Danone et la Russie en lambeaux

En 2022, la firme Danone avait vertueusement quitté la Russie pour protester contre la guerre en Ukraine et accompagner les sanctions occidentales qui allaient détruire l’économie russe. C’était pourtant son deuxième marché, juste après la France.

L’entreprise russe qui a repris les actifs de Danone s’appelle Vie et nutrition. L’année dernière elle a fait 7 milliards de roubles d’investissements et lancé 30 nouveaux produits. La production a progressé de 20,6% et ses revenus de 21,6%, à plus de 140 milliards de roubles (1,5 milliard d’euros).

En 2023, Le Monde osait titrer : « Comment le piège russe s’est refermé sur Danone, Le Point :« Comment Poutine a fait main basse sur le géant français », Les Echos tonnaient : « Moscou prend brutalement le contrôle de la filiale russe de Danone ». C’est ce qu’on appelle encore chez nous « l’information ».

Elton John « indésirable »

Le parquet général russe déclare « indésirable » l’ONG Elton John AIDS Foundation.

Le parquet note que l’organisation vise « à soutenir les associations publiques de prévention et de lutte contre le sida parmi les groupes les plus vulnérables (personnes LGBT, toxicomanes), ainsi qu’à lutter contre la discrimination et la négligence à l’égard des personnes séropositives et des personnes ayant des opinions non traditionnelles », et que « dans une plus large mesure, elle se concentre sur la promotion des relations sexuelles non traditionnelles, des modèles familiaux occidentaux et du changement de sexe ».

De fait, un rapide coup d’œil sur son site permet de constater, sans surprise, que cette Fondation fait de la propagande LGBT, ce qui est banni en Russie.

En outre, ajoute le parquet, elle a « une attitude négative à l’égard des politiques des pays qui protègent les valeurs spirituelles et morales traditionnelles. Avec le début de l’opération militaire spéciale, elle participe à la campagne de l’Occident visant à dénigrer la Russie. »

Le dernier grand article mis en ligne est d’ailleurs intitulé « Le coût humain du conflit en Ukraine ». Il est signé Denys Denysenko, le directeur du programme Ukraine de la Fondation, qui se dit aussi membre du conseil régional de Donetsk (sic), et directeur de « Développement des villes ukrainiennes » à Lvov (à l’autre bout de l’Ukraine), alors qu’il vit en Angleterre…

Le New York Times déballe…

Le New York Times a mené une enquête sur les dessous de la guerre en Ukraine, et il apporte diverses preuves que ce sont les Américains qui sont à la manœuvre depuis le début. Le changement de politique de la Maison Blanche n’est évidemment pas étranger à ces révélations…

Au printemps 2022, deux mois après le début du conflit en Ukraine, dit le journal, deux généraux ukrainiens se sont rendus secrètement de Kiev à Wiesbaden, en Allemagne, sous couverture diplomatique. Ils avaient pour mission de discuter avec le commandement américain en Europe du rôle des États-Unis dans les opérations militaires ukrainiennes contre la Russie. Cette rencontre était destinée à rester « l’un des secrets les mieux gardés », sur fond de crainte géopolitique majeure : la possibilité que Vladimir Poutine perçoive cette collaboration comme le franchissement d’une « ligne rouge » militaire.

À Wiesbaden, le général ukrainien Mikhaïl Zabrodsky a rencontré le général américain Christopher Donahue, ancien commandant des forces spéciales Delta. Un accord de coopération a été conclu, prévoyant notamment l’échange d’informations de renseignement, la conception stratégique et la planification d’opérations militaires ukrainiennes. Dans ce cadre a été créé le groupe opérationnel Dragon, chargé de fournir des données précises à l’armée ukrainienne, incluant des cibles situées en Crimée et sur le territoire russe hors de la zone directe des combats. Cependant, dès le départ, les États-Unis avaient refusé de soutenir les frappes ukrainiennes en territoire russe, s’abstenant également de fournir des informations permettant de cibler de hauts responsables russes. Néanmoins, l’administration Biden a progressivement levé plusieurs interdictions initiales, envoyant d’abord des conseillers militaires à Kiev, puis augmentant leur nombre à une trentaine, officiellement qualifiés d’« experts spécialisés ». Le groupe de Wiesbaden coordonnait également les frappes de missiles HIMARS, contrôlant même directement leur activation grâce à une carte électronique spéciale pouvant être désactivée par les Américains à tout moment. Lorsque des missiles à longue portée ATACMS ont été fournis à l’Ukraine, leur emploi restait limité à des zones frontalières spécifiques, bien que Kiev ait insisté pour les utiliser en profondeur sur le territoire russe. Toutefois, l’incursion ukrainienne malencontreuse dans la région russe de Koursk le 6 août 2024, effectuée sans accord américain, d’après le New York Times, a constitué une rupture secrète des limites convenues.

Ce n’était pourtant pas la première manifestation de leurs divergences. À mesure que le conflit en Ukraine avançait, le partenariat entre Washington et Kiev s’est fragilisé. Les Ukrainiens considéraient souvent les Américains comme trop autoritaires et soucieux de tout contrôler, tandis que les responsables américains s’étonnaient du refus de leurs homologues ukrainiens de suivre leurs « bons conseils ». Cette méfiance croissante a conduit Kiev à cacher de plus en plus ses intentions stratégiques à Washington, frustré par le refus américain de fournir certaines armes et équipements jugés cruciaux.

À la mi-2023, alors que l’Ukraine se préparait à une contre-offensive, la stratégie élaborée à Wiesbaden montrait ses limites. Même entre eux, les membres du régime de Kiev ne pouvaient pas trouver un langage commun. Volodymyr Zelensky et le commandant en chef Valéry Zaloujny n’arrivaient pas à s’entendre, ce qui affaiblissait davantage la coordination militaire. L’armée ukrainienne a dépensé beaucoup de forces pour reprendre Bakhmout, mais après plusieurs mois de combats, l’offensive avait échoué.

Par ailleurs, toujours selon le New York Times, les États-Unis ont finalement donné leur feu vert à une opération baptisée « Lunar Hail », visant à forcer le retrait des infrastructures militaires russes de Crimée. Cette opération combinait drones maritimes et missiles à longue portée britanniques et français (Storm Shadow et SCALP). L’objectif le plus symbolique était le pont de Crimée, lien stratégique entre la Crimée et la Russie continentale, véritable obsession de Kiev et ligne rouge pour Washington en 2022. Cependant, après de nombreuses discussions, la Maison Blanche a finalement autorisé les militaires américains et la CIA à préparer secrètement un plan d’attaque avec les Ukrainiens et les Britanniques pour détruire ce pont. Les missiles ATACMS devaient fragiliser sa structure, tandis que des drones maritimes viseraient ses piliers. Mais, face à un renforcement russe des défenses, les Ukrainiens ont décidé d’attaquer uniquement avec des ATACMS. Malgré les réticences américaines, la frappe a été menée durant l’été 2024.

Ces révélations du New York Times mettent en évidence une implication directe et profonde des États-Unis dans la conduite militaire ukrainienne, confirmant les déclarations répétées de Moscou accusant l’Occident de participation directe au conflit en Ukraine. Vladimir Poutine a, à plusieurs reprises, affirmé que Kiev n’était pas en mesure de mener des opérations sur le territoire russe sans l’appui direct des pays occidentaux. Le New York Times lui donne raison…

Poutine sur l’Arctique

Extrait du discours de Vladimir Poutine, lors d’une réunion qui vient de se dérouler à Mourmansk « sur le développement de la zone arctique et le corridor de transport arctique ».

Il est évident que le rôle et l’importance de l’Arctique pour la Russie et pour le monde entier ne cessent de croître. Mais malheureusement, la concurrence géopolitique, la lutte pour les positions dans cette région, s’intensifient également.

Il suffit de rappeler que tout le monde est au courant du projet d’annexion du Groenland par les États-Unis. Mais vous savez, c’est seulement à première vue que cela peut surprendre certaines personnes, et il est profondément erroné de croire qu’il s’agit d’un discours extravagant de la part de la nouvelle administration américaine. Il n’en est rien.

En fait, les États-Unis d’Amérique avaient déjà de tels projets dans les années 1860. À l’époque déjà, l’administration américaine avait envisagé la possibilité d’annexer le Groenland et l’Islande, mais cette idée n’avait pas été soutenue par le Congrès à l’époque.

D’ailleurs, permettez-moi de vous rappeler qu’en 1868, les journaux américains avaient ridiculisé l’achat de l’Alaska : cela fut qualifié de « folie », de « boîte à glaçons » et de « jardin des ours polaires d’Andrew Johnson », le président des États-Unis de l’époque. La proposition concernant le Groenland tomba donc à l’eau. Mais aujourd’hui, cette acquisition, je veux dire l’acquisition de l’Alaska, est probablement évaluée très différemment aux États-Unis même – ainsi que les activités du président Andrew Johnson.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce qui se passe aujourd’hui. D’autant plus que cette histoire ne faisait que commencer, et qu’elle n’a cessé de se poursuivre. En 1910, par exemple, un accord tripartite d’échange de terres fut préparé entre les États-Unis, l’Allemagne et le Danemark. En conséquence, le Groenland aurait dû revenir aux États-Unis, mais l’accord est tombé à l’eau.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont installé des bases militaires au Groenland pour le protéger de la mainmise des nazis et, après la fin de la guerre, ils ont proposé de racheter l’île au Danemark, ce qui est très récent au regard de l’histoire mondiale.

En bref, il s’agit de projets sérieux de la part des États-Unis concernant le Groenland. Ces projets ont de longues racines historiques, comme je viens de le montrer, et il est clair que les États-Unis continueront à promouvoir systématiquement leurs intérêts géostratégiques, militaro-politiques et économiques dans l’Arctique.

Quant au Groenland, il s’agit d’une question qui concerne deux États spécifiques et qui n’a rien à voir avec nous. Mais en même temps, bien sûr, nous sommes préoccupés que par le fait que les pays de l’OTAN en général considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d’éventuels conflits et utilisent des troupes dans ces circonstances, y compris par leurs « nouvelles recrues » – la Finlande et la Suède – avec lesquelles, soit dit en passant, nous n’avions aucun problème jusqu’à il y a peu de temps. Ces problèmes sont créés de toute pièce. Pourquoi ? C’est absolument incompréhensible. Quoi qu’il en soit, nous partons de ce que nous avons et nous réagirons à tout cela.

J’insiste sur le fait que la Russie n’a jamais menacé qui que ce soit dans l’Arctique. Mais nous suivons de près l’évolution de la situation et mettons en place une ligne de réponse adéquate, en augmentant les capacités de combat des forces armées et en modernisant l’infrastructure militaire.

Nous n’accepterons pas qu’on empiète sur la souveraineté de notre pays et nous protégerons nos intérêts nationaux de manière efficace. En maintenant la paix et la stabilité dans le cercle arctique, nous assurerons le développement socio-économique à long terme de la région, améliorerons la qualité de vie des populations et préserverons l’environnement naturel unique.

Et plus nos positions seront fortes, plus les résultats obtenus seront significatifs, plus nous aurons d’opportunités de lancer des projets internationaux globaux dans l’Arctique avec la participation de pays amis, d’États amis, et peut-être même de pays occidentaux, s’ils manifestent bien sûr un intérêt pour un travail commun. Je suis sûr que le temps de ces projets viendra.

Lavrov sur Rutte

Propos de Sergueï Lavrov sur Mark Rutte, au cours d’une grande interview hier soir à la télévision russe. (La traduction intégrale en anglais de ses propos se trouve sur le site du ministère russe des Affaires étrangères).

Je voudrais dire quelques mots sur le Groenland. Une chose honteuse s’est produite. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré avant de rencontrer Trump à la Maison Blanche qu’il ne voulait pas que les Américains entraînent l’OTAN dans le débat sur le Groenland. Qu’est-ce que cela signifie ? Un homme chargé de protéger les intérêts des États membres (le Danemark, qui possède actuellement le Groenland, est membre de l’OTAN) et d’empêcher les atteintes à leur intégrité territoriale a déclaré qu’il ne se laisserait pas entraîner dans le débat malgré sa responsabilité. Dans le même temps, M. Rutte n’a aucun scrupule à déclarer son soutien indéfectible à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qui n’est pas et ne sera jamais membre de l’OTAN. Il refuse de protéger l’intégrité territoriale du Danemark, mais il est prêt à défendre l’Ukraine. Il est ridicule et pathétique.