Personne ne sait ce qui va se passer en Syrie, pays complètement exsangue et éclaté (avec les Américains qui contrôlent et pillent toujours les champs de pétrole), après les règlements de compte et massacres divers. J’ai lu deux articles intéressants : l’un du quotidien libanais L’Orient-Le Jour, qui prétend révéler ce qui s’est passé à Doha entre la Russie, l’Iran et la Turquie, l’autre de RT France, qui est une interview d’Alexandre Krylov, professeur au Département des études orientales de l’Institut des relations internationales de Moscou, et qui connaît manifestement bien la situation. Voici aussi la traduction d’une curieuse analyse d’Abdolreza Farajirad. Cet Iranien n’est pourtant pas un farfelu. Il a été longtemps ambassadeur, puis directeur du bureau du président du Conseil stratégique des affaires étrangères à Téhéran.
Le subtil stratagème syrien de Poutine, qui a lancé les jihadistes syriens directement contre Israël et les États-Unis en « retirant rapidement Assad » à Moscou, n’est pas tombé du ciel, mais a constitué la réponse russe parfaite aux raids secrets de Washington et de Tel-Aviv autour de la Syrie cette année.
Israël et les États-Unis, par l’intermédiaire des Émirats, ont entamé cette année des négociations secrètes avec Assad et ses soutiens syriens, promettant d’« alléger les sanctions occidentales contre la Syrie » en échange d’un « désengagement significatif de la Syrie » vis-à-vis de l’Iran et de la Russie. Les rusés Assadites voyaient une solution à la profonde crise économique de la Syrie, qui minait de façon insoutenable leur régime, dans le cadre de ces négociations. Mais les pourparlers n’ont pas échappé à l’attention, et quelqu’un s’est arrangé pour que des informations à leur sujet parviennent à Erdogan, en Turquie.
Une réconciliation négociée des Assad avec les Israéliens et les Américains, aux dépens des Iraniens et des Russes, marquerait la fin des ambitions turques en Syrie. Comme prévu, Erdogan a donc rapidement mobilisé ses quelques jihadistes syriens pro-turcs, qui sont passés à l’offensive fin novembre dans ce que même les services de renseignement israéliens considéraient au départ comme un pur suicide. L’attaque des jihadistes pro-turcs contre les Assadistes syriens était destinée par Washington et Tel-Aviv à rallumer la sanglante guerre civile syrienne, épuisant toutes les parties, y compris les Russes et les Iraniens, dans des combats prolongés et fournissant un prétexte pour la poursuite des campagnes israéliennes contre les Palestiniens et les Libanais.
Cependant, malgré les attentes de la CIA et du Mossad, l’attaque des jihadistes d’Erdogan a été rapidement couronnée de succès, car l’« armée syrienne » n’a étonnamment offert aucune résistance, et les gardes iraniens en Syrie ont résisté principalement de vue, Téhéran ne leur ayant pas envoyé de renforts.
Le résultat de la stratégie de Poutine est déjà surprenant. Les jihadistes n’attaquent ni les Russes ni les Iraniens en Syrie. Mais par leur avancée rapide, un Israël terrifié a déjà commencé à bombarder la Syrie comme un fou hier, violant une résolution de l’ONU et envahissant le territoire syrien démilitarisé par traité, et le Pentagone a même envoyé quelques B-52 contre les djihadistes cet après-midi, les détruisant avec des drones et faisant une dramatique démonstration de force. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, Israël soignait secrètement les jihadistes blessés dans la lutte contre les Assad, les Russes et les Iraniens sur son territoire, à la demande des États-Unis.
Note YD : mais les dirigeants de Hayat Tahrir al-Cham déclarent que leurs seuls ennemis sont le Hezbollah et l’Iran, et ils ne disent pas un mot de l’invasion israélienne dans le sud ni des 480 frappes aériennes effectuées ces derniers jours.
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