Le P. Luykx et la rupture postconciliaire

Je reviens sur le livre du P. Boniface Luykx sur Vatican II et la réforme liturgique, parce que c’est très important. Le P. Luykx faisait activement partie du « Mouvement liturgique » des années 1940 et 1950, il fut nommé dans les instances de préparation du concile, puis il participa à la rédaction de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (souvent désignée sous le sigle CSL dans son livre), puis il participa aux travaux de deux des sous-commissions liturgiques du Consilium chargé d’appliquer le concile. Or cet homme-là, donc très engagé dans la réforme liturgique, a considéré que les sous-commissions trahissaient le texte conciliaire et fabriquaient une liturgie en rupture complète avec la Tradition et avec ce que voulaient les acteurs du « Mouvement liturgique ». En bref, le P. Luykx est un témoin irrécusable de ce que Benoît XVI appelait « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Le P. Luykx était professeur dans l’âme (et il fut très longtemps professeur de liturgie). A chaque chapitre il résume ce qu’il a dit et ce qu’il va dire. Au milieu du livre, au début du 3e chapitre, ce double résumé devient un résumé de tout le livre. En voici une traduction. On verra à quel point il insiste sur la rupture opérée par les fabricants de la nouvelle liturgie, qu’il qualifie à plusieurs reprises dans son livre de « fausse-couche liturgique » et de réforme « avortée ».

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Un procès de la liberté de religion

Le Salon beige répercute un article de Religactu, un site que je ne connaissais pas, sur le procès en cours de la « Famille missionnaire de Notre-Dame », que je ne connais que de nom.

Religactu pointe une « évolution préoccupante du droit pénal appliqué au fait religieux ». Car ici on ne parle ni d’abus sexuels, ni de violences physiques, ni de détournements de fonds. On parle du ressenti d’anciens membres de la communauté. Le ressenti d’un mode de vie exigeant, d’une discipline stricte, d’une séparation radicale avec le monde extérieur…

Bref de ce qui jusqu’ici était le mode de vie normal des monastères.

Religactu commente :

Toute communauté religieuse structurée propose des normes, des interdits, des pratiques contraignantes et une hiérarchie spirituelle. Si ces éléments deviennent, en eux-mêmes, des preuves d’emprise, alors la liberté religieuse n’est plus qu’une liberté conditionnelle, accordée seulement aux croyances jugées « raisonnables » ou « modérées » par les autorités civiles. (…)

En filigrane, c’est une transformation profonde du rapport entre l’État et les religions qui se dessine. La liberté de religion n’est plus conçue comme le droit de croire, de pratiquer et de s’organiser selon ses convictions, mais comme une liberté sous surveillance, subordonnée à une norme implicite de « bonne religion », compatible avec les valeurs dominantes, le confort psychologique et les attentes sociales contemporaines.

Cela me fait penser à l’affaire des bénédictines de Montmartre. Là il y a eu de vrais abus psychologiques, manifestement, et des maltraitances physiques. Mais il n’y a pas eu de procès pénal. Dans un article qui faisait la liste de ce qu’on reprochait à l’ancienne prieure générale, je lisais qu’elle ouvrait le courrier des moniales. Et cela se trouve en effet dans le rapport de la Ciasep, dont les membres sont censés avoir des « compétences canoniques et théologiques ». Ces gens-là ne savent donc rien de la vie monastique. Une fois qu’il a prononcé ses vœux le moine ne dispose plus de lui-même, il doit se désapproprier de lui-même, ce qui passe notamment par une obéissance absolue au père abbé, lequel a notamment le devoir d’ouvrir le courrier (même si en temps normal il ne le lit pas). Que la commission sur les abus spirituels accuse la prieure d’ouvrir le courrier montre que même des « spécialistes » sont atteints par cette dérive que dénonce Religactu.

Et de vrais spécialistes, ou plutôt simplement des gens de bon sens, n’auraient pas gardé dans leur dossier cette plainte d’une religieuse : « J’ai souffert d’être séparée de ma famille »…

Continuité bergoglienne

Le pape a nommé lundi 19 nouveaux consultants au dicastère pour le Dialogue interreligieux. LifeSiteNews a noté que parmi eux se trouvent ces quatre femmes :

Emilce Cuda, qui est déjà secrétaire de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. En 2020 elle disait dans une interview qu’elle ne faisait pas de commentaire sur l’avortement parce qu’elle est « spécialisée en morale sociale et non en bioéthique ». Lors de l’annulation par la Cour suprême américaine de l’arrêt Roe contre Wade elle déclarait que de nombreux catholiques « confondent la défense de la vie avec la défense de positions idéologiques » et soulignait que la dignité humaine ne devait pas être réduite aux seules questions de l’avortement et de l’euthanasie. Elle est proche de la « théologie du peuple ».

Mónica Santamarina, figure de proue de l’Union mondiale des organisations féminines catholiques (WUCWO). Dans une interview au quotidien de la Conférence épiscopale italienne, Avvenire, elle saluait le pape François comme un « champion » de l’inclusion pour avoir nommé des femmes à des postes de haut niveau au Vatican, tout en affirmant que   le cléricalisme persiste encore beaucoup, surtout au niveau local ».

Ana María Bidegain, présidente d’une confédération de mouvements laïcs appelée Pax Romana. Dans une interview en juin elle déclarait : « Notre grand défi est de savoir comment aider à articuler et à construire l’Église synodale. » Elle disait aussi que que « sans le travail des laïcs, la théologie de la libération n’aurait jamais vu le jour ».

Sofía Nicolasa Chipana Quispe, de Bolivie, est associée à la théologie indigène, féministe et décoloniale et est membre de la Communauté des femmes théologiennes indigènes d’Abya Yala, qui est le nom indigène de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Elle a été présentée par le Conseil œcuménique des Églises (dont l’Eglise catholique ne fait pas partie) comme « une voix majeure d’une théologie indigène qui valorise la dignité et le caractère sacré de la vie sur terre et le respect de toutes les formes de vie ». Elle parle de la spiritualité andine comme étant « inconditionnellement liée à Pachamama, la Terre Mère ».

Urticaire athée

La Cour européenne des droits de l’homme va examiner la requête de de l’Union athée de Grèce qui demande la suppression des icônes dans les tribunaux du pays.

Selon les plaignants, la présence d’icônes porte atteinte au principe d’impartialité du tribunal, viole leur droit à un procès équitable, ainsi que leur liberté de pensée, de conscience et de religion. Ils insistent sur le fait que les institutions publiques doivent être totalement exemptes de symboles religieux.

Les tribunaux grecs ont rejeté ces arguments, indiquant que les icônes faisaient partie de la tradition historique et culturelle du pays et ne constituaient pas une forme de pression ou de coercition religieuse. Ils soulignaient que leur présence ne portait pas atteinte aux droits fondamentaux des parties au procès. Les athées se sont donc tournés vers la CEDH, qui vient d’accepter d’examiner la plainte.

Théoriquement elle n’a aucune chance d’aboutir, car la jurisprudence de la CEDH est que les Etats disposent d’une large marge d’appréciation en matière de présence de symboles religieux dans la sphère publique, s’ils sont liés à l’histoire et à l’identité nationales. On se souvient qu’elle avait ainsi rejeté la demande des athées italiens de retirer les crucifix des salles de classe.

Mais l’évolution de la mentalité européenne sous l’influence du wokisme impose d’être attentif…

Les deux formes ordinaires du rite romain

Dans une interview publiée en vidéo par la Confraternité Notre-Dame de Fatima, Mgr Athanasius Schneider fait savoir que lorsqu’il a rencontré Léon XIV, le 18 décembre dernier, il a proposé au pape de promulguer une constitution apostolique garantissant le droit à tout prêtre de célébrer le missel de 1962.

« J’ai suggéré et j’ai fait la proposition au Saint-Père, lorsque je l’ai rencontré, de rédiger un document plus solennel qu’un motu proprio. Benoît XVI a rédigé un motu proprio et François a rédigé un anti-motu proprio. Je pense donc qu’il ne serait pas très approprié de rédiger à nouveau un anti-motu proprio contre François, mais simplement un document plus solennel. »

L’objectif de ce document serait une « régularisation solennelle » de la messe traditionnelle, garantissant une liberté totale pour sa célébration et assurant une « coexistence pacifique » entre la liturgie traditionnelle et la forme postconciliaire, sans limitations ni obstacles.

Les deux formes, ajoute-t-il, ne devraient plus être appelées « forme ordinaire » et « forme extraordinaire » du rite romain, mais toutes deux reconnues comme des formes ordinaires du rite romain. Ce changement de terminologie soulignerait l’existence d’un droit stable pour les prêtres et les fidèles de célébrer et d’assister à la messe traditionnelle. Cela empêcherait de futures interprétations qui pourraient marginaliser la liturgie traditionnelle en la traitant comme une exception ou une concession.

« Un évêque ne peut pas interdire le Novus Ordo. Le même principe devrait donc s’appliquer, à savoir qu’un évêque ne peut pas limiter ou interdire la forme traditionnelle. Si cela était établi par un document pontifical, un évêque n’aurait plus le droit d’imposer aucune restriction à la messe Vetus Ordo. »