Leur Eglise

N’étant pas adepte des spectacles appelés « eucharisties », ni des diverses mises en scène qui remplacent la liturgie, je découvre seulement maintenant que les nouveaux catéchumènes portent une étole…

Or l’étole est le symbole même de l’ordination sacramentelle. Seuls les évêques, les prêtres et les diacres peuvent la porter, et doivent impérativement la porter lorsqu’ils délivrent un sacrement : elle est le signe du ministère ordonné.

Faire porter une étole à des laïcs, hommes et femmes, qui ne sont même pas baptisés, c’est mettre sur le même plan et confondre (je suppose que c’est même souvent explicite dans les paroisses) le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel : tout le monde, homme et femme, est diacre et prêtre…

On me dira peut-être que ce n’est pas grave puisque la plupart de ces « catéchumènes », après s’être déguisés pendant le carême et avoir plongé dans une baignoire au son d’une musique rock la nuit ou le jour de Pâques, ne retourneront jamais à l’église.

Certes, mais je croyais qu’on était au temps de l’œcuménisme. Or voilà encore quelque chose qui ne peut que scandaliser les orthodoxes.

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La paroisse qui est le dernier refuge de la messe traditionnelle dans mon coin organise 12 « repas partagés » pendant le carême. Nous étions priés, le premier dimanche de carême, de nous inscrire à la fin de la messe pour organiser les « repas partagés » afin de mieux nous connaître… Je suppose que cela aussi est très répandu. En bref, pendant le temps du jeûne, qui était autrefois du jeûne mais qui l’est toujours dans la liturgie traditionnelle, on doit penser à manger, et en ce temps de pénitence à inviter des gens autour d’un repas… La perte du sens commun est devenue hallucinante.

Lundi de la deuxième semaine de carême

Les lundis, mercredis et vendredis de carême, sauf aux quatre temps, on chante le trait entendu pour la première fois à la messe du mercredi des Cendres. C’est une pièce émouvante par son caractère très marqué d’imploration, qui s’accroît encore avec le verset Adjuva nos où tout le monde s’agenouille pour demander l’aide du Seigneur, que pour la gloire de son nom il nous délivre du mal et nous pardonne nos péchés. Voici ce trait, qui « semble avoir été introduit dans la liturgie par le pape Hadrien Ier, qui ordonna de le réciter à la demande de Charlemagne », selon le cardinal Schuster, mais qu’on ne trouve pas, dans sa forme actuelle, dans les manuscrits antérieurs au XIIe siècle.

Dómine, non secúndum peccáta nostra, quæ fécimus nos : neque secúndum iniquitátes nostras retríbuas nobis.
. Dómine, ne memíneris iniquitátum nostrarum antiquarum : cito antícipent nos misericórdiæ tuæ, quia páuperes facti sumus nimis.
. Adjuva nos, Deus, salutáris noster : et propter glóriam nóminis tui, Dómine, libera nos : et propítius esto peccátis nostris, propter nomen tuum.

Seigneur, ne nous traitez pas selon nos péchés, et ne nous punissez pas selon nos iniquités.
Seigneur, ne vous souvenez plus de nos anciennes iniquités ; que vos miséricordes viennent en hâte au-devant de nous, car nous sommes réduits à la dernière misère.
Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et pour la gloire de votre nom, Seigneur, délivrez-nous et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre nom.

Deuxième dimanche de carême

Les deux pôles de la liturgie de ce jour sont l’histoire de Jacob et la Transfiguration.

Aux matines, la lecture de la Genèse, après Adam (septuagésime), Noé (sexagésime), Abraham (quinquagésime), Abraham et Isaac (première semaine de carême), en arrive à Jacob. Les trois répons des matines romaines d’après 1960 lui sont consacrés. Avant 1960, les neuf répons évoquaient Jacob, et dans le bréviaire monastique ce sont les 12 répons. Les leçons racontent comment Jacob ravit par ruse le droit d’aînesse d’Esaü, et c’est une double prophétie christique. D’une part, Rebecca colle sur la peau du cou et des mains de Jacob des peaux de bouc pour faire croire au vieil Isaac aveugle que c’est son autre fils très poilu Esaü : les poils de bouc sont les péchés des hommes dont se revêt le Christ sans péché. Le fils cadet supplante le fils aîné, comme on le voit à plusieurs reprises dans la Bible : les peuples païens deviennent chrétiens quand le peuple élu refuse de reconnaître le Messie.

L’évangile est celui de la Transfiguration, d’où sont prises les antiennes du Benedictus et du Magnificat, et des quatre petites heures. Ce dimanche ne célèbre pas le mystère de la Transfiguration (c’est l’objet de la fête du 6 août), il montre Jésus en gloire dans la chronologie de la vie du Christ allant vers sa Passion à Jérusalem, et donc aussi dans la chronologie de notre montée vers Pâques. Jésus veut rassurer ses apôtres : sa mort sur la Croix sera suivie d’une glorieuse résurrection. De même il nous fait savoir que la pénitence du carême se terminera dans la joie de Pâques. (Voir ma note de l’an dernier.)

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• L’introït.

• Le graduel.

• Le trait.

• L’offertoire.

• La communion.

Samedi des quatre temps de carême

Intret orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine. Dómine, Deus salútis meæ : in die clamávi, et nocte coram te.
Glória Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto, sicut erat in princípio, et nunc, et semper, et in sǽcula sæculórum. Amen.
Intret orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine.

Que ma prière pénètre jusqu’à vous, Seigneur, prêtez l’oreille à ma supplication. Seigneur, Dieu de mon salut, devant vous j’ai crié le jour et la nuit.
Gloire au Père et au Fils, et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Que ma prière pénètre jusqu’à vous, Seigneur, prêtez l’oreille à ma supplication.

Le texte de l’introït de la messe de ce jour est le début du psaume 87, le corps de l’introït étant le deuxième verset et l’énoncé du psaume après le chant étant, comme il est normal, le premier verset. On remarque que le texte est légèrement différent de celui du psautier liturgique. C’est le texte des vieilles latines, dont le Psautier romain :

Intret in conspectu tuo oratio mea, inclina aurem tuam ad precem meam.

« in conspectu tuo » et « oratio mea » sont inversés, et il y a Domine à la fin, ce qui permet au compositeur de terminer sur une belle révérence à Dieu.

L’appel initial est un récitatif insistant sur la dominante do, avec de belles variations, supplication qui culmine au mi sur le mot « inclina » : incline ton oreille. A la fin de « precem » le saut initial de l’appel du début (sol-do) est repris, puis il est inversé sur Domine pour la révérence finale.

Menteur pathologique

Ursule annonce que la Commission européenne va « procéder à l’application provisoire du Mercosur », signé le 17 janvier : l’Uruguay et l’Argentine l’ont ratifié hier.

« Pour la France c’est une surprise, et une mauvaise surprise. Et pour le Parlement européen c’est une mauvaise manière », dit Macron.

C’est tout sauf une surprise. Cette application provisoire, dès qu’un pays d’Amérique latine le ratifierait, sans attendre l’avis de la Cour de Justice saisie par le Parlement européen, ni le vote du Parlement européen (qui compte pour du beurre), était dûment annoncée. Seule la date n’était pas connue parce qu’on ne savait pas quel serait le premier pays d’Amérique latine à le ratifier.

Mais comme Macron ment sur le sujet depuis le début, il n’y a pas de raison que ça s’arrête.

Il reprend même son couplet sur les prétendues règles « durement négociées » pour protéger l’agriculture française et européenne et il dit qu’il sera « intraitable sur le respect de ces règles »… qui font rire en Amérique latine, parce qu’elles ne figurent pas dans l’accord (qui n’a qu’une clause de sauvegarde très générale et bilatérale).