Saint Damase

Martyrologe :

A Rome, saint Damase Ier, pape et confesseur, qui condamna l’hérésiarque Apollinaire, et rétablit Pierre, évêque d’Alexandrie, qu’on avait chassé de son siège. Il découvrit les corps de nombreux saints martyrs, et orna leurs tombeaux d’inscriptions en vers.

Ce que dit Fernand Mouret dans son Histoire générale de l’Eglise sur l’apollinarisme :

Grâce à l’énergie et à l’activité d’Ambroise, en Occident comme en Orient, l’arianisme, poussé jusque dans ses derniers retranchements, était vaincu. Il n’en était pas de même d’une hérésie plus subtile, et pour laquelle l’évêque de Milan semble avoir voulu garder, de parti pris, plus de ménagements, l’apollinarisme. Les grands services rendus par Apollinaire le Jeune et par son vénérable père pendant la querelle trinitaire, leur courage pendant la persécution de Julien l’Apostat, imposaient à leur égard une réserve que n’avait pas méritée la perfidie arienne. D’ailleurs l’erreur apollinariste, dans son énoncé, ne soulevait pas un scandale pareil à celui qu’avait provoqué l’arianisme ; plusieurs de ses partisans étaient d’une incontestable bonne foi. La grande préoccupation d’Apollinaire, disait-on, avait été d’établir que le Christ est un Dieu fait homme, et non pas un homme fait Dieu. A l’encontre des ariens, qui ne voulaient voir en Jésus qu’un homme laissant pénétrer son intelligence et sa volonté par la Divinité, Apollinaire, ajoutait-on, a voulu montrer, dans le Christ, Dieu prenant un corps humain et l’animant de son amour, de sa volonté et de son intelligence, de manière à n’en faire plus qu’une seule personne, qu’un seul être, qu’une seule nature. Lorsqu’ils disaient cela, les disciples d’Apollinaire ne remarquaient pas, ou feignaient de ne pas remarquer, qu’en expliquant de cette sorte la divinité du Christ, ils arrivaient à nier l’intégrité de son humanité. Déjà, au concile d’Alexandrie, en 362, on leur avait objecté que le Sauveur n’avait pas un corps sans âme, sans intelligence… qu’Il n’était pas seulement venu sauver notre corps, mais notre intelligence, notre âme. En 374, dans son Anchoratos, et en 377 dans son Panarion, saint Epiphane avait dénoncé l’erreur nouvelle, lui opposant le symbole qu’on faisait réciter aux catéchumènes suspects : Le Verbe s’est fait homme, c’est-à-dire a pris une nature humaine parfaite : l’âme, le corps, l’esprit, tout ce qui constitue l’homme, hors le péché. On ne voyait pas encore alors, mais on put remarquer dans la suite que, par son insistance sur l’unité de l’être et de la nature, dans le Christ, Apollinaire préparait la voie à l’hérésie monophysite. Ce qui, en 382, appela plus spécialement l’attention sur l’apollinarisme, ce fut la prétention, affichée depuis quelques années par Apollinaire, de constituer ses partisans en communauté séparée, de conférer la dignité épiscopale à ses disciples préférés, de troubler l’Eglise par ses disputes. Le pape Damase convoqua à Rome un nouveau concile, auquel il invita l’épiscopat d’Orient en même temps que celui d’Occident. Les évêques grecs s’excusèrent, alléguant leurs occupations, qui ne leur permettaient pas de s’éloigner de leurs diocèses, et l’invitation qu’ils venaient de recevoir de la part de l’empereur à se réunir à Constantinople. Ils s’y réunirent en effet, confirmèrent les actes du concile de 381 et y ajoutèrent probablement deux canons qui ont été comptés plus tard comme les 5e et 6e du IIe concile œcuménique. Trois d’entre eux cependant s’étaient rendus à Rome et assistèrent au concile romain de 382.

Les actes de ce concile ne nous sont point parvenus ; nous savons seulement que l’hérésie des apollinaristes y fut condamnée et que Jérôme y joua, par la volonté de Damase, un rôle décisif.

Après la retraite de Grégoire de Nazianze, aucun lien puissant ne retenait Jérôme à Constantinople. La nouvelle que le pape allait réunir un concile à Rome, le décida à se diriger vers la Ville Eternelle. Il y revint mûri par l’âge, par l’étude, par les austères pénitences du désert, par l’expérience des hommes et des choses que lui avaient donnée les grandes controverses de l’Orient. Damase, qui avait sans doute manifesté le désir de son retour, fut heureux de pouvoir profiter de son immense érudition. Il ne tarda pas à en faire son secrétaire. J’eus souvent alors, écrit Jérôme, à répondre aux nombreuses consultations qui, de l’Orient et de l’Occident, étaient adressées au Siège apostolique. Le pape, désireux d’ouvrir une voie de conciliation aux apollinaristes, à ceux du moins qui, victimes d’un entraînement irréfléchi, subissaient la doctrine d’Apollinaire tout en s’alarmant de ses dangers, chargea Jérôme de rédiger une profession de foi, que signeraient les partisans de l’hérésie en rentrant dans l’Eglise. Une perfidie des apollinaristes irréductibles empêcha le succès de cette tactique. Rufin nous apprend que, Jérôme ayant employé, dans sa profession de foi, la formule Homo dominicus pour désigner le Christ, les hérétiques protestèrent contre cette expression. Le savant rédacteur exhiba alors un écrit de saint Athanase qui la contenait. Mais ses adversaires, s’emparant de l’écrit, y raturèrent l’expression contestée, et la transcrivirent de façon à faire croire à une fraude de Jérôme. Cet odieux procédé leur valut une violente diatribe, où Jérôme n’épargna pas aux faussaires les qualificatifs qu’ils méritaient ; mais les esprits étaient envenimés ; leur but était atteint ; il ne resta plus au concile que la tâche de condamner sans merci l’apollinarisme. Beaucoup d’apollinaristes restèrent irréductibles.


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6 réflexions sur “Saint Damase

  1. Cet article confirme, s’il en est besoin, que Rome était déjà, dès les premiers siècles, une référence pour la chrétienté antique et illustre le célèbre « Roma locuta, causa finita »…Le Pape a, en effet, joué un rôle crucial dans cette histoire d’après ce qu’on en lit et honni qui mal y pense…

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  2. On constate que les hérésies sont surtout apparues en Orient du fait de l’esprit pinailleur et coupeur de cheveux en quatre des orientaux. C’est un peu normal, le départ du christianisme se fit en proche-Orient. Mais la raison romaine, plus sobre et moins exaltée limita les élucubrations jusqu’à l’avénement du fanatisme protestant qui n’est qu’un arianisme déguisé et une talmudisation du christianisme. Talmudisation qui triomphe aujourd’hui avec l’imposteur Bergoglio. Le but étant, bien entendu , la religion mondiale avec l’Antéchrist comme dictateur universel.

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    • Je tolère facilement l’esprit d’onanisme papophile de certains camarades de ce blog, car à tout péché miséricorde. Néanmoins, les commentaires que je lis à propos de l’article sur Saint Damase Pape de Rome, saint orthodoxe de l’église indivise, font preuve d’une ignorance historique, théologique et politique attristante.

      Je rappelle que c’est l’église et non le pape de Rome qui est sainte et par là-même dispensatrice de la Vérité, que les première hérésies bien entendu sont nées en orient pour des raisons évidentes (!) et ensuite furent reprise et répétées jusqu’à nos jours par les église catholique et protestantes. Non seulement reprises mais augmentées et étendues jusqu’à l’apostasie théorique ou pratique. Nous orthodoxes, nous sommes certainement les premiers des pécheurs mais nous sommes … orthodoxes.

      Par ailleurs, j’ai du mal à comprendre cette mentalité qui consiste à compter les buts imaginaire d’un match fantasmé comme s’il s’agissait d’aller au parc des princes, supporter le psg et s’enthousiasmer comme des fans. Fan, raccourci de fanatique.

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