Lundi de Pentecôte

Le doxastikon des laudes, par le protopsalte de l’église Saint-Marc Eugenikos (ben oui, c’est Marc d’Ephèse) à Athènes, Christos Sarantis, avec le lampadarios de la même église, Evangelos Papachristou. Version de Jacques le Protopsalte, premier chantre de Constantinople à la fin du XVIIIe siècle.

Γλῶσσαι ποτὲ συνεχύθησαν, διὰ τὴν τόλμαν τῆς πυργοποιΐας, γλῶσσαι δὲ νῦν ἐσοφίσθησαν, διὰ τὴν δόξαν τῆς θεογνωσίας. Ἐκεῖ κατεδίκασε Θεὸς τοὺς ἀσεβεῖς τῷ πταίσματι, ἐνταῦθα ἐφώτισε Χριστός τους ἁλιεῖς τῷ Πνεύματι. Τότε κατειργάσθη ἡ ἀφωνία, πρὸς τιμωρίαν ἄρτι καινουργεῖται ἡ συμφωνία, πρὸς σωτηρίαν τῶν ψυχῶν ἡμῶν.

Les langues, jadis confondues * à cause de l’audace des bâtisseurs, * maintenant sont remplies de sagesse par la glorieuse connaissance de Dieu ; * jadis le Seigneur condamna * pour leur péché les impies, * maintenant le Christ illumine par l’Esprit les pécheurs ; * jadis en châtiment fut opérée * entre les langues la division : * entre elles maintenant se renouvelle l’harmonie * pour le salut de nos âmes.

Pentecôte

Ce qui suit est la séquence (longtemps attribuée à Robert le Pieux, mais qui est de Notker), qui figurait dans les missels romains-français avant d’être supplantée par Veni sancte Spiritus (sans doute d’Etienne Langton, ou d’Innocent III), qui fut choisie pour le missel de saint Pie V.

Interprété de façon de plus en plus flamboyante par un chœur de « Sorores » sous la direction d’Anastasia EJ Kim (semble-t-il des Coréennes).

Sancti Spiritus
adsit nobis gratia, Alleluia.

Que la grâce du Saint-Esprit nous assiste, alléluia.

Quæ corda nostra
sibi faciat
habitaculum

Quelle fasse de nos cœurs sa demeure

Expulsis inde
cunctis vitiis
spiritalibus

Après en avoir expulsé tous les vices de l’esprit

Spiritus alme
illustrator hominum
Horridas
nostræ mentis
purga tenebras

Esprit bienfaisant qui éclaires les hommes, dissipe les affreuses ténèbres de notre âme

Amator
sancte sensatorum
semper cogitatuum
Infunde
unctionem tuam
clemens nostris sensibus

Saint Ami des pensées toujours sages, répands avec clémence ton onction sur nos âmes

Tu purificator
omnium flagitiorum
Spiritus

O Esprit purificateur de toute turpitude

Purifica nostri
oculum interioris
hominis

Purifie en nous l’œil de l’homme intérieur

Ut videri
supremus Genitor
possit a nobis

Afin que nous puissions contempler le suprême Géniteur

Mundi cordis
quem soli cernere
possunt oculi

Que seuls peuvent voir les yeux d’un cœur pur

Prophetas tu inspirasti
ut præconia Christi
præcinuissent inclyta

Tu as inspiré les Prophètes pour qu’ils prédisent les actions éclatantes du Christ

Apostolos confortasti
uti trophæum Christi
per totum mundum veherent

Tu as fortifié les Apôtres pour qu’ils portent le trophée du Christ dans le monde entier

Quando machinam
per Verbum suum
fecit Deus
cæli, terrae, marium

Quand par son Verbe Dieu fit la machine du ciel, de la terre, des mers

Tu super aquas
foturus eas
numen tuum
expandisti Spiritus

C’est Toi qui as répandu ta divinité sur les eaux pour les féconder, ô Esprit

Tu animabus
vivificandis
aquas fecundas

C’est Toi qui, pour vivifier les âmes, rendis les eaux fécondes

Tu aspirando
das spiritales
esse homines

C’est Toi qui par ton souffle fis des hommes des êtres spirituels

Tu divisum
per linguas
mundum et ritus
adunasti, Domine

C’est Toi, Seigneur qui as réuni le monde divisé par les langues et les religions

Idolatras
ad cultum
Dei revocas
magistrorum optime

O le meilleur des maîtres, Tu ramènes les idolâtres au culte de Dieu

Ergo nos
supplicantes tibi
exaudi propitius,
Sancte Spiritus

Aussi sois-nous propice et exauce nos supplications, ô Saint Esprit

Sine quo
preces omnes cassæ
creduntur et indignæ
Dei auribus

Sans qui toutes les prières sont tenues pour vaines et indignes des oreilles de Dieu

Tu, qui omnium
sæculorum sanctos
tui numinis
docuisti instinctu
amplectendo Spiritus

Toi qui par ton divin embrassement a enseigné les saints de tous les siècles, ô Esprit

Ipse, hodie
apostolos Christi
donans munere
insolito et cunctis
inaudito sæculis

En faisant aujourd’hui de toi-même aux Apôtres du Christ un présent insolite et inconnu de tous les siècles

Hunc diem gloriosum
fecisti. Amen.

La Pentecôte sans évangile ?

On en apprend tous les jours sur les délires de la « réforme liturgique ». Matthew Hazell, le spécialiste en la matière sur le blog New Liturgical Movement, signale sur X que dans le schéma 286, du 6 avril 1968, il était question de supprimer tout évangile de la messe de la Pentecôte. Chacun sait que dans toutes les liturgies eucharistiques chrétiennes sans exception il y a le chant de l’évangile, des « rénovateurs » expliquaient : « De nombreux pasteurs ont demandé que, par exception à la règle générale, la dernière lecture de la messe de ce jour, le point culminant de la liturgie de la parole devrait être la narration pertinente des Actes des apôtres. (…) Il est vrai que cette demande implique une innovation dans la tradition liturgique, mais, dans une perspective pastorale, la question paraît digne d’une grande considération. »

Ce délire ne fut pas immédiatement jeté à la poubelle, on le soumit à discussion et à vote…

Gregory DiPippo, qui reprend cette information sur le blog New Liturgical Movement, commente notamment :

On voit qu’intervient le mot magique « pastoral », qui donne carte blanche pour tout et n’importe quoi dans la liturgie, aussi bizarre que ce puisse être. Et qu’est-ce qui rend une telle idée « pastorale » ? C’est l’hypothèse (omniprésente dans la réforme) que les fidèles sont des imbéciles et que, dans leur stupidité incurable, ils seront désespérément désorientés et passeront complètement à côté du sens de la fête si l’événement principal de la journée liturgique n’est pas présenté comme « le point culminant de la liturgie de la Parole ».

La suppression de l’évangile de la messe de la Pentecôte n’est pas passée, mais ils ont bel et bien supprimé l’octave, et, dit Gregory DiPippo : « En quoi sommes-nous mieux lotis en ayant réduit la célébration d’un si grand mystère à une seule journée ? »

Vigile de la Pentecôte

L’Esprit enseigne tout,
brillant dans l’indicible lumière,
et il te montrera
toutes les réalités intelligibles,
autant que tu peux les voir,
autant qu’accessibles à l’homme,
à la mesure de la pureté
de ton âme,
et tu deviendras semblable à Dieu
en imitant exactement ses œuvres,
en fait de tempérance, de courage
et d’amour pour les hommes,
ainsi qu’en supportant les épreuves
et en aimant tes ennemis.

Voilà qui fera de toi, mon enfant,
imitateur du Maître,
et manifestera en toi
la véritable image de ton Créateur,
icône en toutes choses
de la perfection même de Dieu.
Alors le Créateur
enverra l’Esprit divin,
qui soufflera, qui habitera,
qui fixera son séjour
substantiellement en toi,
qui t’illuminera, te fera briller
et te recréera tout entier,
qui, de corruptible,
te rendra incorruptible,
et remettra à neuf
la maison décrépite,
celle de ton âme ; et avec elle,
il rendra incorruptible,
entièrement incorruptible,
ton corps tout entier,
et il te fera dieu par grâce,
semblable à ton Modèle :
ô merveille !

Devenant comme une piscine
divine et toute lumineuse,
il embrasse tous ceux
qui en sont dignes
et qu’il trouve en dedans.
Il remodèle entièrement
tous ceux qu’il reçoit
en dedans de lui-même,
il les remet à neuf,
il les rénove de façon extraordinaire.

Étant immortel,
il confère l’immortalité ;
étant lumière sans couchant,
il transforme en lumière
tous ceux en qui
il établit sa demeure ;
étant vie,
il procure à tous la vie ;
étant consubstantiel au Christ,
identique en nature et en gloire,
ne faisant qu’un avec lui,
il les rend absolument
semblables au Christ.

Hâtons-nous donc
de recevoir l’Esprit
qui vient de Dieu, l’Esprit divin,
afin de devenir héritiers
du Royaume céleste
pour les siècles.
Courons donc avec ardeur,
courons tous,
afin d’être jugés dignes
de nous trouver au-dedans
du Royaume des cieux
et de régner avec le Christ,
le Maître de tout,
à qui revient toute gloire,
avec le Père et l’Esprit,
pour les siècles des siècles. Amen.

Syméon le Nouveau Théologien, hymne 44.

Saint Norbert

L’ordre des chanoines réguliers de Prémontré, ou norbertins, a été fondé par saint Norbert au début du XIIe siècle dans le diocèse de Laon. Il y avait un rite prémontré avant la destruction liturgique du XXe siècle, et un plain chant spécifique. L’un et l’autre étant en fait au départ des variantes locales du rite romain. Je suppose que l’antienne Tota pluchra es ci-dessous est un exemple du chant prémontré, puisqu’elle est un peu différente de l’édition de Solesmes et qu’elle est interprétée par les Prémontrés de l’abbaye Saint-Michel de Silverado en Californie.

Tota pulchra es, amica mea,
et macula non est in te.
Favus distillans labia tua,
mel et lac sub lingua tua,
odor unguentorum tuorum super omnia aromata.
Jam enim hiems transiit,
imber abiit et recessit,
flores apparuerunt vineae.

Tu es toute belle, mon aimée,
et il n’est point de tache en toi.
Rayon de miel perlant que tes lèvres,
miel et lait sont sous ta langue,
l’effluve de tes parfums surpasse tous les aromates ;
car désormais l’hiver est passé,
la pluie a cessé et s’en est allée ;
les fleurs de la vigne ont apparu.

(Cantique des cantiques, extraits des chapitres 4 et 2.)