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Michael Warren Davis est inconnu chez nous. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Il a été rédacteur en chef du magazine Crisis, rédacteur en chef pour les Etats-Unis du Catholic Herald, rédacteur en chef adjoint de Quadrant, il est le collaborateur de diverses publications dont The Salisbury Review, The University Bookman, The imaginative Conservative, il a publié en 2021 The Reactionary Mind : Why Conservative isn’t enough (L’esprit réactionnaire : Pourquoi le conservatisme ne suffit pas), et en juin dernier After Christendom (Après la chrétienté), publié par Sophia Institute Press, une société d’édition à but non lucratif très axée sur la liturgie traditionnelle.

Bref, Michael Warren Davis est une figure du monde « tradi » américain au sens large, et même du monde « conservateur », selon le sens donné à ce mot outre-Atlantique. Sa conversion à l’« orthodoxie orientale », comme ils disent là-bas, n’est donc pas passée inaperçue. Je l’ai apprise par un article de Michael P. Foley du blog New Liturgical Movement. Un article sur les mauvaises raisons de préférer la messe traditionnelle, mais qui commençait par les « réflexion similaires » auxquelles conduisent le fait que Michael Warren Davis ait « quitté la barque de Pierre » : bref, pour de mauvaises raisons, que Michael P. Foley ne connaissait pas mais qui doivent être les mêmes que d’habitude : les défaillances de la hiérarchie.

Cela m’a donné l’idée de savoir pourquoi, précisément, ce dont se moque bizarrement Michael P. Foley, dont je lis toujours avec intérêt les articles parce qu’il est un véritable connaisseur de la liturgie traditionnelle.

J’ai fini par tomber sur les explications détaillées du « coupable », sur son blog Yankee Athonite, sous son pseudonyme Theophane Davis. En voici une traduction intégrale, car cela mérite à mon sens une certaine attention.

L’année dernière, je visitais une petite paroisse grecque orthodoxe dans le New Hampshire. Après la liturgie, un homme d’âge moyen s’est approché de moi et m’a demandé si j’étais grec. J’ai répondu que non, que j’étais un converti. Il a souri et m’a dit qu’il était lui aussi une sorte de converti. « C’est une histoire intéressante », a-t-il dit. Ce monsieur est lui-même grec et a été élevé dans la religion orthodoxe grecque. Il s’est cependant éloigné de cette religion au cours de ses études secondaires. Ce n’est que lorsqu’il a rencontré sa femme, grecque elle aussi, qu’il a commencé à revenir à l’église.

Soudain, il s’est arrêté de parler et est resté là, souriant. Après quelques secondes, j’ai réalisé que c’était là toute l’histoire. J’ai dit que c’était magnifique, puis nous avons commencé à parler de la tarte aux épinards.

À vrai dire, je n’ai pas trouvé son histoire très captivante. Je suppose qu’il faut y être.

C’est le problème des conversions, n’est-ce pas ? De l’extérieur, elles semblent généralement ne pas être un événement. Pourtant, pour le converti (ou celui qui revient), c’est une expérience qui change la vie, un tremblement de terre. Elle met le cosmos sens dessus-dessous.

C’est un peu comme si l’on demandait à un homme comment il est tombé amoureux de sa femme. Il pourrait essayer de décrire les émotions qu’il a ressenties, mais des milliards d’autres hommes ont éprouvé les mêmes sentiments pour des milliards d’autres femmes. Il pourrait décrire ce qu’il aime chez sa femme, mais vous pourriez trouver des millions d’autres femmes qui répondent à la même description. Il pourrait décrire sa beauté, mais combien d’autres femmes ont des cheveux bouclés en cascade, de doux yeux bruns, un petit nez en bouton et un sourire qui donne un tout nouveau sens à la vie ?

Pour le chrétien, la conversion ressemble beaucoup à une affaire de séduction. C’est tomber amoureux. C’est tomber amoureux d’une Personne. C’est sacré, et donc ineffable.

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Le dimanche 23 juin, jour de la Pentecôte [dans le calendrier julien], j’ai été reçu dans l’Église orthodoxe. J’avais annoncé ma conversion quelques semaines plus tôt, le 17 mai, via mon ancien blog. Puis j’ai supprimé mon compte.

Je l’ai fait pour trois raisons.

Premièrement, le processus de conversion m’a fait prendre douloureusement conscience de ma propre ignorance. Pendant des années, j’ai travaillé comme journaliste catholique. J’ai clamé mes opinions catholiques avec tant d’assurance sur internet. En devenant orthodoxe, j’ai dû admettre que je m’étais trompé sur certaines questions importantes. Me taire pendant un certain temps m’a semblé être la réponse appropriée.

Deuxièmement, j’ai supposé que les gens ne s’intéresseraient plus à ce que j’ai à dire. Je ne sais pas quelle crédibilité il me reste. Si la réponse est « aucune », je comprendrai.

Troisièmement, comme nous l’avons dit, les gens ne sont tout simplement pas très intéressés par les histoires de conversion des autres, à moins qu’elles ne soient extrêmement dramatiques, ce qui n’était pas le cas de la mienne. Elle a détruit ma carrière. Elle a ruiné nombre de mes amitiés avec des catholiques romains et a causé de terribles tensions avec beaucoup d’autres. Et je dois dire qu’il y a eu des moments dramatiques : l’icône qui pleure, etc. Mais si vous aviez été une mouche sur le mur, en m’observant ces deux dernières années, vous n’auriez vu que moi en train de lire, de parler, de prier et de m’asseoir tranquillement devant le coin des icônes.

J’étais donc heureux de garder le silence sur tout cela. Puis j’ai remarqué que des gens discutaient de ma conversion sans moi, y compris (mais pas seulement) Rorate Caeli, NovusOrdoWatch, Peter Kwasniewski, le diacre Nick Donnelly, Stuart Chessman, et, de façon déroutante, un chroniqueur de journal brésilien nommé Marcio Antonio Campos.

Ce qui est étrange, c’est que tout le monde semble s’accorder sur le fait que ma conversion était, en fin de compte, un rejet du pape François. Permettez-moi d’être absolument clair sur ce point : ce n’était pas le cas. Et alors que je savourais mon anonymat, je me sens le devoir de rétablir la vérité. Comme l’a dit saint Pierre, « soyez toujours prêts à répondre avec douceur et crainte à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3:15).

Permettez-moi donc de vous donner la version courte.

J’ai rejoint l’Église orthodoxe parce que j’en suis venu à croire qu’elle est l’unique et véritable Église fondée par Jésus-Christ. Je suis devenu orthodoxe parce que je crois que l’orthodoxie est la seule et véritable foi transmise par le Christ à ses apôtres, et par les apôtres aux pères de l’Église.

Je crois que les quatre patriarches orientaux ont eu raison de résister aux nouveautés que l’Église occidentale a adoptées au cours des siècles qui ont précédé le Grand Schisme de 1054. Je crois qu’ils ont eu raison de rejeter l’insertion du filioque dans le Credo de Nicée. Je crois qu’ils ont eu raison de condamner les efforts des papes pour étendre leur propre pouvoir ecclésial et temporel. Je pense également qu’ils ont eu raison de rejeter des innovations telles que le célibat des prêtres et l’utilisation de pain azyme pendant la Sainte Messe/Divine Liturgie, bien que ces innovations soient de moindre importance.

Au cours des derniers mois, j’ai passé d’innombrables heures à essayer d’écrire une défense brillante, complète et inébranlable de l’orthodoxie. La version finale comptait environ 20.000 mots. Je citais les Saintes Écritures, les Conciles œcuméniques et les encycliques papales, ainsi que des historiens et des théologiens des traditions orthodoxe, catholique et protestante.

Soit dit en passant, il est vrai que le pape actuel a influencé ma conversion, mais pas de la manière dont on pourrait s’y attendre. Depuis l’entrée en fonction de François, le Vatican a publié un flot ininterrompu de déclarations œcuméniques concédant pratiquement tous les points aux orthodoxes. Puis est venu le récent « document d’étude » sur la primauté papale, qui appelle à une « relecture » et à une « réinterprétation » du premier concile du Vatican.

Les apologistes catholiques s’empressent de souligner que ces textes ne sont pas magistériels. Mais là n’est pas la question. La question est que les plus grands érudits de l’Église catholique ont essentiellement admis que Rome porte la plus grande part de responsabilité dans le Grand Schisme, que Vatican I est historiquement et théologiquement indéfendable, et que l’Église catholique doit revenir à une compréhension plus orthodoxe de l’autorité ecclésiale et magistérielle. Mais alors, pourquoi ne pas tout simplement… devenir orthodoxe ?

J’ai dit tout cela, et bien d’autres choses encore, dans ce long essai. Le fait est que je ne suis pas un apologiste et que je n’ai aucun désir de l’être.

En tant qu’écrivain, je n’ai jamais eu qu’un seul objectif : aider les hommes et les femmes à se rapprocher du Christ. Bien sûr, ce n’est pas toujours ainsi que les choses se sont passées dans la pratique. J’ai publié une défense du calendrier julien et une attaque contre l’infaillibilité papale, qui relevaient toutes deux du domaine de l’apologétique. Mais ce ne sont pas mes meilleurs écrits. En outre, ce n’est tout simplement pas ce qui me fait sortir de mon lit le matin. Et je soupçonne que ce n’est pas le type de contenu qui a le plus attiré mes lecteurs.

Mais puisque nous en parlons, j’aimerais poser une question. Pourquoi Rorate Caeli, le professeur Kwasniewski, M. Chessman et d’autres ont-ils supposé que ma conversion n’était pas sincère ? Pourquoi ne pas avoir choisi l’explication la plus simple (qui se trouve être la bonne) : je suis devenu orthodoxe parce que je crois en l’orthodoxie ?

J’ai une théorie.

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Il y a quelques semaines, j’ai relu l’histoire de la conversion du métropolite Kallistos Ware, qui a été publiée dans un merveilleux recueil d’essais intitulé Le royaume intérieur. Lorsqu’il est devenu orthodoxe dans les années 1950, Kallistos était pratiquement le seul converti de toute l’Angleterre. En fait, son évêque l’avait averti que s’il avait l’ambition de devenir prêtre, il devait l’abandonner immédiatement. À l’époque, toutes les paroisses du Royaume-Uni étaient entièrement composées de Grecs et de Russes. Ils n’auraient jamais accepté un prêtre anglo-saxon.

J’ai été frappé par la similitude de l’histoire du métropolite Kallistos avec celle du père Seraphim Rose. Lorsque le père Seraphim a été reçu dans l’Église dans les années 1960, il était encore un oiseau rare. À la lecture de ses premiers écrits, il apparaît clairement qu’il était très fier de se qualifier d’orthodoxe russe. Il savourait le fait que son orthodoxie faisait de lui un étranger. Plus tard dans sa vie, il qualifiera cette attitude de « mondanité ecclésiastique ». Pourtant, on peut comprendre pourquoi, en tant que nouveau converti entouré d’émigrés russes blancs – des gens portant des noms illustres tels que Romanovna et Maximovitch -, il serait devenu quelque peu russophile.

Quoi qu’il en soit, je me suis rendu compte d’une chose : ce n’est que dans les années 1970 (au moins !) que l’orthodoxie est devenue une « option viable » dans le monde anglophone. Des penseurs orthodoxes comme Florovsky et Schmemann étaient respectés dans les cercles théologiques, mais très peu de « chercheurs spirituels » envisageaient sérieusement de rejoindre l’Église orthodoxe.

Et, compte tenu de ce que nous avons dit à propos du métropolite Kallistos et du père Seraphim, il n’est pas difficile de deviner pourquoi. Les Occidentaux considéraient l’orthodoxie comme provinciale, « ethnique », etc. Et, trop souvent, les immigrants orthodoxes ont prouvé leur point de vue en tenant les convertis à distance.

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Pourtant, je me demande combien de grands théologiens anglais et américains deviendraient orthodoxes s’ils vivaient aujourd’hui.

Par exemple, le métropolite Kallistos a parfois qualifié C.S. Lewis d’« orthodoxe anonyme ». Il souligne que la théologie de Lewis est plus compatible avec l’orthodoxie qu’avec le protestantisme ou le catholicisme. À la fin de sa vie, Lewis a également déclaré qu’il préférait la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome au Book of Common Prayer ou au rite romain de la messe. S’il était né un siècle plus tard, il aurait été un candidat naturel au catéchuménat.

De même, il me semble – et ce n’est que mon opinion – que l’orthodoxie aurait convenu beaucoup mieux à John Henry Newman que le catholicisme romain. Cependant, si vous lisez ses rares commentaires sur l’Église orthodoxe, il est clair qu’il en connaissait à peine l’existence. Prenons par exemple cette remarque caractéristique : « En ce qui concerne la période médiévale, je ne sais pas si les Grecs ont plus qu’une opposition négative aux Latins ». Apparemment, il n’a jamais lu Photios le Grand, Syméon le Nouveau Théologien, Nicolas Cabasilas, Nicephoros le Moine, Grégoire Palamas…

Et, honnêtement, pourquoi l’aurait-il fait ? Comment l’aurait-il pu ?

Attention : je ne dis pas que la conversion de Newman au catholicisme n’était pas sincère ou quoi que ce soit de ce genre. Dieu m’en garde ! Je dis que s’il était né à la fin des années 1900 plutôt qu’au début des années 1800, il y a de fortes chances qu’il soit devenu orthodoxe. Et je ne pense pas qu’il aurait passé autant d’années à s’interroger sur sa décision.

En d’autres termes, je crois que Newman et Lewis étaient tous deux à la recherche de l’orthodoxie, mais qu’ils ne s’en rendaient pas compte.

Pensez au merveilleux livre du père Peter Gillquist intitulé Devenir orthodoxe. Le père Peter a commencé sa vie de foi en tant que protestant évangélique. Avec un petit groupe d’amis, il s’est progressivement désillusionné du christianisme américain tel qu’il le connaissait et a formé un groupe d’étude pour explorer différents aspects de l’histoire de l’Église : le culte, le clergé, la théologie, etc. Chaque membre du groupe s’est vu attribuer un domaine d’étude différent et, à leur grande surprise, chacun d’entre eux est arrivé séparément à la conclusion que l’orthodoxie était la vraie Foi. Puis, en 1987, ils ont conduit des milliers de leurs collègues évangéliques dans l’Église orthodoxe.

Cet événement remarquable aurait-il pu se produire dans les années 1940 ? Ou à l’époque victorienne ? Les miracles existent. Mais en dehors de cela, non.

Encore une fois, je ne dis pas que Lewis et Newman seraient certainement devenus orthodoxes. Mais je pense qu’il y a une bonne chance – une bien meilleure chance que les catholiques ou les protestants ne veulent bien l’admettre.

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Il est amusant de constater qu’aujourd’hui encore, de nombreux convertis influents à l’Église romaine, de Scott Hahn à Brian Holdsworthy, admettent qu’ils ont rejeté l’orthodoxie parce qu’elle leur paraissait trop « ethnique ».

Tout cela est en train de changer à mesure que l’orthodoxie en Occident – et surtout en Amérique – devient plus inculturée. Ma propre paroisse compte environ 90% de convertis. Nous appartenons à l’Église orthodoxe d’Amérique, où plus de la moitié des prêtres sont également des convertis. Notre métropolite, Sa Béatitude Tikhon, en fait partie.

Nous assistons seulement maintenant à la (ré)inculturation de l’orthodoxie dans les pays occidentaux – une Église orthodoxe qui n’est pas simplement « orientale », mais véritablement catholique. Cela a conduit, entre autres, à un renouveau de la dévotion envers les anciens saints occidentaux, ces grands soldats du Christ qui ont fait remporter la foi en Europe et dont beaucoup sont aujourd’hui pratiquement oubliés par les catholiques et les protestants. Je suis fier (en toute humilité) de participer à cette renaissance de l’orthodoxie occidentale.

Et je crois qu’au fur et à mesure que ces préjugés disparaîtront, tant à l’Est qu’à l’Ouest, les conversions à l’orthodoxie s’accéléreront. Après tout, tant les catholiques que les protestants se rapprochent lentement du consensus orthodoxe.

Les protestants, d’une part, ont commencé à reconnaître l’insuffisance de la sola Scriptura. Alors que le modernisme continue de prospérer dans les principales églises, les dissidents conservateurs ont commencé à se tourner vers les Pères de l’Église pour replacer les Saintes Écritures dans leur contexte. Il s’agissait d’abord de justifier des concepts tels que la « moralité traditionnelle », afin de démontrer que les vieux points de vue sur le sexe et le genre ne sont pas de simples addenda à la Bible, mais font partie intégrante du christianisme.

Cependant, cette nouvelle curiosité à l’égard des Pères a conduit de nombreux chrétiens réformés et luthériens à adopter une « haute » vision du culte liturgique, du sacerdoce sacramentel, de l’eucharistie et même de la confession. Il n’est pas surprenant que la plupart des convertis américains à l’orthodoxie proviennent de ce camp. (Voir : Peter Gillquist, Josiah Trenham, Andrew Stephen Damick, etc.)

Les catholiques, quant à eux, abordent l’orthodoxie à la fois par la gauche et par la droite.

Les catholiques conservateurs comme le pape Benoît XVI, de bienheureuse mémoire, redécouvrent (comme leurs homologues protestants) la richesse de la théologie patristique. Ce mouvement s’appelle le ressourcement. Il s’agit d’un effort pour « ressourcer » ou ré-enraciner la doctrine catholique dans les écrits des Pères, en évitant les excès du thomisme et du modernisme. Ces conservateurs citent explicitement l’Église orthodoxe comme exemple de « témoignage vivant » de la foi patristique dans le monde d’aujourd’hui.

Les catholiques libéraux, dont le pape François, se servent de l’érudition moderne pour briser les structures autoritaires qui se sont développées dans l’Église catholique au cours du Moyen Âge. Ils cherchent à mettre en place un système de gouvernement « synodal » inspiré explicitement de l’Église primitive et de l’Église orthodoxe.

Et si vous abreuvez un catholique traditionaliste de suffisamment de gin tonic, vous pouvez l’amener à chanter une hymne de louange aux schismatiques orientaux. (Ils envient secrètement la capacité des chrétiens orthodoxes à jouir de la plénitude de la Tradition apostolique sans avoir à s’embarrasser de l’« hyperpapalisme » de l’Église romaine, comme ils l’appellent. Pendant des années, ces traditionalistes ont dénoncé « l’esprit de Vatican II » ; de plus en plus, on les entend décrier « l’esprit de Vatican I» .

Je ne dis pas que l’orthodoxie soit le seul moyen pour ces chrétiens occidentaux d’atteindre leurs objectifs. Mais je pense que c’est le meilleur moyen, le plus naturel. Le protestantisme peut sembler plausible lorsque la seule alternative est le catholicisme ; le catholicisme peut sembler plausible lorsque la seule alternative est le protestantisme. Mais nous, en Occident, n’avons pas encore sérieusement envisagé l’orthodoxie comme une « troisième voie » viable. Lorsque nous le ferons, c’est tout le paysage religieux qui changera.

Je suis certain qu’à mesure que l’orthodoxie deviendra une option viable, nous verrons beaucoup plus de conversions du catholicisme et du protestantisme (ainsi que de l’athéisme, de l’agnosticisme, du néopaganisme, du judaïsme, de l’islam, etc.) Nous serons de plus en plus nombreux à conclure que les chrétiens occidentaux essaient simplement de réinventer la roue orthodoxe.

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Je ne m’attends pas à ce que vous fassiez la queue pour rejoindre l’Église orthodoxe après avoir lu ceci. Mais, encore une fois, ce n’est pas mon but. Mon seul objectif est d’expliquer pourquoi j’ai rejoint l’Église orthodoxe. Voici mes raisons. C’est ma ligne de pensée.

En relisant ce billet, je me rends compte que je n’ai même pas abordé la moitié de l’histoire.

Avant de devenir orthodoxe, j’étais catholique oriental. Je fréquentais une paroisse de l’Église grecque-catholique melkite, que j’aimais beaucoup. J’ai travaillé pour un évêque melkite, que je tiens en très haute estime. Mais depuis le jour où j’avais décidé de devenir melkite, je soupçonnais fortement que ce n’était qu’une question de temps avant que je ne devienne orthodoxe. (En fait, j’ai été tenté de devenir orthodoxe avant même de devenir melkite. Un ami orthodoxe m’a suggéré d’essayer d’abord le catholicisme oriental, qui perturberait moins ma vie personnelle et professionnelle. Mais c’est une autre histoire.)

Dès le début, j’ai senti que l’Orient et l’Occident n’étaient pas les deux faces d’une même pièce. Le catholicisme et l’orthodoxie ne sont pas deux « poumons » avec lesquels l’Église universelle devrait respirer, comme l’a affirmé le pape Jean-Paul II. La théologie, la spiritualité et l’ecclésiologie de l’Église orientale sont catégoriquement différentes de ce qui s’est développé en Occident au cours des 1.500 dernières années, tant dans l’Église catholique que dans l’Église protestante.

La Divine Liturgie, la Prière de Jésus, les icônes, le jeûne, les moines… la compréhension orientale de la Trinité, du Ciel, de l’Enfer, du péché, du repentir… la vision orthodoxe de la Théotokos, des Saints, des Écritures, de l’Église… Tout cela me semble plus ancien, plus authentique et plus vivifiant. C’est plus fidèle à l’esprit des Évangiles.

Cela ne veut pas dire que le catholicisme soit abjectement mauvais. Bien sûr que non. Il est en grande partie très bon ! Et je crois encore à la plupart des choses auxquelles je croyais lorsque je faisais partie de la Communion romaine. Néanmoins, le catholicisme et l’orthodoxie s’excluent mutuellement à plusieurs égards importants.

Je crois que, là où ils diffèrent, l’orthodoxie a raison et le catholicisme (ainsi que son petit frère, le protestantisme) ont tort. C’est tout.

Je ne sais pas si je continuerai à poster sur cette plateforme. Le métier d’écrivain ne me manque pas, et je ne pense pas que mes écrits manquent à qui que ce soit. Mais si je le fais, je ne reviendrai pas en tant qu’« écrivain orthodoxe », et encore moins en tant qu’apologiste orthodoxe.

Dans le passé, j’aimais me considérer non pas comme un « écrivain catholique », mais comme un écrivain chrétien qui se trouvait être catholique. Si je reprends le blog, ce sera en tant qu’écrivain chrétien qui se trouve être orthodoxe. Comme auparavant, mon seul véritable objectif sera d’aider mes confrères chrétiens à approfondir leur relation avec Jésus-Christ. Je continuerai à lire et à citer les grands écrivains chrétiens du passé, qu’ils soient orthodoxes, catholiques ou protestants. Et je continuerai à aimer et à admirer les bons chrétiens qui, à mon grand étonnement et à ma grande joie, choisissent de lire mon blog, quelle que soit leur croyance.

Je n’ai aucun désir de juger ou d’exclure ceux qui trouvent les arguments en faveur du catholicisme ou du protestantisme plus convaincants. J’ai toujours aimé ce que mon homonyme, saint Théophane le Reclus, a dit à propos des chrétiens non orthodoxes :

« Vous demandez : “Les hétérodoxes seront-ils sauvés ?” Pourquoi vous inquiétez-vous pour eux ? Ils ont un Sauveur qui désire le salut de chaque être humain. Il s’occupera d’eux. Vous et moi ne devrions pas être accablés par une telle préoccupation. Étudiez-vous vous-même et vos propres péchés. »

Si c’est suffisant pour Théophane le saint, c’est suffisant pour Théophane le pécheur.Merci de m’avoir écouté. Que Dieu vous bénisse tous. Priez pour moi et sachez que je prie pour vous.


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15 réflexions sur “Document

  1. Bien sûr, cet article est digne d’attention, en particulier pour savoir si l’auteur de ce blog est tenté de suivre la même voie, et de transformer cette tribune en chrétienne-orthodoxe après avoir été chrétienne-catholique… Il est entendu que cela ne me regarde aucunement, Dieu seul sonde les reins et les cœurs.
    Il est tout de même étonnant que le converti américain, grand expert des Saintes Écritures et de l’histoire de l’Église, omette de parler du fait de l’instauration de la papauté par le Christ, et qu’il semble mettre dans le même sac « les excès du thomisme et du modernisme ». Allez comprendre…

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    • Je suis d’accord avec vous.

      L’auteur de l’article décrit son expérience et son cheminement qui l’ont mené à l’Orthodoxie mais des raisons ne peuvent être que strictement personnelles car les expériences de ce genre ne sont guère transposables. Donc, personnellement je ne suis guère impressionné par son témoignage qui ne peut être que subjectif car il y entre trop de sentiments et de déceptions qui influencent la personne insatisfaite pour telle ou telle raison.

      Vous avez raison de faire remarquer l’impasse qu’il fait sur la fondation par le Christ lui-même de son Église qui repose sur Pierre dont les Papes sont les successeurs. Il est trop facile d’ignorer ce point absolument fondamental, ce qui réduit à néant tout ce qu’il peut dire par ailleurs sur le Catholicisme et il s’ensuit donc que les Orthodoxes, qui sont loin d’être d’accord entre eux d’après Timothy Flanders (directeur de 1Peter5) lui-même revenu de l’Orthodoxie, ces Orthodoxes donc sont schismatiques et tout le reste n’est que littérature…

      Je ferai remarquer aussi que bien que les Orthodoxes aient des Saints et des Saintes tout à fait estimables (encore que le processus de canonisation soit plutôt archaïque et moins sérieux que chez les Catholiques) il n’y a rien de comparable chez eux à Lourdes et Fatima où la Mère de Dieu a daigné apparaître à des fidèles de l’Église de son Fils : ce seul fait réduit à néant les arguments de l’auteur de cet article.

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    • D’accord aussi. Michel Cérulaire était plus un politique ambitieux qu’un religieux. Il avait comploté pour être désigné empereur et devant l’échec s’est tourné vers le patriarcat. Tous les divergences religieuses ne sont que des prétextes d’une rivalité de pouvoir politique. Le césaro-papisme me paraît un défaut beaucoup plus grave qu’un pouvoir temporel du pape (qui n’existe plus de nos jours, sauf au Vatican où le dictateur en place peut imposer les inoculations pfizeriennes !). La primauté de Pierre est d’ordre monarchique, par la volonté du Christ, le véritable monarque qui délègue son pouvoir à son vicaire. Parler de primauté d’honneur est une argutie orthodoxe. Que les protestants aient repris les arguments des orthodoxes sur cette question m’a toujours frappé. Toutes les tentatives de rapprochement ont été torpillées pour des raisons politiques. Et je constate par expérience que les animosités contre le pape sont transmises de génération en génération, surtout chez les orthodoxes grecs, d’une férocité rare. La conversion de Mgr Ghika m’a beaucoup appris sur la question. Michael Warren Davis pourrait aussi en tirer beaucoup d’enseignements.

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  2. Merci Cher YD pour ce très bon texte. L’auteur évoque l’installation de l’orthodoxie sur son continent. On pourrait aussi parler, et vous l’avez fait, du développement en Afrique. Cela en dit long sur sa catholicité.

    Il y a une incapacité chez certains à comprendre les raisons de l’effondrement de l’église de Rome. Plutôt que de se cramponner à je ne sais quels dogmes aléatoires et postérieurs aux sept conciles, il serait bon d’étudier et de prendre conscience que cette église est tout schuss sur la piste fatale du protestantisme hérétique et apostat. A titre personnel, je pense même que le stade de l’apostasie a déjà été dépassé avec l’adoration de la pachamama sur la tombe de St Pierre. Après ça, que chacun se débrouille avec sa conscience.

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  3. Sans vouloir envenimer, le débat je voudrais revenir sur le divorce et remariage dans l’orthodoxie, sujet que j’ai déjà abordé sur ce blog. Sans remettre en cause l’indissolubilité du mariage ils pratiquent « l’économie » basée sur la miséricorde pour l’homme pécheur et permettent un 2e ou même 3e rémariage. Ce qui me fait dire que Bergoglio avec sa bénédiction de couples divorcés-remariés est en bonne voie de conversion à l’orthodoxie. Si l’on rajoute la synodalité, nous y sommes presque. Les causes « graves et justes »(variant de 5 à une vingtaine) de divorce avaient été définies par les empereurs byzantins (césaro-papisme) des les premiers siècles et non par les patriarches. Ce fut toujours un point de désacord majeur avec les latins.

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    • Merci cher Dauphin pour ces précisions.

      Mais je crains qu’elles seront sans effet dur le destinataire car, comme on dit, il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et cette surdité est décuplée quand il s’agit d’un orthodoxe grec…

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    • Le point que vous évoquez est interessant et mériterait discussion. Ce que l’on peut dire: 1/ il s’agit d’un point de discipline et non de dogme 2/ les latins ont pris l’habitude de de légiférer en tout, les orthodoxes beaucoup moins. En conséquence, on peut avoir une excessive duplicité chez les premiers créant ce poison de l’âme qu’est le mensonge et un risque d’abus et donc de désordre chez les seconds 3/ dans la pratique actuelle, un second remariage peut être permis dans des conditions très restrictives quant à un troisième, jamais vu. Au bout du compte, on a une situation pas très éloigné de ce que pratique l’église de Rome avec l’annulation.

      Maintenant, j’invite chacun à l’étude et à la compréhension historique de la dérive hétérodoxe (ça c’est pour être sympa) romaine aboutissant à la destruction des vérités de foi, à l’anéantissent liturgique, à des comportements blasphématoires normalisés, à un abandon de la vérité et du goût de sa recherche.

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      • Vous semblez dire, vous et vos semblables, que la véritable Eglise catholique réside depuis 1054 en l’Eglise dite « orthodoxe », c’est-à-dire la seule marchant droit, sans pape (et sans filioque, heureusement…).

        Et vous prenez les dérives actuelles comme une preuve de l’hétérodoxie de l’Eglise dite « catholique » pour le coup.

        Je crains que toutes ces considérations soient le fruit d’un manque de connaissance de l’histoire de l’Eglise du Christ, d’une part, et des catéchismes de l’Eglise catholique d’autre part.

        Alors, n’hésitez pas ! Il ne faut pas perdre une occasion de se cultiver.

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      • La dérive a commencé précisément avec la question du Filioque. L’affaire Photius, au départ, c’était que le pape considérait que Photius n’avait pas été régulièrement élu patriarche. Quand il demanda un concile pour condamner Photius, on ajouta le Filioque. Or ensuite un autre pape demanda un autre concile, qui réhabilita Photius, sans que la question du Filioque pose problème. (Ce concile, plus légitime que le précédent, avec beaucoup plus d’évêques, n’a jamais été reconnu par Rome qui l’avait pourtant demandé.)

        En 1054, dans la bulle de l’infaillible pape qui excommuniait Michel Cérulaire, il était dit que les Grecs étaient coupables des six grandes hérésies (accusation évidemment absurde) et qu’ils avaient osé supprimer le Filioque du Credo, alors que Rome avait ajouté le Filioque seulement 40 ans avant…

        Cela c’est l’histoire de l’Eglise du Christ.

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      •  » 2/ les latins ont pris l’habitude de de légiférer en tout, les orthodoxes beaucoup moins » C’est exact et a conséquence du césaro-papisme puisque c’est l’empereur qui légiférait en matière de discipline religieuse et non les patriarches (comme ce fut le cas pour les causes acceptées pour un divorce)

        Le « filioque » ne semble pas poser de problème aux Orthodoxes qui ont reconnu l’autorité du pape qui sont autant orthodoxes que ceux qui la refusent. Le « filioque est donc un prétexte qui cache des motivations autres que dogmatiques.

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  4. Moi, je n’en démords pas : on perd trop de temps à se disputer sur des péripéties historiques alors qu’il faut voir les choses d’un point de vue purement doctrinal.

    Or, comme l’a bien montré Dauphin, les Orientaux, historiquement étaient déjà remonté contre le Pape et généralement contre l’Église latine quoi que dise où quoi que fasse cette dernière….L’expression « discussion byzantine » veut dire ce qu’elle veut dire et tout le mal bien de là.

    Il n’y avait vraiment pas besoin des querelles évoquées ni des maladresses des uns et des autres pour arriver à la rupture entre l’Orient et l’Occident chrétiens : tout cela couvait déjà depuis longtemps et il suffisait d’un prétexte pour que la rupture soit non seulement consommée mais pour qu’elle perdure aussi et tout a été fait pour cela…par ces incorrigibles querelleurs.

    « Mieux vaut le turban que la mitre » : ce mot résume la détestation des Latins par les soi-disant « orthodoxes » qui ont donc rejeté l’aide des Latins face aux envahisseurs musulmans.

    Eh bien ! Ils ont été servis et ont été asservis pendant 400 ans par les Turcs. Ils n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes.

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    • A Oléandre.

      Je viens pourtant de vous montrer que tant dans l’affaire Photius que dans l’affaire Cérulaire, ce sont les latins qui ont avancé, et inventé, des arguties doctrinales. Je l’avais déjà dit. Vous n’en tenez aucun compte, mais ce n’est pas très honnête.

      J’ajoute que ce sont les latins qui ont inventé la finasserie de la « procession du Saint-Esprit du Père et du Fils comme d’un seul principe » et ont voulu l’imposer aux orientaux alors que ça ne correspond à rien chez les pères grecs, que ce sont les latins qui ont voulu imposer aux orientaux un moment de la consécration qui contredit le texte obvie de la divine liturgie de saint Jean Chrysostome. Etc.

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      • Pour moi, les choses sont simples : en vertu du pouvoir des clés accordé à Pierre par le Christ, il est impossible que les « orthodoxes » puissent avoir raison contre le ou les papes.

        Encore une fois, je ne nie pas que les Orientaux aient pu être brimés par des papes, mais tout cela s’inscrit dans une Histoire complexe où entrent des éléments relevant de la psychologie et de la mentalité qui ont exacerbé leurs relations mutuelles.

        Il ne faut donc pas taper tout le temps sur l’Église catholique car les « orthodoxes » sont des schismatiques punto e basta !

        D’ailleurs, la pléthore d’articles pro-orthodoxes dans ce blog commence à intriguer beaucoup d’entre nous : personnellement, je pense que c’est absolument votre droit et je ne vous critique pas pour ça, mais votre ironie relative à l’infaillibilité papale devient troublante et pose question.

        Il ne serait pas superflu d’éclaircir votre position : êtes-vous toujours catholique ou vous êtes-vous converti à l’Orthodoxie ? Quelle que soit votre réponse, c’est votre droit absolu et que Dieu me préserve de porter le moindre jugement à ce sujet, c’est juste que nous ne savons plus si ce blog est toujours catholique…

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  5. A l’intention de l’ami Dauphin: les église orientales affiliées à Rome ne disent pas le « Filioque ».

    Sinon, après Oléandre et le souffle réformateur de Vatican II ou III, il apparaît que l’on doive dire désormais pour être romain « …et filioque et punto et basta procedit. » L’esprit de finesse pascalien. On s’incline.

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