Sanctions, Russie isolée, etc.

Le 28e Forum économique de Saint-Pétersbourg s’est ouvert aujourd’hui. Plus de 140 pays y participent. Quelque 150 événements sont organisés, pour quelque 20.000 visiteurs. Au programme également le festival culturel « Saisons de Saint-Pétersbourg », et quelques évènements sportifs. Vladimir Poutine prononcera un discours lors de la plénière de vendredi.

Ce matin Cyrille Dmitriev, le PDG du Fonds d’investissement direct russe, offrait un petit déjeuner aux membres de la… Chambre de commerce américaine en Russie (représentant plus de 150 entreprises américaines).

Couper le gaz…

Au sommet des ministres de l’énergie, à Luxembourg, la Hongrie et la Slovaquie ont voté contre le projet d’arrêt de toute importation de gaz russe à partir du 1er janvier 2028 pour les contrats à long terme, avec fin des contrats à court terme dès l’année prochaine.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères – et du commerce – Peter Szijjarto a fait valoir que cette décision rendrait impossible l’achat de gaz à bas prix, ce qui ferait peser un énorme fardeau sur les ménages hongrois, multipliant leurs charges par deux ou trois, peut-être quatre, et que ce n’était vraiment pas le moment pour tout le monde, alors que les prix de l’énergie risquent de grimper avec la guerre entre Israël et l’Iran.

Peter Szijjarto a souligné que le débat d’aujourd’hui à Luxembourg était « gravement démagogique » et a montré que la Commission européenne, mais aussi plusieurs Etats membres, voient la question de l’approvisionnement en énergie comme politique, alors que pour la Hongrie c’est une « réalité matérielle ».

Peter Szijjarto souligne ainsi l’hypocrisie de la Commission et de la présidence de l’UE. Car il s’agit effectivement pour les dirigeants de l’UE, déconnectés de leurs peuples, d’une question politique, liée aux sanctions contre la Russie. Mais c’est le conseil des ministres du commerce qui prend la décision. Et cela parce que les décisions concernant les Affaires étrangères doivent être prises à l’unanimité (au nom du dernier reste de souveraineté des Etats), alors que celles qui concernent le commerce sont prises à la majorité.

C’est pourquoi Peter Szijjarto dit que malgré son « veto » d’aujourd’hui il lui faudra encore « se battre ».

En attendant, le projet sera soumis demain au Parlement européen, qui va évidemment donner son aval.

Un autre aspect de l’hypocrisie européenne est que – chut –, malgré les rodomontades sur la souveraineté énergétique, on ne va pas arrêter l’importation d’uranium russe. Parce que plus du tiers de l’uranium enrichi et près du quart de l’uranium brut importés par l’UE viennent de Russie…

Grossière intimidation

Le patriarche Cyrille s’est rendu hier à Kaliningrad, où il a présidé une réunion du clergé orthodoxe (il est toujours le métropolite en titre de Kaliningrad, à la demande des fidèles quand il a été élu patriarche). Pendant le vol qui l’y amenait, un F-16 s’est approché de l’avion de façon menaçante. Le patriarche y a fait allusion à la fin de son discours :

Je voudrais vous remercier, Votre Éminence, Messeigneurs, et vous tous, mes chers frères et sœurs, pour votre travail ici, à la frontière occidentale de la Russie. Et encore et encore, bien que je l’aie dit à maintes reprises, je voudrais vous dire l’importance de votre ministère : vous êtes face aux forces qui ne veulent pas le bien de la Russie.

Je dirai même une chose quelque chose d’aussi simple que ceci : voici le patriarche à bord d’un avion de ligne. Pourquoi envoyer des avions de chasse de l’OTAN à sa rencontre ? Quel danger peut représenter le patriarche qui se rend auprès de son troupeau ? Et soudain, un F-16 apparaît, une redoutable machine de l’OTAN, et s’approche de plus en plus de l’avion du patriarche.

C’est la question posée aux politiciens occidentaux : Pourquoi faites-vous cela ? Vous ne ferez pas peur au patriarche, c’est certain ! Pour provoquer un conflit qui pourrait faire des victimes ? Mais cela revient à provoquer une aggravation du conflit entre l’Est et l’Ouest.

En d’autres termes, de telles forces existent en Occident. Mais nous ne devons pas suivre les bellicistes. Nous devons suivre notre propre voie civilisationnelle – une voie attrayante, croyez-moi, pour de nombreuses personnes dans le monde. Il s’agit d’un mode particulier de développement de la civilisation. Lorsque nous combinons le spirituel et le matériel, lorsque nous combinons les réalisations de la science avec la piété, lorsque nous construisons des églises parallèlement à la construction de divers types d’installations – scientifiques, techniques, militaires… Je vous le dis franchement : cela n’existe nulle part dans le monde aujourd’hui. Il n’y a pas de construction massive d’églises chrétiennes, et les pays occidentaux « éclairés » ne peuvent même pas imaginer qu’il puisse en être ainsi. Dans notre pays, cela se fait naturellement – personne ne force personne, mais nous faisons ce que nous avons à faire, conscients de l’importance de renforcer le pouvoir spirituel de notre peuple. Et le principal facteur de renforcement de la force spirituelle est la foi orthodoxe, que nous devons servir jusqu’à la fin de notre vie terrestre.

Le patriarche Cyrille célébrait ce matin la divine liturgie à la cathédrale orthodoxe de Kaliningrad (archi-comble). Les chœurs étaient particulièrement énergiques (notamment celui des séminaristes)…

UE : une autre balle dans le pied

Le Conseil européen a formellement adopté, hier, la taxation progressive des engrais russes et biélorusses à partir du 1er juillet.

« Ces mesures renforcent notre sécurité économique en réduisant les dépendances à l’égard de la Russie. Nous réduisons ainsi les recettes d’exportation de la Russie et donc sa capacité à financer sa guerre brutale », a dit le ministre polonais Baranowski (la Pologne présidant actuellement le Conseil).

Le droit de douane est de 6,5%, assorti d’une taxe de 40-45 € par tonne, qui montera jusqu’à 430 € dès 2026, rendant le prix de l’engrais prohibitif.

Or un quart des engrais azotés importés par l’UE provient de Russie ou de Biélorussie.

Le résultat est que les prix mondiaux des engrais vont augmenter, et que les victimes seront les agriculteurs européens, et non la Russie qui a d’autres débouchés. Cette mesure aura notamment « un effet dévastateur sur les exploitations françaises » de céréales, avait prévenu la Coordination rurale dès le vote du Parlement européen en mai dernier.

(L’un des principaux débouchés russes est l’Afrique. En 2022, il y avait eu un coup d’arrêt, parce que les transactions se faisaient via des banques européennes, qui devaient appliquer les sanctions. Depuis lors les transactions se font via d’autres banques, et les banques européennes ont donc aussi perdu cette activité…)

Rubio félicite le peuple russe

Au nom du peuple américain, je tiens à féliciter le peuple russe à l’occasion de la fête nationale russe.

Les États-Unis restent déterminés à soutenir le peuple russe dans la poursuite de ses aspirations à un avenir meilleur. Nous saisissons également cette occasion pour réaffirmer le souhait des États-Unis d’engager un dialogue constructif avec la Fédération de Russie afin d’instaurer une paix durable entre la Russie et l’Ukraine. Nous espérons que la paix favorisera des relations plus mutuellement bénéfiques entre nos deux pays.

*

Lors de la réception à l’ambassade de Russie à l’occasion de la Journée de la Russie, l’ambassadeur de Russie à Washington, Alexander Dartchiev, a déclaré :

« Malgré les divergences entre nos pays et l’héritage toxique de la période précédente, que les présidents Poutine et Trump ont convenu de surmonter ensemble, la Russie et les États-Unis sont condamnés, en tant que grandes puissances, à une coexistence pacifique sans confrontation. L’essentiel est qu’une fenêtre d’opportunité s’est désormais ouverte pour la reprise complète des relations interétatiques et la recherche de solutions communes aux problèmes internationaux aigus et aux situations de crise, sur la base du respect mutuel et de l’égalité, en s’appuyant sur le principe de multipolarité et en tenant compte des nouvelles réalités géopolitiques. Nous sommes enfin passés d’un monologue sous l’administration précédente et d’une absence totale de dialogue à un dialogue assez pragmatique, un dialogue exigeant. »

Il a dit aussi :

« Nous soulevons la question de l’assouplissement des formalités de visa à un niveau plus large, car la situation n’est pas normale. Une autre question prioritaire est le rétablissement des vols directs entre la Russie et les États-Unis, interrompus par Washington en 2022 lorsque son espace aérien a été fermé, suivi d’une mesure similaire de notre part. Nous soulevons la question. Les entreprises américaines et nos entreprises manifestent un vif intérêt. »