La persécution estonienne

Le Parlement estonien a adopté hier, sans surprise, par 60 voix contre 13 (16 députés n’ont pas participé au vote), le projet de loi interdisant l’Eglise orthodoxe. Sans surprise, la bonne volonté des orthodoxes, qui ont changé le nom de leur Eglise, n’aura servi à rien.

Comme en Ukraine, l’interdiction de l’Eglise devra passer par les tribunaux pour chaque entité, qui a deux mois pour se conformer à la loi, à savoir prouver qu’elle n’a strictement aucun lien avec la Russie, ce qui est évidemment impossible, et pas seulement pour le monastère de Pühtitsa qui dépend directement du patriarche de Moscou.

Intéressante réaction d’un député qui n’a pas pris part au vote, Maria Jufereva-Skuratovski : « À un moment donné, j’ai compris qu’en adoptant cette loi, nous ne résoudrions pas nos problèmes, mais au contraire, nous en créerions d’autres qu’il faudra résoudre pendant des années. J’ai compris que je n’étais pas prête à assumer la responsabilité du destin de l’Église orthodoxe en Estonie. »

Ci-dessous le communiqué de l’« Église orthodoxe chrétienne d’Estonie » (le nom d’Eglise orthodoxe d’Estonie étant réservé à la petite scission russophobe adoubée par le gouvernement et reconnue par Constantinople) :

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Alexandre Ovetchkine

Alexandre Ovetchkine célébrant son 895e but, avec sa femme Nastya, ses fils Sergueï et Ilya, et sa mère Tatiana.

« Vous tous, supporters du monde entier, Russes, on a réussi ! Quelle journée, hein ? Comme je le dis toujours, c’est un sport d’équipe. Sans mes gars, toute l’organisation, les supporters, les instructeurs, les entraîneurs… Je ne serais jamais là et, bien sûr, je n’aurais jamais battu le record du plus grand. »

C’est ainsi que s’est exclamé Alexandre Ovetchkine venant d’entrer dans la légende du hockey sur glace en marquant son 895e but dans la Ligue nationale américaine de hockey, battant ainsi le record établi en 1999 par Wayne Gretzky, qui était là aussi.

Les gazettes sont moins promptes à répercuter ce qu’a dit ensuite le champion des Capitals de Washington :

« Je sais que Dieu aime tous les gens, bons et mauvais. Les églises sont ouvertes, il suffit de venir. Bien sûr, tout le monde fait face à des épreuves dans la vie, des moments où l’âme est déchirée et où l’on se dit : Mon Dieu, je n’en peux plus ! Mais on se rend compte que Dieu ne nous donne jamais plus que ce que nous pouvons supporter. Parfois, nous devons souffrir pour pouvoir ressentir de la joie et aller de l’avant. »

Puis il parle de son baptême, après la chute du communisme, en 1991, il avait six ans :

« Ce qui m’a vraiment marqué, c’est qu’après les prières, ils ont sorti le calice et j’ai reçu la communion à l’aide d’une petite cuillère. Je me souviens de ce sentiment encore aujourd’hui. Curieusement, je me souviens à peine d’autre chose de mes années de sport dans mon enfance – juste des entraînements et des tournois – mais ce moment de rencontre avec Dieu m’est resté. Seigneur, vivrons-nous assez pour voir le jour en Russie où les gens n’auront plus honte de la Croix et seront fiers de dire : Nous sommes Russes – et nous sommes une grande nation ? »

Alexandre Ovetchkine et sa famille sont des paroissiens de la cathédrale orthodoxe russe de Washington. Dans son vestiaire on voit une icône de la Mère de Dieu du Signe, qui reproduit la partie supérieure de l’icône du chœur de la cathédrale.

*

Vladimir Poutine lui a envoyé ce télégramme:

Cher Alexander Mikhailovich !

Je vous félicite pour ce record exceptionnel. Vous avez dépassé les maîtres légendaires en termes de nombre de palets marqués lors des matchs de la saison régulière de la Ligue nationale de hockey.

Votre riche carrière sportive comprend des victoires lors de tournois mondiaux et nationaux, ainsi que de nombreuses autres réalisations brillantes et uniques qui sont entrées dans les annales de l’école nationale de hockey. Il ne fait aucun doute que cette réussite est devenue non seulement votre succès personnel, mais aussi une véritable fête pour les fans en Russie et à l’étranger.

Je vous félicite une fois de plus pour cet événement important. Je vous souhaite la santé, la chance et un esprit combatif pour conquérir de nouveaux sommets dans la vie et dans le sport.

Vladimir Poutine

La fin de l’Eglise latine

Un autre aspect, relevé par l’abbé Barthe dans un article de Res Novae sur le « sacrement des malades » qui a remplacé l’extrême-onction :

Comme toujours dans la réforme liturgique, où l’aspect de « retour aux sources » des rites s’est conjugué avec la dévaluation de leur signification. Car la mue de ce sacrement a accompagné une dédramatisation générale de la mort, médicalisée, localisée à l’hôpital. « Le nouveau rituel de l’Onction des malades s’inscrit dans le mouvement qui tend à déritualiser, désacraliser même la mort en tant que mutation essentielle », écrivait François-André Isambert. La mort, devenue un tabou dans les sociétés occidentales. « On pourrait dire, pour citer une dernière fois Guillaume Cuchet, que la dédramatisation de la mort chrétienne et le silence sur les fins dernières sont la version catholique de ce nouveau tabou, l’Église ayant rompu avec son ancien discours sur la mort parce que les contemporains n’étaient plus en état de le supporter, ou qu’il ne faisait déjà plus sens pour eux depuis un certain temps. »

La fin de l’Eglise ex-latine

Une étude mondiale du Pew Research Center sur les religions montre que l’Italie, le pays dont la capitale est Rome, est largement en tête des défections de fidèles chrétiens. Pour une personne non chrétienne devenue chrétienne, il y en a plus de 28 qui étaient chrétiennes et ne s’identifient plus comme telles. En France le ratio est de 1 pour 15,8.

Si l’on considère la proportion de personnes qui ont quitté le christianisme dans lequel elles ont été élevées, c’est l’Espagne qui est en tête, avec 36%. En France c’est 28%.

Le fait que l’Italie et l’Espagne soient en tête montre clairement le déclin rapide de l’Eglise catholique. Et ces chiffres masquent en fait une réalité bien pire.

Une enquête publiée en novembre dernier par l’institut CENSIS a montré que si 71,1% des Italiens se disent encore « catholiques », seulement 15,3% se définissent comme « pratiquants » (rappelons que dans les enquêtes le « catholique pratiquant régulier » est celui qui va à la messe au moins une fois par mois).

Il y a donc une « zone grise » de 58% d’Italiens qui se disent catholiques mais qui ne participent que rarement aux célébrations de l’Église (34,9 %) ou pas du tout (20,9%).

Sandro Magister précise :

58 % des Italiens continuent de croire en la vie après la mort et la plupart d’entre eux croient qu’il s’agira d’une vie différente selon que l’on se soit bien ou mal comporté. Mais dans la vie actuelle, écrivent les auteurs de la recherche, « le sens du péché n’est pas particulièrement ressenti, notamment parce qu’au cours des cinquante dernières années, la culture catholique a été particulièrement “indulgente” », et que le sens du péché a été remplacé par un sentiment de culpabilité plus générique et individualiste.

« La ‘zone grise’ dans l’Église d’aujourd’hui – écrivent les auteurs de la recherche – est donc le résultat de l’individualisme ambiant, bien sûr, mais aussi d’une Église qui n’est plus qu’horizontale et qui peine à encore à indiquer un ‘au-delà’. »

C’est ce à quoi je pensais encore en commentant la collecte de la messe d’aujourd’hui dans la liturgie traditionnelle. La néo-liturgie a supprimé toute notion du jeûne et a effacé les mots de pénitence et de repentir jusque dans la traduction « liturgique » de la Bible. Il y a donc un énorme fossé entre la liturgie traditionnelle du carême et ce que dit la néo-liturgie. Ce n’est plus la même religion. C’est encore plus flagrant si l’on se réfère à la liturgie byzantine. Chaque jour le Triode martèle les mots de jeûne, de péché, de vices (« passions »), de repentir. Les matines byzantines de ce jour sont constituées essentiellement de l’intégralité du Grand Canon pénitentiel de saint André de Crète, un texte capital du carême byzantin (on peut l’entendre chanté hier soir par exemple au monastère Sretenski de Moscou en slavon ou en l’église de l’Ascension d’Athènes en grec). On n’imagine pas que ce texte puisse être récité aujourd’hui dans une église catholique latine, même dans un monastère, tellement profond est le gouffre, l’abîme, entre la doctrine ascétique traditionnelle et l’actuelle « religion » ex-latine.

Il y a encore des prêtres qui donnent le change, qui tentent de « compenser » tant bien que mal. Mais la néo-liturgie, et l’idéologie qui a présidé à sa fabrication, sont plus fortes qu’eux : lex orandi, lex credendi. Leur tentative est vouée à l’échec, à long terme, et comme on le voit, à moyen terme, voire même à court terme. Dans le dernier réduit traditionnel qui est à ma portée, le célébrant, l’autre dimanche, a réussi le tour de force de faire tout son sermon sur les 40 jours de Moïse, d’Elie et de Jésus sans employer une seule fois le mot de jeûne. Or c’est un prêtre qui veut être traditionnel et qui s’adressait aux derniers survivants de la liturgie traditionnelle dans le diocèse. C’est dire…

Leur Eglise

C’était le 24 mars, une messe en l’honneur de « saint » Oscar Romero, dans la chapelle où il a été assassiné il y a 45 ans, à San Salvador. La messe était « présidée » par Mgr Oswaldo Estéfano Escobar Aguilar, évêque de Chalatenango, et concélébrée par plusieurs prêtres, ainsi que par Neftalí Ruíz, « évêque de l’Eglise vieille-catholique », et une « prêtresse » de l’« Eglise épiscopale anglicane du Salvador », laquelle a également « canonisé » Oscar Romero…

La nonciature a condamné la présence de deux non-catholiques à l’autel, contraire à la loi ecclésiastique. La nonciature condamne également le « message politique » d’une banderole contre les mines d’or. Mais les sermons de l’évêque Romero étaient généralement politiques. (La banderole avait été apportée par Neftalí Ruíz, plus connu comme militant contre les mines que comme « évêque ».)

On apprend que ça fait au moins trois ans que des « clercs » non catholiques concélèbrent à cette messe anniversaire, sans avoir attiré l’attention de la nonciature.

Il s’agit en fait d’une pratique qui se banalise. Ce qui est tout simplement dans la logique de l’œcuménisme actuel qui exalte les points communs et gomme les différences jusqu’à « oublier » ce qu’est un sacrement, y compris l’eucharistie.