La messe de ce dimanche a une antienne dâoffertoire qui ne ressemble pas aux offertoires habituels (pris dâun psaume alors quâici il sâagit du livre de Daniel) et paraĂźt nâavoir aucun rapport avec les autres textes de cette liturgie dominicale. Sauf avec la « secrĂšte ». Et avec la secrĂšte elle forme un tout. Qui a un rapport Ă©troit avec ce que dit le prĂȘtre Ă lâautel pendant lâoffertoire.
Lâantienne dâoffertoire et la secrĂšte sont restĂ©es intactes dans la nĂ©o-liturgie, ce qui est exceptionnel. Mais bien sĂ»r on les a changĂ© de place, et on les a affectĂ©es Ă deux dimanches diffĂ©rents, et comme les priĂšres de lâoffertoire ont Ă©tĂ© supprimĂ©es on a perdu la connexion intime entre les trois textes. VoilĂ comment, mĂȘme en gardant les textes, on dĂ©truit quand mĂȘme la liturgie traditionnelle.
Voici lâantienne dâoffertoire :
Sicut in holocĂĄusto arĂetum et taurĂłrum, et sicut in mĂllibus agnĂłrum pĂnguium : sic fiat sacrifĂcium nostrum in conspĂ©ctu tuo hĂłdie, ut plĂĄceat tibi : quia non est confĂșsio confidĂ©ntibus in te, DĂłmine.
Comme un holocauste de bĂ©liers et de taureaux, ou des milliers dâagneaux gras, quâainsi notre sacrifice paraisse aujourdâhui devant vous et quâil vous soit agrĂ©able, car ceux qui ont confiance en vous ne seront pas confondus, Seigneur.
Câest un extrait de la priĂšre dâAzarias, qui avec ses deux compagnons Anania et MisaĂ«l a Ă©tĂ© jetĂ© dans la fournaise par Nabuchodonosor. Il rappelle quâil nây a plus de sacrifices possibles dans le Temple, puisquâil a Ă©tĂ© dĂ©truit et que les israĂ©lites ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s, et il demande Ă Dieu que le sacrifice que les hommes font dâeux-mĂȘmes soit agréé par Dieu de la mĂȘme façon.
Câest bien sĂ»r une prophĂ©tie du Sacrifice quâinstituera le Christ. Et la priĂšre dâAzarias a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e à ⊠lâoffertoire de la messe. Ainsi, pendant que le chĆur chante cette antienne, le prĂȘtre dit Ă voix basse :
In spiritu humilitatis et in animo contrito suscipiamur a te, Domine, et sic fiat sacrifĂcium nostrum in conspĂ©ctu tuo hodie ut placeat tibi, Domine Deus.
Lâexpression « sic fiat sacrifĂcium nostrum in conspĂ©ctu tuo hodie » a Ă©tĂ© reprise telle quelle. Mais aussi ce quâAzarias disait dans le verset prĂ©cĂ©dent et qui nâa pas Ă©tĂ© repris dans lâantienne : « in animo contrito, et spiritu humilitatis suscipiamur ».
La liturgie a juste supprimĂ© la mention des boucs, des taureaux et des agneaux, puisque le sacrifice de lâautel est celui de lâAgneau divin, et que celui des fidĂšles est le sacrifice quâils font de leur propre personne en offrant Ă©galement le sacrifice de lâautel.
Et câest ce que dit ensuite la secrĂšte :
Deus, qui legĂĄlium differĂ©ntiam hostiĂĄrum unius sacrifĂcii perfectione sanxĂsti : accipe sacrifĂcium a devĂłtis tibi fĂĄmulis, et pari benedictiĂłne, sicut mĂșnera Abel, sanctĂfica ; ut, quod sĂnguli obtulĂ©runt ad majestĂĄtis tuĂŠ honĂłrem, cunctis profĂciat ad salĂștem. Per DĂłminum.
Dieu, vous avez sanctionnĂ© les divers sacrifices offerts sous la loi par la perfection dâun sacrifice unique : recevez ce sacrifice que vous prĂ©sentent vos dĂ©vots serviteurs, et sanctifiez-le au moyen dâune bĂ©nĂ©diction pareille Ă celle quâobtinrent les dons dâAbel ; afin que ce que chacun de nous a offert en lâhonneur de votre majestĂ©, profite Ă tous pour le salut.
Quant au chant de cet offertoire, qui est une priĂšre trĂšs simple et trĂšs calme, dom Baron fait remarquer quâil est construit sur trois thĂšmes trĂšs liĂ©s entre eux. Le premier thĂšme est lâintonation ; il est repris une fois dans la mĂȘme phrase, avant la cadence. Cette cadence devient immĂ©diatement le deuxiĂšme thĂšme, au dĂ©but de la deuxiĂšme phrase, et il est aussitĂŽt rĂ©pĂ©tĂ©, et la cadence de cette deuxiĂšme phrase est le troisiĂšme thĂšme, repris au dĂ©but de la derniĂšre phrase⊠DâoĂč lâimpression de sereine et parfaite unitĂ© qui se dĂ©gage de cette piĂšce.
(Cet enregistrement présente divers offertoires : Tollite portas, Sicut in holocausto, Justorum animae, Desiderium, Super flumina.)