Ursule contre TikTok

Les Roumains ayant mal voté et ayant obligé les bons dirigeants de la Roumanie à annuler l’élection présidentielle, la Commission européenne venge ses bons serviteurs roumains en ouvrant une « procédure formelle » contre TikTok « pour infraction présumée à la loi sur les services numériques (DSA) en ce qui concerne l’obligation de TikTok d’évaluer et d’atténuer correctement les risques systémiques liés à l’intégrité des élections, notamment dans le contexte des récentes élections présidentielles roumaines du 24 novembre ».

Ursule a déclaré :

« Nous devons protéger nos démocraties contre toute forme d’ingérence étrangère. Chaque fois que nous soupçonnons une telle ingérence, en particulier lors d’élections, nous devons agir rapidement et fermement. À la suite d’indications sérieuses selon lesquelles des acteurs étrangers se sont immiscés dans les élections présidentielles roumaines en utilisant TikTok, nous menons actuellement une enquête approfondie pour déterminer si TikTok a enfreint la loi sur les services numériques en ne s’attaquant pas à de tels risques. Il doit être clair que dans l’UE, toutes les plateformes en ligne, y compris TikTok, doivent être tenues pour responsables. »

Responsables chaque fois que les gens voteront mal, donc.

Ce qui est amusant est que si TikTok est en réalité visé en tant que complice de je ne sais quelle ingérence russe, dans le très long communiqué de la Commission européenne il n’y a pas une seule fois le mot « russe » ou « Russie »…

Le Russe Douglas Santos

Le capitaine de l’équipe de foot championne de Russie depuis des années, le Zenit de Saint-Pétersbourg, est le Brésilien Douglas Santos. Le 21 octobre dernier, Vladimir Poutine a signé un décret lui octroyant la citoyenneté russe. Il a donc désormais un passeport russe. Le quotidien sportif russe Sport Express publie une très longue interview de Douglas Santos, centrée sur les questions footballistiques. Mais la première question est sur le fait qu’il est devenu un citoyen russe.

« Après avoir passé cinq ans en Russie, l’occasion de devenir citoyen russe s’est présentée – le club m’a conseillé. Avec ma famille, nous avons décidé que c’était important pour moi et ma famille, ainsi que pour le Zenit. Nous sommes des gens modestes, donc l’obtention d’un passeport russe est une démarche très importante pour nous. Ma famille et moi-même en sommes très heureux. Je suis heureux d’être désormais citoyen russe. »

Ce qui est étonnant dans cette affaire est qu’en restant en Russie et en acquérant la nationalité russe, Santos, qui est un des grands champions actuels, se coupe de tout le reste du football mondial. En effet la Russie et tous ses clubs de foot ont été exclus de la FIFA et de l’UEFA et ne peuvent donc disputer aucun match international officiel. Sport Express ne lui pose pas de question à ce sujet, et le joueur parle uniquement du foot russe. Comme s’il était acté que le nouveau rideau de fer érigé par l’Occident est un mur opaque et hermétique.

Zakharova

La valeureuse république de Malte a annulé le visa de Maria Zakharova, qui devait accompagner Sergueï Lavrov au conseil de l’OSCE. Alors elle est allée à Ekaterinbourg…

L’annulation par Malte de mon visa pour participer aux travaux de la délégation russe au Conseil ministériel de l’OSCE m’a amenée… à Iekaterinbourg. J’ai accepté l’invitation du diocèse local, que j’avais déclinée en raison de mon voyage professionnel, à participer à la cérémonie d’inauguration du monument à la mémoire de l’empereur Alexandre Ier, qui a vaincu Napoléon et libéré l’Europe.

Coïncidence ? Signe du destin et signe des temps. Vous ne voulez pas communiquer et travailler normalement, vous voulez nous nuire et nous emmerder, nous vous vaincrons.

PS – J’aurais pu m’asseoir tranquillement sur une chaise dans la salle de réunion du Conseil ministériel de l’OSCE et compatir à l’état comateux de l’Acte final d’Helsinki. Mais, comme on dit, vous l’avez bien cherché – rappelons aujourd’hui la gloire des héros de la guerre patriotique de 1812 et de la Napoléonie battue.

La messe : pourquoi le sursis

Le témoignage qui suit est de Robert Moynihan, fondateur (en 1993) et rédacteur en chef de Inside the Vatican. Robert Moynihan est a priori quelqu’un de crédible. Voici selon lui pourquoi le pape n’a pas signé l’interdiction totale de la messe traditionnelle dans les diocèses.

J’ai un ami russe orthodoxe que j’ai présenté au pape François il y a quelques années, il y a plus de dix ans. Ils ont échangé leurs numéros.

Je lui ai toujours dit que nous étions très désireux de conserver un espace dans l’église… pour l’ancienne liturgie, qui était similaire à bien des égards à la liturgie byzantine. Il a apprécié cela puisqu’il est orthodoxe.

Je lui ai dit : « Dites-le au pape lorsque vous communiquerez avec lui, car il y a des rumeurs selon lesquelles il pourrait vouloir abolir l’ancienne liturgie, d’une manière qui, selon Joseph Ratzinger, n’était même pas possible. »

Il m’a dit avoir communiqué avec le pape l’été dernier et lui avoir dit qu’il y avait tant de bonnes personnes, de jeunes gens en Amérique et dans d’autres pays qui aimaient l’ancienne liturgie et qu’ils ne l’aimaient pas comme une sorte de signe de leur colère contre lui, mais simplement parce qu’ils aimaient Jésus. Ils voulaient se rapprocher de lui et c’est ce que la liturgie leur a permis de faire. Et c’était très similaire à la façon dont les gens simples en Russie se rapprochaient de la liturgie dans les années 1600, lorsque les vieux croyants ont été condamnés parce qu’ils voulaient garder la même ancienne liturgie et non la liturgie réformée dans les années 1660 en Russie.

Ce Russe a donc raconté ces choses au pape, qui lui a répondu : « J’ai le texte sur mon bureau. On m’a dit que je devais signer, mais puisque vous m’avez dit tout cela, je ne signerai pas. »

*

Robert Moynihan a fondé en 2013 la Fondation Urbi et Orbi, pour approfondir les relations entre catholiques et orthodoxes. Et en 2015 il donnait une importante interview sur le sujet au National Catholic Register.

Il disait notamment :

Dès les années 1980, alors que j’étais étudiant à Yale, j’ai senti que cette désunion scandaleuse devait cesser. Mon conseiller, Jaroslav Pelikan, le grand historien de l’évolution de la doctrine chrétienne, un pasteur luthérien qui est devenu orthodoxe grec à la fin de sa vie, me l’a dit explicitement. Il m’a dit que si ce schisme n’était pas surmonté, le christianisme occidental n’aurait pas assez de force et de profondeur pour résister à la nouvelle culture modernisante que nous appelons « l’humanisme séculier post-chrétien ». Nous devions unir nos forces.

Et sa réponse à la question :  « Pensez-vous que l’Église orthodoxe russe est une manifestation de nationalisme agressif  ? »

L’Église orthodoxe russe n’est pas simplement un outil de l’État russe. Non, c’est une véritable Église.

En Russie, j’ai rencontré de nombreux croyants qui, par le passé, ont renoncé à leurs avantages personnels pour s’en tenir à la foi orthodoxe. Et ils cherchent toujours à faire ce qui est honnête, ce qui est bien, ce qui est juste. Ils sont prompts à dire que les êtres humains sont pécheurs et ils sont conscients que même les membres de leur Église peuvent être pécheurs. Bien sûr. Mais le fait que les Russes se souviennent de Jésus-Christ après 2.000 ans et après 70 ans d’athéisme est important. C’est un témoignage de foi émouvant. Et le fait que certains chrétiens utilisent la foi comme un manteau pour des transactions mafieuses, ou que des personnes utilisent le manteau du code moral pour s’engager dans des activités politiques et économiques lucratives, n’invalide pas le témoignage des orthodoxes russes. De tels faux croyants, ou croyants pécheurs, sont présents partout.

Quel est donc le « fond de l’affaire » ? Je crois que les croyants russes, les croyants orthodoxes russes, ont préservé et porté une compréhension profondément chrétienne de la condition difficile de l’homme, du fait que les êtres humains doivent être orientés vers l’éternel s’ils veulent atteindre un certain degré de bonheur terrestre et de justice sociale. Les êtres humains ont besoin de cette orientation vers l’éternel, dans le sens des paroles du Christ selon lesquelles « l’homme ne vit pas seulement de pain… » Cette orientation est présentée et défendue en Russie par l’Église orthodoxe, telle qu’elle lui a été confiée il y a 2.000 ans par Jésus-Christ.

Je sais que certains catholiques croient, comme les laïques occidentaux (et russes), que la foi orthodoxe est une foi nationaliste et non une foi authentique et profonde, mais simplement une forme d’identité nationale. C’est certainement la position de nombreux critiques laïques de l’Église russe. Mais cette position ne tient pas compte de la sainteté de la vie chrétienne dans tant de familles et chez tant d’individus en Russie.

Interdire les pressions pour l’avortement

Le parlement de l’oblast de Kourgan, en Russie (district fédéral de l’Oural, à la frontière du Kazakhstan) a voté une loi qui interdit, sous peine d’amende, de faire pression sur les femmes pour qu’elles avortent.

La proposition émanait de la branche régionale de l’Union des femmes orthodoxes, avec la bénédiction du métropolite Daniel de Kourgan et Belozersk.

En vertu de cette loi, les actions visant à pousser les femmes enceintes à avorter par la persuasion, l’offre, la corruption, la tromperie ou l’exigence sont passibles d’amendes. L’amende est doublée si l’infraction est commise par un étranger, et multipliée par dix si elle vient d’une ONG…

Dans sa lettre au président du parlement régional, la présidente de l’Union des femmes orthodoxes de Kourgan, Natalia Kataïtseva, soulignait que les décisions des femmes en matière d’avortement sont fortement influencées par la pression culturelle occidentale, qui présente l’avortement comme une simple « solution » ou un « droit », même lorsque les circonstances sont favorables à l’accouchement. Elle critiquait la faible sensibilisation du public à la grossesse et au développement du fœtus, en dépit d’informations facilement accessibles. Elle déplorait le déclin des valeurs morales et la promotion du consumérisme et remarquait que les messages en faveur de l’avortement font partie d’une « guerre hybride » contre la Russie, avec des mouvements financés par l’étranger qui promeuvent le droit à l’avortement, et des groupes de médias qui prônent des valeurs antifamiliales tout en supprimant les informations sur les risques de l’avortement pour la santé.

Natalia Kataïtseva (à gauche) au cours du forum des médias éducatifs de l’Oural à Kourgan, en mai dernier, dont le thème était « Temps de la famille, temps des traditions ».