Saint Raymond de Penyafort

Grande Raymundi celebrate nomen,
Praesules, Reges, populique terra :
Cujus aeternae fuit universis
Cura salutis.

Prélats, Princes, peuples de la terre, célébrez le nom illustre de Raymond, de cet homme qui eut à cœur le salut éternel de tous.

Quidquid est alta pietate mirum
Exhibet purus, niveusque morum :
Omne virtutum rutilare cernis
Lumen in illo.

Ce qu’offre de plus admirable une piété profonde apparaît dans la pureté sans tache [niveus : de neige] de ses mœurs ; la lumière de toutes les vertus éclate en sa personne.

Sparsa Summorum monumenta Patrum
Colligit mira studiosus arte :
Quaeque sunt prisci sacra digna cedro
Dogmata juris.

D’une main habile et studieuse, il recueille les décrets épars des Souverains Pontifes, et les sentences du droit antique dignes d’être conservées [digna cedro : expression qui désignait des textes qui méritent d’être conservés, donc d’être écrits sur des parchemins frottés d’huile de cèdre qui les rend imputrescibles].

Doctus infidum solidare pontum,
Currit invectus stadio patenti:
Veste componens baculoque cymbam,
Aequora calcat.

Sous ses pas, les flots inconstants deviennent solides ; il parcourt, sans navire, un espace immense : son manteau et son bâton sont la barque sur laquelle il traverse la mer. [cymba : en grec c’est ce qui est creux : la coque d’un bateau ou un bol ; en latin c’est une barque, et chez les poètes c’est la barque de Charon qui fait traverser le Styx…]

Da, Deus, nobis sine labe mores,
Da vitae tutum sine clade cursum,
Da perennalis sine fine vitae
Tangere portum. Amen.

Donnez-nous, ô Dieu, la pureté des mœurs [des mœurs sans tache] ; donnez-nous de passer, sans désastre, le cours de notre vie; donnez-nous de toucher le port de la vie éternelle. Amen.

(Bréviaire dominicain, traduction dom Guéranger.)

Saint Vincent

Retable de saint Vincent, par Bernat Martorell, XVe siècle, Barcelone.

A quoi aboutissaient tant de tortures, sinon à nous rendre ce martyr plus illustre? En effet, malgré le nombre et la profondeur de ses horribles blessures, loin d’abandonner le combat, il y redoublait d’ardeur. On aurait dit que la flamme le durcissait au lieu de le brûler, semblable au vase d’argile qui perd toute sa mollesse dans la fournaise du potier, et qui y prend une ferme consistance. Généreux martyr, il pouvait dire à Dacien : Si ton feu ne consume pas mon corps, c’est que « ma force s’est durcie comme l’argile » ; c’est qu’il est dit avec vérité dans l’Ecriture : « La fournaise éprouve les vases du potier, et la tribulation éprouve les hommes justes. » Mais le feu qui épura et qui durcit Vincent, brûla et fit éclater Dacien. S’il ne brûlait pas, pourquoi tous ses cris?  Ses paroles de colère n’étaient-elles pas comme la fumée de ce tison enflammé ? Sans doute, il environnait de flammes le corps de ce martyr, dont le cœur était arrosé d’une onde rafraîchissante ; mais, comme si les torches de la fureur l’eussent mis en feu lui-même, il brûlait comme un four ardent et embrasait en même temps le diable qui habitait en lui. N’était-ce pas en effet cet hôte cruel qui se montrait dans les cris furibonds de Dacien, dans son regard terrible, dans son air menaçant, dans les mouvements de tout son corps ? Ces signes extérieurs n’étaient-ils pas comme les ouvertures que faisait en éclatant le vase rempli par le démon et à travers lesquelles on le voyait distinctement ? Ah ! le martyr souffrait moins sous le poids des tourments, que le bourreau sous le fouet de sa propre rage.

Cependant, mes frères, tout cela est passé, la fureur de Dacien comme les souffrances de Vincent ; avec cette différence, toutefois, que pour toujours Dacien est dans les supplices, tandis que Vincent est couronné pour toujours. De plus, indépendamment de cette différence dans le sort éternel qu’ils ont mérité l’un et l’autre, considérons combien est brillante, dans cette vie même, la gloire des martyrs. Partout où s’étend l’empire romain, partout où est connu le nom chrétien, quel est le pays, quelle est la province qui ne célèbre avec joie la naissance au ciel de Vincent ? Et s’il n’avait lu le martyre de Vincent, qui connaîtrait au contraire le nom même de Dacien ?

Si le Seigneur a pris tant de soin du corps même de son martyr, n’était-ce pas pour montrer que lui-même avait dirigé pendant sa vie cet homme qu’il n’abandonna point après sa mort ? Vincent donc a vaincu Dacien et avant et après son trépas. Avant son trépas il a foulé aux pieds les tortures, après sa mort il a traversé les mers ; mais il a eu pour diriger au milieu des flots ses membres inanimés la main qui l’a rendu invincible sous les ongles de fer. Le bourreau avec ses feux n’avait pu amollir son courage ; la mer ne put avec ses eaux submerger son corps. Que voir ici et dans les autres événements de même nature, sinon que « la mort de ses élus est précieuse devant le Seigneur ».

Saint Augustin, sermon 276, 3-4.

Sainte Agnès

Mosaïque de la basilique Saint-Apollinaire le Neuf, Ravenne, VIe siècle.

Les antiennes des matines :

Discéde a me, pábulum mortis, quia jam ab álio amatóre prævénta sum.

Éloignez-vous de moi, appât de mort, parce que déjà, j’ai été l’objet des prévenances d’un autre amant.

Déxteram meam et collum meum cinxit lapídibus pretiósis, trádidit áuribus meis inæstimábiles margarítas.

Il a entouré ma droite et mon cou de pierres précieuses ; il a fixé à mes oreilles des perles sans prix.

Pósuit signum in fáciem meam, ut nullum præter eum amatórem admíttam.

Il a mis un signe sur ma face, afin que je n’admette point d’autre amant que lui.

Induit me Dóminus, cýclade auro texta, et imménsis monílibus ornávit me.

Il m’a revêtue d’une robe tissée d’or, et m’a parée de bijoux magnifiques.

Mel et lac ex ejus ore suscépi, et sanguis ejus ornávit genas meas.

J’ai reçu de sa bouche le miel et le lait, et son sang a coloré mes joues.

Ipsi soli servo fidem, ipsi me tota devotióne commítto.

C’est à lui seul que je garde ma foi, à lui que je me livre en toute confiance.

Cujus pulchritúdinem sol et luna mirántur, ipsi soli servo fidem.

A celui dont le soleil et la lune admirent la beauté, à celui-là seul je garde ma foi.

Christus circúmdedit me vernántibus atque coruscántibus gemmis pretiósis.

Le Christ m’a entourée de pierres précieuses aux couleurs vives et brillantes.

Ipsi sum desponsáta, cui Angeli sérviunt, cujus pulchritúdinem sol et luna mirántur.

Je suis fiancée à celui-là même que servent les Anges et dont le soleil et la lune admirent la beauté.

Saints Fabien et Sébastien

Le pape saint Fabien et le soldat Sébastien, martyrs en 250 et en 303, sont les deux premiers noms du martyrologe de ce jour.

Le dernier est saint Euthyme :

In Palæstína natális sancti Euthýmii Abbátis, qui zelo cathólicæ discíplinæ et virtúte miraculórum, témpore Marciáni Imperatóris, in Ecclésia flóruit.

En Palestine, l’anniversaire de saint Euthyme abbé ; célèbre par son zèle pour la discipline catholique et par l’éclat de ses miracles, il fut, au temps de l’empereur Marcien, une des gloires de l’église.

Saint Euthyme est le premier cité dans le calendrier byzantin. De même que saint Antoine fut à l’origine du mouvement monastique en Egypte, il le fut en Palestine. C’est du reste lors de la vigile de la fête de saint Antoine, donc le soir du 16 janvier, qu’il réunit ses disciples pour leur donner ses dernières instructions, et leur annoncer sa mort, trois jours plus tard. Il avait 95 ans. Le zèle dont parle la notice latine est celui qu’il eut pour maintenir la foi de Chalcédoine alors que le siège de Jérusalem était occupé par un monophysite. On connaît l’anecdote de l’impératrice Eudoxie, monophysite, voulant redevenir catholique et envoyant des émisssaires à saint Syméon le Stylite, qui lui fit répondre : « Pourquoi chercher au loin à puiser l’eau, alors que tu as près de toi la source. Tu as l’homme-de-Dieu Euthyme, suis ses enseignements et tu seras sauvée ! » Et elle s’installa près de la laure d’Euthyme.

Tropaire :

Réjouis-toi, stérile désert, rayonne d’allégresse, toi qui n’as pas connu les douleurs, car l’homme des désirs spirituels a multiplié tes enfants, les faisant croître dans la foi, les nourrissant de tempérance pour la perfection des vertus. Christ Dieu, par ses prières pacifie notre vie.

Fresque du protaton de Karyès, Athos, XIIIe siècle.

2e dimanche après l’Epiphanie

L’antienne de communion résume l’évangile des Noces de Cana, et la réaction du maître d’hôtel est plutôt pittoresque, avec une rare expressivité dans le plain chant : son étonnement, tout en haut du mode, comme en voix de fausset, montre son irritation de ne pas comprendre ce qui vient de se passer.

La voici par les moniales d’Ozon, en 1960 (elles sont aujourd’hui au Pesquié, en Ariège, avec la néo-liturgie badigeonnée de grégorien).

Dicit Dóminus : Implete hýdrias aqua et ferte architriclíno. Cum gustásset architriclínus aquam vinum factam, dicit sponso : Servásti bonum vinum usque adhuc. Hoc signum fecit Jesus primum coram discípulis suis.

Le Seigneur dit : Remplissez d’eau ces urnes et portez-en au maître du festin. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin, il dit à l’époux : tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. Tel fut le premier miracle que fit Jésus devant ses disciples.