Antienne du Magnificat des deuxièmes vêpres (avec le Magnificat), par les moines de Ligugé :
Magnum hereditátis mystérium: templum Dei factus est úterus nesciéntis virum : non est pollútus ex ea carnem assúmens; omnes gentes vénient dicéntes: Glória tibi, Dómine.
Ô ineffable mystère de notre héritage ! Le sein d’une vierge est devenu le temple de Dieu ; Il ne s’est point souillé en s’incarnant en elle ; toutes les nations viendront et diront : Gloire à Vous, Seigneur.
L’hymne des laudes de Noël et de l’octave. (Ce sont les premières strophes du poème de Sedulius en 23 quatrains. On trouve plusieurs des suivants à l’Epiphanie.)
A solis ortus cárdine ad usque terræ límitem Christum canámus príncipem, natum María Vírgine.
Du point où le soleil se lève jusqu’aux limites de la terre, chantons le Christ notre prince, né de la Vierge Marie.
Beátus auctor sǽculi servíle corpus índuit, ut carne carnem líberans, ne pérderet quod cóndidit.
Le bienheureux créateur du monde revêt un corps d’esclave ; par sa chair il libère toute chair afin de ne pas perdre sa créature.
Clausæ paréntis víscera cæléstis intrat grátia ; venter puéllæ bájulat secréta quæ non nóverat.
La grâce du ciel pénètre le sein maternel scellé ; le ventre d’une vierge porte des mystères qu’elle ne connaissait pas.
Domus pudíci péctoris templum repénte fit Dei : Intácta nésciens virum verbo concépit Fílium.
La demeure de son cœur très pur devient soudain le temple de Dieu ; sans le contact d’aucun homme, d’une parole elle conçoit son Fils.
Eníxa est puérpera quem Gábriel prædíxerat, quem matris alvo géstiens clausus Joánnes sénserat.
La Mère met au monde celui que Gabriel avait annoncé, et que, par ses bonds dans le sein maternel, Jean reconnaissait de son enclos.
Fæno jacére pértulit, præsépe non abhórruit, parvóque lacte pastus est per quem nec ales ésurit.
Il a supporté de coucher sur la paille, il n’a pas refusé la crèche ; il s’est nourri d’un humble lait, lui qui rassasie même les oiseaux.
Gaudet chorus cæléstium et ángeli canunt Deum, palámque fit pastóribus pastor, creátor ómnium.
Les chœurs d’en-haut se réjouissent et les anges chantent Dieu ; le pasteur, créateur de tout, se montre à des pasteurs.
Jesu, tibi sit glória, qui natus es de Vírgine, cum Patre et almo Spíritu, in sempitérna sǽcula. Amen.
Toute gloire à toi, ô Jésus, à toi qui es né de la Vierge ; au Père, à l’Esprit, même gloire, à travers les siècles sans fin ! Amen.
Mes bien-aimés, la divine naissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, fruit d’une Vierge Mère, doit être tous les jours et en tout temps, l’objet de la méditation des fidèles, afin que leur âme, élevée à reconnaître leur Auteur, s’occupe de ce mystère, soit avec le gémissement de la supplication, soit avec l’exultation de la louange, soit durant l’oblation du sacrifice, et que son regard spirituel ne considère rien avec une foi-plus vive que ce fait d’un Dieu, Fils de Dieu, engendré d’un Père auquel il est coéternel, et néanmoins enfanté en une nature humaine. Mais cette nativité, digne des adorations du ciel et de la terre, aucun jour ne nous la rappelle plus que celui-ci, et cette nouvelle lumière, qui brille même dans les éléments et se manifeste à nos sens, fait pénétrer en nous le rayonnement de ce mystère admirable. Car ce n’est pas seulement en notre mémoire, c’est en quelque sorte devant nous que se passe encore l’étonnant entretien de l’Ange Gabriel avec Marie, et cette conception où tout est également admirable, la promesse qui l’annonce et la foi qui répond à la promesse.
C’est aujourd’hui que le Créateur du monde naît d’une Vierge ; le Créateur de l’Univers est devenu le fils de celle à qui il a donné l’être. C’est aujourd’hui que le Verbe de Dieu a paru sur la terre, revêtu de la chair humaine ; ce que les yeux n’avaient jamais vu est devenu visible et même palpable. Aujourd’hui les pasteurs ont appris de la voix des Anges, que le Sauveur est né, ayant une chair et une âme semblables aux nôtres ; aujourd’hui est proposée aux prélats qui ont la conduite des troupeaux du Seigneur, une manière d’annoncer la bonne nouvelle : c’est que nous disions, nous aussi, avec l’armée de la milice céleste : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
La grandeur et l’éclat du bienfait accordé exige de nous de dignes hommages. Ainsi que nous l’enseigne l’Apôtre, nous n’avons point reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits. Nous ne pouvons l’honorer mieux qu’en lui offrant ce que lui-même a eu la bonté de nous donner. Que pouvons-nous puiser dans les trésors de la libéralité de Dieu, qui convienne mieux à honorer la solennité présente, que la paix annoncée d’abord en la Nativité du Seigneur par un concert angélique ? C’est elle qui fait les enfants de Dieu, qui nourrit la charité, qui conserve l’unité ; elle est le repos des bienheureux et le séjour de l’éternité : son effet propre et spécial est d’unir à Dieu ceux qu’elle a séparés du monde.
Saint Léon le Grand, 6e sermon sur la Nativité, leçons des matines avant 1960 dans le bréviaire romain.
La grandeur des œuvres divines est, mes très chers frères, bien au-dessus des ressources de l’éloquence humaine, et la difficulté de s’exprimer vient ici de la raison même qui nous défend de garder le silence ; car ces paroles du Prophète : « Qui racontera sa génération ? » se doivent entendre non seulement de la divine essence de Jésus-Christ, mais aussi de la nature humaine qui est en lui. Si la foi ne croit que ces deux natures sont unies dans une seule personne, la parole ne peut l’expliquer. Aussi ce sujet de louanges est-il intarissable, parce que le talent de celui qui loue reste toujours insuffisant.
Réjouissons-nous de l’impuissance où nous sommes de parler dignement de ce grand mystère de miséricorde ; et, si nous ne pouvons bien pénétrer la profondeur des mystères de notre rédemption, estimons-nous heureux d’être vaincus par l’immensité d’un tel bienfait. Personne, en effet, n’approche plus de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, lors même qu’on avance beaucoup, il reste toujours beaucoup à chercher. Car celui qui a la présomption de croire être parvenu où il tendait, n’a pas trouvé ce qu’il cherchait : il n’a fait que s’arrêter dans ses recherches.
Cependant, ne nous laissons pas troubler à la pensée des limites étroites dans lesquelles nous resserre notre faiblesse. Les paroles de l’Évangile et des Prophètes viennent à notre secours : éclairés par leur lumière, nous apprenons à considérer la Nativité du Seigneur, ce mystère du Verbe fait chair, moins comme le souvenir d’un événement passé, que comme un fait qui se passe sous nos yeux. En effet, ce que l’Ange vint annoncer aux pasteurs qui veillaient à la garde de leurs troupeaux, nous l’avons entendu nous-mêmes. Nous sommes en ce moment à la tête des ouailles du Seigneur, parce que nous conservons au fond de notre cœur les paroles qui ont été dites de la part de Dieu ; c’est comme si l’on nous disait encore, en la solennité d’aujourd’hui : « Je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ et le Seigneur. »
Saint Léon le Grand, 9e sermon sur la Nativité, leçons des matines (avant 1906 et entre 1955 et 1960, et dans le bréviaire monastique).
Nous célébrons aujourd’hui, mes très chers frères, la fête de ces enfants que l’Évangile nous dit avoir été tués par l’ordre du cruel roi Hérode. Que la terre se livre donc aux transports de la joie, elle qui est la mère féconde de ces célestes soldats et qui enfante de tels prodiges. Certes, ce tyran impie n’aurait jamais pu être aussi utile à ces bienheureux enfants par son affection, qu’il leur a été utile par sa haine. Car, comme le manifeste la sainte solennité de ce jour, autant l’iniquité a abondé contre ces bienheureux enfants, autant se sont répandues sur eux les grâces et les bénédictions célestes.
Tu es heureuse, ô Bethléem, terre de Juda, toi qui as subi la cruauté du roi Hérode dans le meurtre de tes fils, car tu as en même temps mérité d’offrir à Dieu une blanche multitude de paisibles enfants. C’est avec raison que nous célébrons la fête de ces Martyrs. Le monde, en les faisant naître à la vie éternelle, les a rendus plus heureux que n’avaient fait leurs mères en les enfantant pour la terre, puisqu’ils ont été trouvés dignes d’une vie sans fin presque avant d’avoir pu faire usage de la vie présente.
Les autres Martyrs ont eu une mort précieuse : leur gloire est dans la confession du nom de Jésus-Christ ; mais la gloire de ceux-ci est dans la consommation même de leur vie. Car, dès les prémices de leur jeune existence, la mort qui a mis fin à leur vie présente, leur a valu d’entrer aussitôt en possession de la gloire. Ceux que l’impiété d’Hérode a arrachés du sein de leurs mères les allaitant encore, sont appelés à juste titre les fleurs des Martyrs : fleurs écloses au milieu du froid de l’infidélité, premiers tendres bourgeons de l’Église, que le frimas de la persécution est venu dessécher.
Mártyrum flores, quos in médio frígore infidelitátis exórtos, velut primas erumpéntes Ecclésiæ gemmas, quædam persecutiónis.