
Le cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht aux Pays-Bas depuis 2007, a célébré hier une messe traditionnelle dans la « Grote Kerk » (grande église) d’Oss (Brabant-Septentrional).
Des images ici.

Le cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht aux Pays-Bas depuis 2007, a célébré hier une messe traditionnelle dans la « Grote Kerk » (grande église) d’Oss (Brabant-Septentrional).
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L’évangile de la messe de ce jour est l’épisode où Jésus chasse les marchands du temple selon saint Jean, qui commence par l’indication : « La Pâque des Juifs était proche » et se poursuit par l’annonce de sa mort et de sa résurrection.
L’épître est le passage du livre des Rois qu’on appelait naguère, avant la destruction de la liturgie latine, « le jugement de Salomon ». Une expression qui n’est plus dans le langage courant, lis-je sur internet. En effet, puisque cette péricope a disparu du lectionnaire, les générations futures ne sauront plus ce qu’elle veut dire, comme plusieurs autres (par exemple les ouvriers de la 11e heure).
Ce texte « n’est pas pertinent pour la catéchèse du carême », décrétait un « schéma » de la révolution conciliaire dès 1966. On confondait liturgie et catéchèse, et cette erreur était posée comme un principe évident. Mais finalement ce texte ne sera pertinent pour aucune autre saison liturgique…
La raison n’en a pas été donnée. Sans doute est-ce l’exquise délicatesse de « l’homme d’aujourd’hui »™ : la sensiblerie moderne, qui se repaît d’horreurs par ailleurs, serait trop choquée par cet effroyable roi qui demande de couper un bébé en deux…
Or c’est évidemment absurde. Si Salomon donne cet ordre, c’est parce qu’il sait que la vraie mère fera tout pour que son fils reste en vie et donc acceptera qu’il soit donné à l’usurpatrice. Et il sait que c’est ainsi que la vérité éclatera.
Alors tout Israël vit que « la sagesse de Dieu était en lui pour rendre la justice ».
Israël, aujourd’hui c’est l’Eglise. C’était l’Eglise avant 1970, puisque désormais elle ne connaît plus ce texte qui n’est « pas pertinent ». Elle a changé de « sagesse »…

Dieu a doué de haute Sapience
Salomon Roy : puis vn loz éternel
Il en acquiert, jugeans par grand’prudence
Tous cas douteux, civil & criminel.
Aujourd’hui commence aux matines la lecture de l’Exode. Le récit des événements qui conduisent à la première Pâque, puis au Passage de la mer Rouge, souligne que s’approche notre fête de Pâques, et la liturgie s’en réjouit (Laetare Jerusalem !, chante l’introït, et Laetatus sum, insiste le graduel).
Toutefois, l’Exode est centré sur la grande figure de Moïse, et Moïse est celui qui jeûne pendant 40 jours et 40 nuits pour être apte à recevoir la révélation divine sur le Sinaï.
Un répons des matines le rappelle :
℟. Móyses fámulus Dei jejunávit quadragínta diébus et quadragínta nóctibus : * Ut legem Dómini mererétur accípere.
℣. Ascéndens Móyses in montem Sínai ad Dóminum, fuit ibi quadragínta diébus et quadragínta nóctibus.
℟. Ut legem Dómini mererétur accípere.℟. Moïse, serviteur de Dieu, jeûna pendant quarante jours et quarante nuits : * Afin qu’il méritât de recevoir la loi du Seigneur.
℣. Moïse monta sur la montagne de Sinaï, auprès du Seigneur ; et il fut là quarante jours et quarante nuits.
℟. Afin qu’il méritât de recevoir la loi du Seigneur.
Les leçons du deuxième nocturne, jusqu’en 1960 et toujours dans le bréviaire monastique, sont un extrait de la première homélie de saint Basile sur le jeûne.
Nous savons que Moïse gravit la montagne grâce au jeûne, car il n’aurait pas osé approcher de ce sommet fumant et entrer dans la nuée s’il n’avait été fortifié par le jeûne. C’est grâce au jeûne qu’il reçut les lois gravées par le doigt de Dieu sur des tables.
De même, sur la montagne, le jeûne obtint le don de la loi, mais au pied de cette montagne, la gourmandise fit tomber le peuple dans l’idolâtrie et le souilla de péché. « La foule s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir. » L’effort et la persévérance des quarante jours que le serviteur de Dieu avait passés dans la prière et le jeûne continuels, une seule ivresse du peuple les rendit inutiles et vains. Ces tables, en effet, gravées par le doigt de Dieu, que le jeûne avait accueillies, l’ivresse les brisa : le très saint prophète jugea qu’un peuple plein de vin était indigne de recevoir de Dieu une loi. En un moment de temps, à cause de sa gourmandise, ce peuple que les plus grands prodiges avaient instruit du culte à rendre à Dieu, versa de la façon la plus honteuse dans l’idolâtrie des Égyptiens.
Si l’on compare ces deux faits, on peut voir que le jeûne conduit à Dieu, tandis que les délices anéantissent le salut. Qu’est-ce qui corrompit Ésaü et le rendit serviteur de son frère ? N’est-ce pas un seul mets pour lequel il vendit son droit d’aînesse ? Et Samuel ? N’est-ce pas au contraire par le jeûne qu’il fut accordé à la prière de sa mère ? Qu’est-ce donc qui a rendu invincible le très fort Samson, sinon le jeûne avec lequel il fut conçu dans le sein de sa mère ? Le jeûne le conçut, le jeûne le nourrit, le jeûne en fit un homme. Un ange l’a sûrement prescrit à sa mère, l’avertissant de s’abstenir de tout ce qui provient de la vigne, de ne boire ni vin ni boisson fermentée. Le jeûne engendre les prophètes, affermit et fortifie les puissants.
Le jeûne rend les législateurs sages ; il est pour l’âme la meilleure sauvegarde ; pour le corps, un compagnon sûr ; pour les hommes courageux, une protection et une arme ; pour les athlètes et les combattants, un entraînement. En outre, il écarte les tentations, dispose à la piété, habite avec la sobriété, est artisan de la tempérance. Dans la guerre, il apporte le courage ; dans la paix, il apprend la tranquillité. Il sanctifie le nazir, rend le prêtre parfait, car il n’est pas permis d’aborder le sacrifice sans être à jeun, et cela, non seulement aujourd’hui, en cette adoration sacramentelle et véritable de Dieu, mais même dans celle où, en figure, le sacrifice était offert selon la loi.
C’est le jeûne qui rendit Élie digne de contempler sa grande vision ; car, après avoir purifié son âme par un jeûne de quarante jours, il mérite, dans une caverne, de voir Dieu autant que cela est permis à un homme. Lorsque Moïse reçut de nouveau la loi, il observa de nouveau un jeûne. Les Ninivites n’auraient échappé en aucune manière à la destruction qui les menaçait s’ils n’avaient jeûné et fait jeûner avec eux jusqu’aux animaux. Dans le désert, par contre, qui vit fléchir ses membres, sinon ceux qui eurent envie de viandes ?
L’évangile de la messe de ce jour est celui de la femme adultère (Jean 8). L’antienne de communion et l’antienne de Magnificat aux vêpres sont sur le même texte : le dialogue final entre Jésus et la femme, limité à l’essentiel de ce que disent l’un et l’autre.
Nemo te condemnávit, mulier ? Nemo, Dómine. Nec ego te condemnábo: iam ámplius noli peccáre.
Personne ne t’a-t-il condamnée, femme ? Personne, Seigneur. Moi, non plus je ne te condamnerai pas ; va et désormais ne pèche plus.
Voici la communion chantée par le chœur de l’abbaye de Mount Angel (Oregon), et l’antienne de Magnificat par les moniales de Jouques.
C’était tout à l’heure, comme tous les vendredis soirs du carême. La troisième partie : les strophes 13 à 18 (à 40’24), chantées par Nicodème Kabarnos…
Strophe XIII
Par son apparition, le Créateur nous a montré, à nous ses créatures, une nouvelle création, et ce, en germant d’un sein non ensemencé qu’il conserva tel qu’il était, intact, afin que, voyant cette merveille, nous l’acclamions en disant :
Salut, fleur d’incorruptibilité. Salut, couronne de la chasteté.
Salut, vous qui avez fait resplendir l’image de la résurrection. Salut, vous qui avez visualisé la vie des anges.
Salut, arbre aux fruits délicieux dont se nourrissent les croyants. Salut, plant au feuillage touffu à l’ombre duquel beaucoup s’abritent.
Salut, vous qui avez porté dans votre sein un guide pour les égarés. Salut, vous qui avez mis au monde un rédempteur pour les captifs.
Salut, vous qui implorez la bonté du juste juge. Salut, pardon pour la multitude des pécheurs.
Salut, vêtement donnant bonne audience aux nus. Salut ô tendresse dépassant tout amour.
Salut, ô épouse sans époux !
Salut, ô épouse sans époux !
Strophe XIV
Puisque nous avons vu un enfantement étrange, éloignons-nous du monde, et transportons notre esprit au ciel, car Dieu, le Très-Haut, apparut à cet effet sur terre comme une humble créature, afin d’entraîner vers les hauteurs tous ceux qui lui crient : Alléluia !
Alléluia !
Strophe XV
Le Verbe incirconscrit fut présent tout entier ici-bas, sans guère s’éloigner du ciel, car ce fut une condescendance divine, et non un transfert de lieu. La naissance fut d’une Vierge envahie par l’Esprit de Dieu, ce qui lui valut d’entendre ces éloges :
Salut, demeure du Dieu qu’aucun lieu ne peut contenir. Salut, porte du vénérable mystère.
Salut, ô annonce obscure pour les incroyants. Salut, gloire incontestable pour les croyants.
Salut, char très-saint de Celui qui siège sur les Chérubins. Salut, demeure très luxueuse de Celui qui trône sur les Séraphins.
Salut, vous qui avez concilié en vous deux contraires. Salut, vous avez réuni la virginité et la maternité.
Salut, vous par qui la transgression fut résolue. Salut, vous par qui le paradis s’ouvrit.
Salut, clef du royaume du Christ. Salut, espérance des biens éternels.
Salut, ô épouse sans époux !
Salut, ô épouse sans époux !
Strophe XVI
Tous les anges furent frappés d’étonnement à la vue de ta sublime incarnation, car ils voyaient l’inaccessible comme Dieu, être un homme accessible à tous, allant et venant parmi nous, et s’entendant acclamer par tous : Alléluia !
Alléluia !
Strophe XVII
Nous voyons les rhéteurs éloquents devenir à votre sujet muets comme des poissons, ô Mère de Dieu, car ils sont à court pour expliquer comment vous avez pu enfanter, tout en restant vierge. Quant à nous, nous admirons le mystère, et nous nous écrions avec foi :
Salut, réceptacle de la sagesse divine. Salut, cellier de sa providence.
Salut, vous qui convainquez de sottise les sages. Salut, vous qui réduisez au silence les éloquents.
Salut, car vous avez convaincu les dialecticiens habiles de leur stupidité. Salut, car vous avez décrié les auteurs des mythes.
Salut, vous qui avez déjoué les pièges des Athéniens. Salut, vous qui remplissez les filets des pêcheurs.
Salut, vous qui retirez de l’abîme de l’ignorance. Salut, vous qui éclairez beaucoup par l’octroi de la connaissance.
Salut, navire pour ceux qui cherchent un salut. Salut, port de ceux qui naviguent dans la vie.
Salut, ô épouse sans époux !
Salut, ô épouse sans époux !
Strophe XVIII
Voulant sauver le monde, le Créateur de l’univers y vint de son plein gré. Et bien qu’il soit notre pasteur, en tant que Dieu, il apparut, pour nous, homme comme nous. Ayant fait l’homme à sa ressemblance, il entend, en tant que Dieu, l’acclamation : Alléluia.
Alléluia.