Mais aussi un promoteur de la politique criminelle de Poutine, son complice et son ”flanker ». »
Alors tout le politiquement correct italien a donné de la voix pour condamner cette insupportable invitation.
Deux partis (parti démocrate et Azione) ont officiellement demandé au président régional Vincenzo De Luca d’annuler la soirée du « propagandiste du tsar » (sic), appuyés par Pina Picierno, vice-présidente du Parlement européen, qui est de Campanie. Le ministre de la Culture Alessandro Giuli a fini par condamner lui aussi la présence de Guerguiev :
« L’art est libre et ne peut être censuré. La propagande, en revanche, même si elle est faite avec talent, c’est autre chose. C’est pourquoi le concert de l’ami et conseiller de Poutine, Valery Guerguiev, voulu, promu et financé par la région de Campanie et devant se tenir dans la Reggia di Caserta, qui est autonome dans le choix des événements qu’elle accueille, comme tous les instituts autonomes du ministère de la culture, risque de faire passer un message erroné. L’Ukraine est une nation envahie et le concert de Guerguiev risque de transformer un événement musical de haut niveau, mais objectivement controversé et conflictuel, en une caisse de résonance de la propagande russe. Je trouve cela déplorable. »
Ce matin, le président de la région, Vincenzo De Luca, qui est pourtant membre du parti démocrate, a fermement répondu :
« Nous n’avons pas l’intention d’accepter une logique de verrouillage ou d’interruption du dialogue, parce que cela n’aide pas la paix. »
La secrétaire adjointe de la Ligue Silvia Sardone, député européen, a déclaré :
« Empêcher un chef d’orchestre d’apporter son art dans notre pays nous rendrait identiques à ceux que nous voulons combattre avec nos paroles. »
Et son collègue Roberto Vannacci :
« L’affaire Guerguiev va bien au-delà d’une simple controverse sur un concert. Elle représente un véritable thermomètre d’une société qui a perdu le sens de la mesure, de la proportionnalité et de la justice. »
Il convient de souligner le mensonge de la veuve Navalny, répercuté par les politicards italiens qui ne savent rien : Valery Guerguiev, directeur des deux principaux opéras russes, figure majeure de la direction d’orchestre dans le monde, est assurément un ami (de très longue date) de Poutine, mais il n’a jamais pris position dans le conflit ukrainien (c’est même ce qu’on lui a d’abord reproché) et il ne fait aucune propagande. A la différence de diverses vedettes et de fausses célébrités qui donnent leur avis sur tout et n’importe quoi, il fait son travail d’artiste et seulement son travail d’artiste.
Ubukraine
Le « métropolite » Oleksandr Drabinko de l’Eglise du pouvoir ukrainien (l’un des deux seuls évêques de l’Eglise orthodoxe à avoir fait défection en 2018) s’oppose aux tentatives de confiscation (par son Eglise) de la laure de Potchaïev, l’un des trois plus grands monastères orthodoxes d’Ukraine. Il remarque que dans la laure supérieure des Grottes de Kiev, qui a été donnée à l’Eglise du pouvoir, il n’y a quasiment plus rien : « Avant, la vie était animée : neuf liturgies étaient célébrées chaque jour, il y avait des pèlerins, on achetait des cierges, on prenait des livrets. Et maintenant, dans la Laure, c’est le silence… » (quand il n’y a pas les animations profanes et profanatrices).
Et il n’y a pas que la Laure : « Dans de nombreuses villes les églises sont vides. Et nous voulons encore reprendre la Laure de Potchaïev ? Tant que les dirigeants de l’Église orthodoxe d’Ukraine et de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou ne s’assiéront pas à la table des négociations, il sera impossible de résoudre la question. »
Le même Drabinko se plaignait il y a quelques jours que dans plusieurs églises de son propre diocèse on commémore le métropolite Onuphre, primat de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, et non Doumenko, le primat de l’Eglise du pouvoir.
La question ne se résoudra pas à la table des négociations, mais par la disparition de l’Eglise du pouvoir en même temps que ce pouvoir…
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Une commission du ministère de la Culture s’est rendue au monastère féminin de Krasnogorsk, dans la région de Tcherkassy, afin d’inspecter le patrimoine culturel historique des « Grottes de Krasnogorsk ». Mais il n’y a jamais eu de grottes dans ce monastère. Les moniales ont fait faire le tour aux agents, qui n’ont rien trouvé.
Selon le site Dozor (surveillance), « cette mascarade était une provocation des fonctionnaires en vue d’une future expropriation de l’église » du monastère. Récemment, le parquet a exigé que l’administration régionale de Tcherkassy remette à l’Etat quatre églises de l’Eglise orthodoxe ukrainienne.
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Zelensky fait tourner ses pions. Le Premier ministre Denys Shmyhal va devenir ministre de la Défense, en remplacement de Roustem Oumierov qui va devenir ambassadeur à Washington (sa famille vit déjà en Floride), et Ioulia Svyrydenko va devenir Premier ministre. Elle était vice-Premier ministre et ministre de l’Economie.
La suite du jeu de chaises musicales est à venir. Il semble que le ministre de la Culture, Nikolai Totchitsky, soit viré. Il n’était là que depuis septembre 2024. Il n’a pas réussi à chasser les « popes de Moscou » des divers lieux culturels qu’ils occupent, comme dit la rhétorique officielle, mais il a réussi à choquer même les athées en organisant à la Laure de Kiev un spectacle culinaire et des danses folkloriques, et en créant une commission chargée d’étudier les reliques des saints des Grottes de Kiev.
Zelensky a dit que le remaniement marque le début d’une transformation du pouvoir exécutif, visant à renforcer les atouts de l’Ukraine. Il n’a pas précisé lesquels.
En « proposant » un nouveau Premier ministre à l’approbation du Parlement, Zelensky viole une fois de plus la Constitution ukrainienne, puisque celle-ci stipule que c’est le conseil de la coalition majoritaire au Parlement qui propose un Premier ministre au président. Mais de toute façon, selon la Constitution, Zelensky n’est plus président depuis le 20 avril 2024…
Addendum 17 juillet
Finalement on garde Oumierov à Kiev (on s’est avisé qu’il était le chef de la délégation des négociations avec la Russie), et l’on envoie à Washington Olha Stefanichyna, qui était Vice-Premier ministre chargée de l’intégration européenne et euro-atlantique depuis 2020 et en outre ministre de la Justice depuis l’an dernier…