Pendant la semaine de Pâques on chante à la messe la délicieuse séquence Víctimæ pascháli laudes, l’une des cinq qui furent conservées dans le missel de saint Pie V. Comme d’habitude on était passé d’un extrême à l’autre, même si évidemment il fallait faire le ménage, surtout pour respecter la sobriété romaine, après la prolifération médiévale. Curieusement, alors que la LICRA n’existait pas encore, saint Pie V supprima une strophe qui certes déplaisait certainement aux juifs mais n’était pas plus violente que l’oraison du Vendredi Saint. Aucun liturgiste romain ne semble s’être aperçu que si l’on supprimait cette strophe, sans la remplacer, on déséquilibrait la séquence. Car sa composition est balancée de façon très claire, comme à deux chœurs qui se répondent, le deuxième reprenant la même mélodie que le premier, après les deux premiers vers qui servent d’introduction et seraient chantés par les deux chœurs ensemble. En supprimant la strophe « antisémite » (?), on laisse la dernière mélodie orpheline, entonnée par le deuxième chœur qui vient déjà de chanter la strophe précédente. On le voit parfaitement dans cette « reconstruction » qui imagine un chantre vocalisant la mélodie des deux strophes suivantes. Et la « reconstruction » (anonyme…) n’a pas d’autre choix que de remettre la strophe supprimée à sa place. Cela dit, en oubliant que cette strophe a existé, on peut aussi faire de la dernière une strophe chantée par les deux chœurs comme la première.
Víctimæ pascháli laudes
ímmolent Christiáni.
A la victime pascale, que les Chrétiens immolent des louanges.
Agnus redémit oves :
Christus ínnocens Patri
reconciliávit peccatóres.
L’Agneau a racheté les brebis : le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec son Père.
Mors et vita duéllo
conflixére mirándo :
dux vitæ mórtuus,
regnat vivus.
La vie et la mort se sont affronté en un duel prodigieux : l’Auteur de la vie était mort, il règne vivant.
Dic nobis María,
quid vidísti in via ?
Sepúlchrum Christi vivéntis,
et glóriam vidi resurgéntis:
Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? J’ai vu le tombeau du Christ vivant, et la gloire du ressuscité.
Angélicos testes,
sudárium, et vestes.
Surréxit Christus spes mea :
præcédet suos in Galiléam.
J’ai vu les témoins angéliques, le suaire et les linceuls. Il est ressuscité, le Christ, mon espérance : il vous précèdera en Galilée.
Credéndum est magis soli
Maríæ veráci
quam Judæórum turbæ falláci.
Il vaut mieux se fier à Marie seule qui dit vrai, qu’à la foule menteuse des Juifs.
Scimus Christum surrexísse
a mórtuis vere :
tu nobis, victor Rex, miserére.
Amen, Allelúia.
Nous le savons : le Christ est ressuscité des morts : ô Toi, Roi vainqueur, aie pitié de nous. Amen. Alléluia.
Par les moines d’En Calcat, en 1960.
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D’abord vérifier les faits : trois minutes sur Google montre qu’il y a effectivement cette strophe dans un manuscrit ancien, voir https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k524833/f225.item.r=missale
Ensuite réfléchir : à quel moment y a-t-il une « foule de juifs » donnant un témoignage faux? Insulter, ce moquer, ce n’est pas un témoignage.
Le seul passage où je relève un faux témoignage est Mc 14:63-64 ou Lc 22:70-71 : Tout le sanhédrin cherchait quelque faux témoignage contre Jésus, suffisant pour le faire mourir, pour conclure après que le grand prêtre ait déclaré « tu es donc le Fils de Dieu » – réponse de Jésus, « Tu l’as dit, (donc) je le suis »:
Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Voici, vous venez d’entendre son blasphème.
Oui, il vaut mieux croire le témoignage de Marie que celui de cette assemblée menteuse, c’est clair. Cette foule menteuse de Juifs a eu une existence. Mais ça ne veut pas dire que tous les Juifs sont nécessairement des menteurs.
De même, ça ne m’a jamais posé problème de prier « pour les juifs perfides »: ça ne veut pas dire que tous les juifs sont perfides, mais que l’Évangile a témoigné qu’il a existé des juifs perfides, et que suivant en cela le Christ qui nous demande d’aimer y compris nos ennemis, l’Église nous demande « y compris pour les juifs perfides ».
Si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle récompense méritez-vous?
Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment,
les publicains aussi n’agissent-ils pas de même?
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La traduction par perfide peut être mal ressentie alors que infidèle, dans mon missel et cela ne pose pas de problème d’avoir changé de traduction, veut dire la même chose sans pouvoir paraitre négatif. Effectivement, un juif ne peut refuser de choisir, soit il est fidèle au sanhédrin soit il accueille son Messie. Aussi, il reste fidèle à l’un et infidèle à l’autre. Je ne trouve pas que l’on puisse aimer les juifs sans leur dire la vérité. Or, si la corruption de certains clercs ou les bons sentiments qui aveuglent le jugement a cru devoir effacer des termes ou en changer le sens, ce faisant on ne respecte plus ceux à qui on s’adresse en leur disant la vérité, à savoir que les Juifs fidèles à la Synagogue ont rejeté leur Messie et inventé des légendes pour le justifier. Que ce faisant, ils ont écarté ce que leur promettaient leurs prophètes pour garder leur pouvoir ou attendre un sauveur terrestre.
Infidèles veut dire qu’il existe une fidélité à leur vocation, donc qu’ils conservent une vocation s’ils reviennent aux promesses divines. Je vois difficilement comment on pourrait plus les respecter et les aimer. Dom Gérard, dans un petit opuscule non édité qui s’adressait aux communautés charismatiques, a dit quelque chose de très sensé ;
« La sensibilité est une bonne servante mais une mauvaise maîtresse. »
Le terme antisémite est infondé, inventé par à la fois un juif voulant victimiser les siens en les raccrochant à une identité qu’il n’était plus la leur et accuser toute critique à l’encontre d’un des leurs comme raciste donc dénuée de pertinence concernant des fait librement commis et juste malveillante à l’égard de personnes pour ce qu’elles sont et non pour que qu’elles font. Et d’autre part un racialiste allemand voulant diaboliser en s’en prenant non aux actes commis par le libre arbitre de personnes mais à une supposée race déterminée en elle-même. Ce qui est une aberration intellectuelle et moralement inacceptable. Ce qui pourrait paraître étonnant, c’est que les deux se sont retrouvés d’accord sur une forme de déterminisme racial sans fondement historique, ethnique ou religieux, permettant d’excuser ou d’accuser tout un groupe de personne sans tenir compte du libre arbitre de chaque personne.
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Le mensonge des Juifs auquel la séquence fait allusion n’est pas celui du procès mais celui postérieur à la résurrection qui se trouve en Mt 28, 11-15 : « 11 Pendant qu’elles étaient en chemin, quelques hommes de la garde entrèrent dans la ville, et annoncèrent aux principaux sacrificateurs tout ce qui était arrivé. 12 Ceux-ci, après s’être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, 13 en disant: Dites: Ses disciples sont venus de nuit le dérober, pendant que nous dormions. 14 Et si le gouverneur l’apprend, nous l’apaiserons, et nous vous tirerons de peine. 15 Les soldats prirent l’argent, et suivirent les instructions qui leur furent données. Et ce bruit s’est répandu parmi les Juifs, jusqu’à ce jour. » Les hommes de la garde auxquels il est fait allusion ici sont ceux mentionnés en Mt 27, 62-66 « 62 Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate, 63 et dirent: Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore: Après trois jours je ressusciterai. 64 Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple: Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première. 65 Pilate leur dit: Vous avez une garde; allez, gardez-le comme vous l’entendrez. 66 Ils s’en allèrent, et s’assurèrent du sépulcre au moyen de la garde, après avoir scellé la pierre. » Traduction Louis Segond
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Cette séquence concerne le témoignage de Sainte Marie Madeleine après la résurrection et donc les juifs menteurs sont ceux qui ont fait courir le bruit que les apôtres étaient venus prendre le corps pour faire croire à la résurrection et berner ainsi le peuple. Et la foule menteuse des Juifs est celle qui a cru à ce mensonge et l’a propagé au cours des siècles.
On retrouve une version de ce bobard dans le Coran qui prétend qu’un autre a été crucifié à la place de Jésus.
Personne n’a prétendu que tous les Juifs étaient des menteurs, même si tous les Juifs sont trompés et dans l’erreur à cause des menteurs.
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L’attestation première est celle du procès : il se proclame fils de Dieu donc il est blasphémateur – ils en sont témoins. Après, pour se couvrir, le même Sanhédrin propage un mensonge, mais ce n’est pas un « témoignage » – personne ne prétend avoir vu les apôtres enlever le corps.
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Mt 28, 13.
Je le précise à nouveau pour que les autres lecteurs trouvent une réponse simple à vos sophismes.
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Le Missel Romano-Lyonnais imprimé pour la dernière fois en 1956 comporte la strophe supprimée en 1570. Et le propre du Graduel du même diocèse en donne la mélodie, qui est bien sûr celle que vous dites.
Sainte octave pascale (pour ma part dans le retrait du flot d’hommages pour quelqu’un qui aura fait tant de mal à l’Eglise).
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