Leur guerre

C’est pas nous c’est eux… Les frappes sur deux dépôts de pétrole près de Téhéran ont produit une énorme fumée noire qui a fait tomber une « pluie noire » très toxique sur une ville où il faisait nuit à midi. Le ministre américain de l’Energie affirme que « les Etats-Unis ne ciblent aucune infrastructure énergétique » en Iran, mais il n’exclut pas que de telles frappes soient le fait d’Israël…

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Donald Trump ose affirmer que ce sont les Iraniens qui ont bombardé l’école où sont mortes 168 fillettes. Mais les agences de presse diffusent les images de la deuxième frappe (ce n’était pas un hasard…), 40 minutes après la première, et l’on voit clairement un Tomahawk.

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Il convient peut-être de rappeler que le premier coup d’éclat des Américano-sionistes a été de tuer 104 soldats iraniens en coulant dans les eaux internationales, à des centaines de kilomètres du Proche-Orient, un navire militaire sans armes qui revenait des exercices Milan Peace 2026 en Inde.

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Les Etats-Unis ont huit systèmes THAAD (Système de défense antimissile à haute altitude) dans le monde, dont quatre déployés autour de l’Iran. Chacun coûte 1,25 milliard de dollars (sans compter les missiles : 12,6 millions chaque). Dès les premiers jours de la guerre, les Iraniens ont détruit ou endommagé au moins trois des quatre systèmes (ils affirment avoir détruit les quatre).

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Le gouvernement israélien exerce une censure stricte sur les images des frappes iraniennes, particulièrement sur Tel Aviv. Il n’a toutefois pas pu empêcher que circulent des images montrant la capitale plongée dans le noir hier soir après une frappe sur deux des principales centrales électriques du pays.

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Macron est à Chypre pour témoigner sa solidarité… Sa solidarité avec un pays gravement affecté par la guerre, puisqu’il a été frappé par UN drone, dont on sait qu’il ne venait pas d’Iran. Il ne s’agit pas de la solidarité avec un pays de l’UE dont un tiers du territoire est occupé par un pays hors UE, la Turquie… qui a envoyé ce matin 6 F-16 dans la partie qu’elle occupe… Et il ose dire : « Lorsque Chypre est attaquée, c’est toute l’Europe qui est attaquée. »

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Vu sur internet : « En Afghanistan, les Etats-Unis ont mis vingt ans pour remplacer les talibans par des talibans. En Iran, ils ont mis 9 jours pour remplacer l’ayatollah Khamenei par l’ayatollah Khamenei. Donald Trump est le plus efficace président de l’histoire des Etats-Unis. »

Lundi de la troisième semaine de carême

Dans l’évangile de ce jour, Jésus déclare que la grâce va être transférée du peuple élu aux païens. Il le fait plusieurs fois au cours de sa prédication, de différentes façons (on a eu vendredi dernier la parabole des vignerons homicides), mais celle-ci est particulièrement originale puisqu’il le fait en rappelant des épisodes d’un lointain passé : Elie et la veuve de Sarepta de Sidon, Elisée et Naaman le Syrien.

Deux faits anciens qui annoncent l’avenir et qui sont en même temps des prophéties christiques très claires.

La veuve de Sarepta, en pleine famine, n’a plus qu’une petite poignée de farine. Elie lui demande de faire un petit pain pour lui, et lui dit que la farine ne lui fera jamais défaut, ni l’huile, et c’est ce qui arrive : Elie figure le Christ qui porte aux païens le sacrement de l’eucharistie, le pain indéfectible, lui-même, et les autres sacrements figurés par l’huile de l’onction.

Le général Syrien Naaman, lépreux, qui espérait du grand prophète Elisée un miracle spectaculaire, finit par accepter humblement de se baigner dans le Jourdain sans avoir vu Elisée, et il est purifié de sa lèpre : le baptême est proposé aux païens.

A propos de la veuve de Sarepta (aujourd’hui sous les bombes de ceux qui ont tous les droits), on remarque que Jésus parle d’une famine de « trois ans et six mois ». C’est aussi ce que dira saint Jacques à la fin de son épître. Pourtant le livre des Rois dit que c’est pendant la troisième année de sécheresse que Elie y mit fin. Ces « trois ans et six mois », qu’on retrouve dans l’Apocalypse pour évoquer une persécution (détaillés en 42 mois puis en 1260 jours) viennent du livre de Daniel qui indique ainsi le temps qui reste avant la fin du temps : la durée de la vie de l’Eglise militante, qui peut affronter la famine comme la veuve de Sarepta parce qu’elle a un pain qui ne s’épuise jamais : le pain eucharistique, jusqu’à ce qu’Il vienne.

En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce

Les dimanches de carême, la divine liturgie byzantine est celle de saint Basile. En dehors de ce que la liturgie latine appelle le canon, elle diffère peu de la divine liturgie de saint Jean Chrysostome. L’une des principales autres différences est l’hymne à la Vierge après la consécration. La voici en grec par Théodore Vassilikos, et en slavon par les frères du monastère Sainte-Elisabeth de Minsk (chant znamenny). Le texte grec rappelle la salutation de l’ange à l’Annonciation : Khairé Kekharitoméni.

«Ἐπi σοὶ χαίρει, Κεχαριτωμένη, πᾶσα ἡ κτίσις. Ἀγγέλων τὸ σύστημα καὶ ἀνθρώπων τὸ γένος, ἡγιασμένε ναὲ καὶ παράδεισε λογικέ, παρθενικὸν καύχημα, ἐξ ἧς Θεός ἐσαρκώθη καὶ παιδίον γέγονεν, ὁ πρὸ αἰώνων ὑπάρχων Θεὸς ἡμῶν·
τὴν γὰρ σὴν μήτραν θρόνον ἐποίησε, καὶ τὴν σὴν γαστέρα πλατυτέραν οὐρανῶν ἀπειργάσατο. Ἐπὶ σοὶ χαίρει, Κεχαριτωμένη, πᾶσα ἡ κτίσις δόξα σοι.»

En toi se réjouissent, ô Pleine de grâce, toute la création, la hiérarchie des anges et la race des hommes. Ô Temple sanctifié, ô Jardin spirituel, ô Gloire virginale, c’est en toi que Dieu s’est incarné, en toi qu’est devenu petit enfant celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De ton sein il a fait un trône, il l’a rendu plus vaste que les cieux. Ô Pleine de grâce, toute la création se réjouit en toi. Gloire à toi.

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Dans le contexte, ce matin à Athènes, à 1h30’15 (église de l’Ascension), à Moscou à 1h 05’48 (monastère Sretenski), à Minsk (cathédrale) à 1h 01’10 :

L’hymne des chérubins à Minsk, à 37’44, est superbe. Très « occidental », mais d’une belle facture et magnifiquement chanté par le chœur archiépiscopal.

Troisième dimanche de carême

Ce démoniaque, d’après Matthieu, était non seulement muet, mais le récit le dit aussi aveugle, et il fut si bien guéri par le Seigneur qu’il parla et qu’il vit. Trois prodiges ont donc été accomplis en même temps dans un seul homme : l’aveugle voit, le muet parle, le possédé est délivré du démon. Ce qui se fit alors était seulement corporel ; mais cela s’accomplit aussi chaque jour, lors de la conversion des croyants, si bien qu’après l’expulsion du démon, les lumières de la foi apparaissent, et les bouches auparavant muettes s’ouvrent ensuite aux louanges de Dieu. Mais quelques-uns de ceux qui étaient là décrièrent : C’est par Béelzéboub, prince des démons, qu’il chasse les démons. Ceux qui disaient ces choses n’étaient point des gens du peuple, mais les pharisiens et les scribes qui le calomniaient, comme l’attestent les autres Évangélistes. Oui, les foules, qui paraissaient moins instruites, admiraient toujours les miracles du Seigneur ; ceux-là, au contraire, ou bien les niaient, ou, s’ils ne pouvaient les nier, s’efforçaient de les dénaturer par une explication défavorable, attribuant ces œuvres, non pas à la puissance divine, mais à l’esprit immonde.

D’autres encore, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le ciel, ou bien manifestaient le désir qu’à la manière d’Élie il fît descendre le feu du ciel, ou bien, comme l’avait fait Samuel, qu’en été, on entendît gronder le tonnerre, qu’on vît briller les éclairs, et qu’on reçût des torrents d’eau ; comme s’ils n’eussent pas pu encore calomnier ces faits et dire qu’ils étaient produits par des causes inconnues et par diverses perturbations de l’air. Mais toi, qui dénatures ce que tu vois de tes yeux, ce que tu touches de tes mains, ce dont tu sens l’utilité, que ferais-tu des prodiges qui te viendraient du ciel ? Tu répondrais certainement que les magiciens en Égypte ont fait aussi de nombreux prodiges venus du ciel.

Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et ses maisons s’écrouleront l’une sur l’autre. Ce n’est point à leurs dires, mais à leurs pensées qu’il répondit, afin qu’ainsi ils fussent au moins contraints de croire à la puissance de celui qui lisait les secrets de leur cœur. Or, si tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, le royaume du Père, du Fils et du Saint-Esprit n’est donc point divisé, puisqu’il ne sera désolé par aucune controverse, ni aucun soulèvement, mais demeurera éternellement stable. Mais si Satan est divisé contre lui-même, comment se maintiendra son règne, puisque vous dites que c’est par Béelzéboub que je chasse les démons ? En disant cela, Jésus voulait leur faire comprendre, par leur propre aveu, que s’ils ne croyaient pas en lui, ils se plaçaient sous la domination du diable qui ne peut subsister s’il est divisé contre lui- même.

Saint Bède, commentaire de saint Luc, leçons des matines (avant 1960)

Samedi de la deuxième semaine de carême

L’évangile de ce jour est celui du fils prodigue. Dans la liturgie byzantine c’est le deuxième dimanche du triode (le deuxième dimanche de préparation au carême). Toute la liturgie du jour est focalisée sur cette parabole, qui reviendra comme un leitmotiv dans la liturgie du carême. En voici un petit extrait, le doxastikon des laudes, chanté par Thrasyvoulos Stanitsas, archonte protopsalte du patriarcat de Constantinople de 1960 à 1964.

Πάτερ ἀγαθέ, ἐμακρύνθην ἀπὸ σοῦ μὴ ἐγκαταλίπῃς με, μηδὲ ἀχρεῖον δείξῃς τῆς βασιλείας σου· ὁ ἐχθρὸς ὁ παμπόνηρος ἐγύμνωσέ με, καὶ ᾖρέ μου τὸν πλοῦτον· τῆς ψυχῆς τὰ χαρίσματα ἀσώτως διεσκόρπισα, ἀναστὰς οὖν, ἐπιστρέψας πρὸς σὲ ἐκβοῶ· Ποίησόν με ὡς ἕνα τῶν μισθίων σου, ὁ δι’ ἐμὲ ἐν Σταυρῷ τὰς ἀχράντους σου χεῖρας ἁπλώσας, ἵνα τοῦ δεινοῦ θηρὸς ἀφαρπάσῃς με, καὶ τὴν πρώτην καταστολὴν ἐπενδύσῃς με, ὡς μόνος πολυέλεος.

Père de tendresse, je me suis éloigné de toi ; ne m’abandonne pas, ne me prive pas du royaume des cieux, car le perfide ennemi m’a dépouillé, il m’a dérobé tout mon bien ; j’ai follement dépensé mon trésor spirituel, mais je me lève et reviens à toi en disant : traite-moi comme l’un de tes serviteurs, toi qui as étendu les mains sur la croix pour me délivrer du monstre cruel et pour me revêtir de la robe originelle, en ton unique bonté.

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On remarque l’exactitude explicative de la traduction « robe originelle », qu’on doit sans doute au P. Denis Guillaume. Le texte évangélique en grec dit « robe première », en latin « stolam primam ». Presque toutes les traductions disent « la plus belle robe », ce qui n’est conforme ni à la lettre ni à l’esprit. Cette robe première est en effet le vêtement originel (antithèse de la « tunique de peau » d’après la chute) : l’homme repentant est rétabli dans sa condition d’avant le péché originel, et établi dans une condition supérieure à celle d’Adam, comme l’indiquent l’anneau royal de l’alliance et les sandales qu’il faut porter pour manger la Pâque. Le Père sacrifie pour son fils le veau gras, comme Abraham pour les anges de la Trinité.