Sermon 258 de saint Augustin, n. 2 et 3.
Rappelez-vous la première formation du monde. « Les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme, et l’Esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux. Or, Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ; et il donna à la lumière le nom de jour et le nom de nuit aux ténèbres. » Rappelez-vous aussi les ténèbres où étaient plongés ces enfants avant de venir recevoir la rémission de leurs péchés. Ils étaient bien, avant cette rémission, les membres au-dessus de l’abîme. Mais l’Esprit de Dieu était aussi porté sur les eaux ; ces enfants sont descendus dans ces eaux, et comme l’Esprit de Dieu était au-dessus, les ténèbres du péché se sont évanouies. Tel est le jour qu’a fait le Seigneur. C’est à ce jour que l’Apôtre dit : « Vous tétiez ténèbres autrefois, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. ». Dit-il : Vous étiez ténèbres dans le Seigneur ? Non, vous étiez ténèbres en vous-mêmes ; « vous êtes lumière dans le Seigneur ». Or « Dieu a donné à la lumière le nom de jour », attendu que ce changement est l’œuvre de sa grâce. Ces enfants pouvaient, hélas ! être ténèbres par eux-mêmes ; ils n’ont pu devenir lumière que par l’action de Dieu. Aussi sont-ils le jour qu’a fait le Seigneur, et non le jour qui s’est fait lui-même.
Saint Thomas, l’un des disciples, n’était-il pas un homme, un homme du vulgaire en quelque sorte ? En vain ses condisciples lui disaient-ils : « Nous avons vu le Seigneur. — Si je ne le touche, si je ne mets mon doigt dans son côté, répondait-il, je ne croirai point. » Quoi ! ce sont les prédicateurs de l’Évangile qui te l’annoncent, et tu ne crois pas ? L’univers a cru sur leur témoignage, et tu n’y ajoutes pas foi ? C’est d’eux qu’il est dit : « Leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu’aux extrémités du globe » ; ainsi leurs paroles vont loin puisqu’elles ne s’arrêtent que là où finit le monde, et le monde entier embrasse la foi : et quand tous réunis s’adressent à un seul homme, cet homme ne croit pas ? C’est qu’il n’était pas encore le jour fait par le Seigneur ; il y avait encore des ténèbres sur cet abîme, des ténèbres au-dessus des profondeurs de ce cœur d’homme. Vienne donc, vienne le principe de ce jour sacré ; qu’il dise avec patience, avec douceur et sans colère, car il est le médecin des âmes : Approche, approche, touche et crois. Tu disais : « Si je ne touche, si je ne mets mon doigt, je ne croirai point » ; viens, touche, « mets ton doigt et ne sois plus incrédule, mais fidèle ». Viens, mets ici ton doigt. Je savais combien tu es blessé, et pour toi j’ai conservé cette large cicatrice.
Mais aussi quand il y mit son doigt, sa foi fut complète. En quoi consiste la plénitude de la foi ? A croire que le Christ n’est pas seulement homme et n’est pas Dieu seulement, mais Dieu et homme tout à la fois. La plénitude de la foi, c’est que « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ». Lors donc que le Sauveur lui eut offert de toucher ses cicatrices et ses membre sacrés, et que ce disciple les eut touchés réellement, il s’écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il touchait un homme, et dans cet homme il reconnaissait Dieu ; il touchait une chair humaine, mais il y voyait le Verbe, car « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Ce Verbe a permis que sa chair fût suspendue au gibet, qu’elle y fût fixée avec des clous, qu’elle fût percée par une lance, et qu’elle fût déposée dans un sépulcre ; mais aussi il l’a ressuscitée et présentée à ses disciples pour qu’ils la vissent de leurs yeux et pour qu’ils la touchassent de leurs mains. Ils la touchent donc et ils s’écrient : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ah ! ils sont le jour qu’a fait le Seigneur !
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