La persévérance véritable, c’est l’exercice fréquent des bonnes uvres, le goût continuel de la perfection, et la garde attentive, jusqu’à la mort, des grâces spirituelles et des vertus. Le Seigneur nous y invite, dans l’Apocalypse, ch. 2, v. 10 : « Soyez fidèle jusqu’à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. ».
Job avait cette persévérance, lorsqu’il disait : « Jusqu’à mon dernier soupir, je ne m’écarterai pas de mon innocence » (ch. 27, v. 5) ; Tobie aussi : il cachait dans sa maison les corps des défunts, et les ensevelissait la nuit, malgré l’ordre du roi de le dépouiller de ses biens et de le mettre à mort, à cause de cela même (ch. 1, v. 22).
Les avantages considérables qui proviennent de la persévérance doivent nous exciter à l’aimer. C’est elle qui couronnera toute bonne action et toute vertu, et notre salut repose tout entier sur elle, d’après cette parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Matt., ch. 10, v. 22).
Sans la persévérance, aucune vertu, aucune action nest digne de récompense. Sans la persévérance, toute perfection est réduite à néant. À quoi bon, pour Judas, apôtre, mais traître, d’avoir été choisi et tiré du monde par Notre-Seigneur ? À quoi lui a servi la longue familiarité avec Jésus-Christ ? Et les saintes prédications qu’il avait souvent entendues ? Inutiles, les exemples, les vertus et les miracles dont il avait été témoin ! À quoi lui a servi la société des apôtres, et la grâce, à lui donnée, pour prêcher et faire des miracles ? À lui aussi en même temps qu’aux autres apôtres Notre-Seigneur avait dit : « Allez, annoncez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, et chassez les démons » (Matt. ch.10, v. 7, 8).
Il a la preuve de la vraie persévérance, celui que rien ne détourne de la justice : ni l’amour de cette vie, ni la crainte de la mort, ni menaces ni promesses. Ainsi, Suzanne, qui n’avait pas peur de mourir, disait : « Si je fais cela (le péché), c’est la mort pour moi » (Daniel, ch. 13, v. 22). Et Mathathias : « Quand bien même toutes les nations obéiraient au roi Antiochus, chacune abandonnant le culte de ses pères , et se soumettraient à ses ordres ; moi, mes fils et mes frères, nous obéirons à la loi de nos pères. Que Dieu nous soit propice » (Ier livre des Mach., ch. 2, v. 19-20).
C’est une marque de fausse persévérance que de présumer de sa perfection et de croire qu’on ne peut plus tomber. Cela donne un sentiment de liberté qui incite à ne plus se garder soi-même, et alors, il est impossible qu’on puisse persévérer dans la sainteté. Supposez que les Apôtres soient dans le monde et ne se gardent pas eux-mêmes ; ils pourraient faillir aussi. Vous avez l’exemple de David, qui devint adultère et homicide, parce qu’il fut négligent à surveiller ses regards (IIe livre des Rois, ch. 11, v. 1-4, 15-24).
Saint Albert le Grand, 42e et dernier chapitre du Paradis de l’âme.
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Dans le martyrologe de ce jour, on lit aussi notamment :
A Edesse, en Mésopotamie, la passion de saint Habib diacre, qui fut déchiré avec des ongles de fer et jeté dans le feu, sous l’empereur Licinius et le préfet Lysanias.
Au même lieu, les saints martyrs Goury et Samon, sous l’empereur Dioclétien et le préfet Antonin.
Saint Habib, martyrisé en 322, fut mis dans le même tombeau que Goury et Samon, martyrisés en 306. De ce fait ils furent invoqués en même temps, et les icônes les montrent toujours tous les trois, Habib portant un encensoir parce qu’il était diacre. Ils sont également honorés ce jour dans le calendrier byzantin.
Ces trois martyrs sont devenus les protecteurs du mariage et de la famille, particulièrement en Russie, conformément à une touchante et terrible légende syriaque.
Il y avait à Edesse une femme qui avait une fille très belle, nommée Euphémie. Les Romains vinrent à Edesse pour repousser une menace des barbares. Parmi les soldats romains il y avait un Goth qui tomba amoureux d’Euphémie et la demanda en mariage. Mais la mère refusait, que le Goth la menace ou lui offre de somptueux cadeaux. Finalement elle accepta, à condition que le Goth s’engage sur le tombeau des saints Habib, Goury et Samon, à toujours bien traiter Euphémie. Ce qu’il fit. Une fois la menace barbare écartée, il repartit dans son pays avec Euphémie. Mais le Goth était marié, et il fit d’Euphémie une esclave de sa femme. Euphémie mit au monde un fils, qui était le portrait craché de son père le Goth. La femme du Goth, jalouse, empoisonna le bébé. Euphémie récupéra du poison qui coulait de la bouche de son fils et empoisonna la femme du Goth. Pour la punir on l’enterra vivante dans le cercueil de la femme. Euphémie invoqua les martyrs d’Edesse, qui lui apparurent et la translatèrent illico dans leur église d’Edesse sans qu’elle s’en aperçoive. Quand elle se réveilla, elle retrouva sa mère et lui raconta ce qui s’était passé. Peu après le Goth revint à Edesse. Il croyait Euphémie morte et enterrée chez lui, mais Euphémie bien vivante le confondit et le Goth fut condamné à mort.
Les saints Habib, Goury et Samon sont donc devenus les protecteurs du mariage et de la famille, c’est pourquoi on les trouve assez souvent sur les icônes à plusieurs sujets commandés par les familles. Par exemple sur celle-ci, qui vient de Vetka (et fait partie de ma collection personnelle) :

En haut à gauche l’icône dite « Joie inattendue » (conversion d’un pécheur invétéré), à droite la Mère de Dieu Fiodorovskaïa (de Théodore), en bas à droite saint Nicolas, au centre l’Emmanuel « Jésus béni silence », ange du bon conseil avec son nimbe à huit pointes symbole de l’éternité du Verbe. Sur les côtés : en haut à gauche le traditionnel ange gardien, en dessous sainte Matrone de Thessalonique, à droite saint Théodore – d’où le choix de l’icône de la Mère de Dieu, en dessous sainte Pélagie – ce sont les saints patrons de membres de la famille.)
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