Jeudi de Pentecôte

Les apostiches des laudes dans la liturgie byzantine.

La descente de l’Esprit, rendue visible par les langues de feu, illumina les apôtres et en fit des orateurs pour annoncer à tous la véritable et consubstantielle union de la Trinité : ce que voyant, les peuples de l’univers furent saisis d’étonnement devant les apôtres jadis illettrés annonçant clairement d’ineffables mystères.

Crée en moi un cœur pur, ô Dieu, et renouvelle en ma poitrine un esprit droit.

Assis dans la chambre haute, les apôtres recevaient la force de l’Esprit Saint venue comme un souffle violent et sous forme de langues de feu et ils présentèrent en diverses langues leur clair enseignement, confirmant la parole de vérité : Le Christ, qui a souffert librement, est lui-même le vrai Dieu.

Ne me rejette pas loin de ta face, ne retire pas de moi ton Esprit Saint.

Comme tu envoyas, Seigneur, sur tes apôtres en ce jour la grâce divine du Saint-Esprit, accorde-nous aussi maintenant que la lumière de sa venue brille sans cesse en nos cœurs, afin que tous ensemble nous chantions d’une incessante voix l’indivisible Trinité.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Par les prophètes, Sauveur, tu nous annonças la voie du salut, en tes apôtres a brillé la grâce de ton Esprit, car avant les siècles tu es Dieu et le demeures après eux : pour les siècles tu es notre Dieu.

Ἐν τοῖς Προφήταις ἀνήγγειλας ἡμῖν ὁδόν σωτηρίας, καί, ἐν Ἀποστόλοις ἔλαμψε Σωτὴρ ἡμῶν, ἡ χάρις τοῦ Πνεύματός σου, σὺ εἶ Θεὸς πρῶτος, σὺ καὶ μετὰ ταῦτα, καὶ εἰς τοὺς αἰῶνας σὺ εἶ ὁ Θεὸς ἡμῶν.

Ce doxastikon par le chœur de l’association des chantres d’Argolide.

Axion estin

Le 11 juin 982, un jeune moine de l’Athos chantait l’office dans sa cellule devant l’icône de la Mère de Dieu de miséricorde. On frappe à la porte. Un moine inconnu lui demande s’il peut prier avec lui. A la fin de l’office, comme le jeune moine entonne l’hymne à la Vierge « Toi plus vénérable que les chérubins… », l’étranger lui dit qu’il doit commencer par « Il est digne, en vérité, de te célébrer » : Axion estin… Et il se met à chanter. Le jeune moine est subjugué par la beauté de ce chant et demande au visiteur de lui écrire le texte. Mais il n’y ni papier ni crayon dans la cellule. Le visiteur prend une pierre et grave le texte avec son doigt. Puis il disparaît, après avoir dit, ou fait comprendre, qu’il est l’archange Gabriel. La pierre fut transférée à Sainte-Sophie de Constantinople. L’icône fut installée à la place d’honneur dans l’église de Karyès, la capitale de l’Athos, où elle se trouve toujours. Elle est désormais appelée Axion estin. Le 11 juin (le 24 dans le calendrier julien) est devenu la fête de l’icône Axion estin (Dostoïno iest en slavon). Et l’hymne complète est devenue celle que l’on chante à la divine liturgie après la consécration.

Ἄξιόν ἐστιν ὡς ἀληθῶς μακαρίζειν σε τὴν Θεοτόκον, τὴν ἀειμακάριστον καὶ παναμώμητον καὶ μητέρα τοῦ Θεοῦ ἡμῶν. Τὴν τιμιωτέραν τῶν Χερουβεὶμ καὶ ἐνδοξοτέραν ἀσυγκρίτως τῶν Σεραφείμ, τὴν ἀδιαφθόρως Θεὸν Λόγον τεκοῦσαν, τὴν ὄντως Θεοτόκον, σὲ μεγαλύνομεν.

Il est digne, en vérité, de te célébrer, ô Mère de Dieu toujours bienheureuse et tout immaculée, et mère de notre Dieu. Toi, plus vénérable que les Chérubins, et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins, qui sans corruption enfantas Dieu le Verbe, toi, véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions.

Mercredi des quatre temps de Pentecôte

Deus, dum egrederéris coram pópulo tuo, iter fáciens eis, hábitans in illis, allelúia : terra mota est, cæli distillavérunt, allelúia, allelúia.

O Dieu, quand vous marchiez devant votre peuple, leur traçant la route, habitant avec eux, la terre fut ébranlée et les cieux distillèrent, alléluia, alléluia.

Les quatre temps d’été sont une action de grâce pour la moisson, qui est censée être terminée (autour de la Méditerranée). La moisson donne le grain qui donne le pain. Dans la liturgie, et pour la vie spirituelle, le vrai pain est le pain du ciel, le pain eucharistique.

Il y est fait allusion dès l’introït de la messe de ce jour, chanté ci-dessus à l’église Saint-Eugène de Paris le mercredi des quatre temps de Pentecôte de l’an dernier.

Le texte vient du psaume 67. Mais, alors que toutes les versions évoquent explicitement la traversée du désert, l’expression est remplacée ici par « leur traçant la route, habitant avec eux », pour insister sur la présence particulière de Dieu après la Pentecôte, Dieu avec nous…

Comme dans le psaume, « distillaverunt » reste sans complément. Les cieux « dégouttèrent », firent tomber goutte à goutte. Mais quoi ? Eh bien la manne. Le pain qui descendait du ciel comme des gouttes de rosée qui givraient : « Et la surface de la terre en étant couverte, on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à de la gelée blanche sur la terre. Ce que les enfants d’Israël ayant vu, ils se dirent l’un à l’autre : Manhu, c’est-à-dire : Qu’est-ce que cela ? Car ils ne savaient ce que c’était. Moïse leur dit : C’est là le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Dans l’évangile de ce jour Jésus fait explicitement référence à la manne pour dire qu’il est le vrai pain de vie : « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. »

C’est pourquoi les antiennes du Benedictus (aux laudes) et du Magnificat (aux vêpres) orientent également la prière dans ce sens :

Ego sum panis vivus, dicit Dóminus, qui de cælo descéndi, allelúia, allelúia.

Moi je suis le pain vivant, dit le Seigneur, qui suis descendu du ciel, alléluia, alléluia.

Ego sum panis vivus, qui de cælo descéndi : si quis manducáverit ex hoc pane, vivet in ætérnum : et panis, quem ego dabo, caro mea est pro mundi vita, allelúia.

Je suis le pain vivant, moi qui suis descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement : et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde, alléluia.

Mardi de Pentecôte

Aujourd’hui, la terre est devenue ciel pour nous, non par la descente des étoiles sur la terre, mais par l’ascension des Apôtres. Car la grâce abondante du Saint-Esprit a été répandue, et le monde entier a été fait ciel, sans que la nature soit changée, mais en corrigeant la volonté.

Car il a trouvé un publicain et en a fait un évangéliste ; il a trouvé un persécuteur et en a fait un apôtre ; il a trouvé un voleur et l’a introduit dans le paradis ; il a trouvé une prostituée et l’a assimilée aux vierges ; il a trouvé des magiciens et les a révélés comme évangélistes ; il a fait fuir la malice et a introduit la bonté ; il a aboli l’esclavage et a introduit la liberté ; il a acquitté les dettes et a introduit la grâce de Dieu. C’est pourquoi la terre est devenue ciel, et je dis cela souvent, et je ne cesserai pas de le répéter.

Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent violent qui arrive, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et des langues comme de feu, séparées, leur apparurent : non pas de feu, mais comme du feu.

Si c’était du feu, comment n’ont-ils pas été brûlé ? demande le Juif. Et moi je demanderai au Juif : Si c’était du feu, comment se fait-il qu’il n’ait pas brûlé le buisson, ce bois fragile ? Qu’y a-t-il de plus violent que le feu ? Qu’y a-t-il de plus vil qu’un buisson ? Or ni le bois n’était brûlé, ni le feu ne s’éteignait.

Et comment se fait-il que les corps des trois garçons n’aient pas été consumés par le feu, mais que la fournaise se soit changée en rosée, et que les braises aient été prises pour des roses ? Il y eut une lutte entre le feu et le corps, et pourtant les corps furent victorieux ; ce qui était plus liquéfiable que la cire fut rendu plus ferme que le fer.

Interprétez-moi les choses anciennes, car elles nous ont précédés, afin que vous croyiez à la vérité. Car le Saint-Esprit est apparu dans le feu, à cause de la promptitude de l’esprit. Et non seulement pour cela, mais comme le feu brûle les épines, ainsi l’Esprit détruit les péchés. Daniel fut jeté dans la fosse aux lions, et la puissance divine réprima leur immense rage.

Leçon du deuxième nocturne des matines, dans le bréviaire monastique avant 1955. Indiquée comme « sermon de saint Jean Chrysostome », mais déjà exclu des œuvres de saint Jean Chrysostome et mis en appendice dans la patrologie de Migne. Il s’agit d’un des nombreux sermons dits aujourd’hui du « pseudo-Chrysostome ». Il est en tout cas très inspiré de la liturgie byzantine.

Lundi de Pentecôte

Le doxastikon des laudes, par le protopsalte de l’église Saint-Marc Eugenikos (ben oui, c’est Marc d’Ephèse) à Athènes, Christos Sarantis, avec le lampadarios de la même église, Evangelos Papachristou. Version de Jacques le Protopsalte, premier chantre de Constantinople à la fin du XVIIIe siècle.

Γλῶσσαι ποτὲ συνεχύθησαν, διὰ τὴν τόλμαν τῆς πυργοποιΐας, γλῶσσαι δὲ νῦν ἐσοφίσθησαν, διὰ τὴν δόξαν τῆς θεογνωσίας. Ἐκεῖ κατεδίκασε Θεὸς τοὺς ἀσεβεῖς τῷ πταίσματι, ἐνταῦθα ἐφώτισε Χριστός τους ἁλιεῖς τῷ Πνεύματι. Τότε κατειργάσθη ἡ ἀφωνία, πρὸς τιμωρίαν ἄρτι καινουργεῖται ἡ συμφωνία, πρὸς σωτηρίαν τῶν ψυχῶν ἡμῶν.

Les langues, jadis confondues * à cause de l’audace des bâtisseurs, * maintenant sont remplies de sagesse par la glorieuse connaissance de Dieu ; * jadis le Seigneur condamna * pour leur péché les impies, * maintenant le Christ illumine par l’Esprit les pécheurs ; * jadis en châtiment fut opérée * entre les langues la division : * entre elles maintenant se renouvelle l’harmonie * pour le salut de nos âmes.