3e dimanche de l’Avent

Le magnifique premier répons des matines, par les maîtres de chœur réunis par dom Le Feuvre en juillet 1991. Alors que les pièces de plain chant s’inscrivent le plus souvent dans une octave, on remarquera qu’ici la mélodie va du si bémol grave au mi aigu, ce qui n’est pas de tout confort pour des moines qui viennent de se réveiller en pleine nuit…

℟. Ecce apparébit Dóminus super nubem cándidam, * Et cum eo Sanctórum míllia: et habébit in vestiménto, et in fémore suo scriptum: Rex regum, et Dóminus dominántium.
℣. Apparébit in finem, et non mentiétur; si moram fécerit, exspécta eum, quia véniens véniet.
℟. Et cum eo Sanctórum míllia: et habébit in vestiménto, et in fémore suo scriptum: Rex regum, et Dóminus dominántium.

Voici que le Seigneur apparaîtra sur la nuée brillante, et des milliers de saints autour de Lui, et il y aura écrit sur ses vêtements et sur sa ceinture : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Il viendra certainement et il ne trompe pas, s’il tarde espère en lui, car venant il viendra.

« Veniens veniet. » Le verbe « venir » est omniprésent dans la liturgie de l’Avent (comme son nom l’indique). Dans ce verset d’Habacuc il est redoublé : c’est l’intensif hébreu : il est certain qu’il va venir.

Sainte Lucie

Je me suis trompé hier dans le calendrier : c’est aujourd’hui la vraie fête de sainte Lucie. Cela me permet de souligner un fait curieux.

On aura pu remarquer hier que le tropaire que j’ai reproduit brode sur le thème de la lumière : gloire, éclat, brillant. Conformément au nom de Lucie, qui vient de Lux, lumière, dira-t-on. Certes. Mais en grec Loukia n’a rien à voir avec la lumière. C’est bien son nom latin qui a influencé l’auteur du tropaire.

On en a un autre exemple, le premier exemple, avec l’inscription d’un tombeau de Syracuse datant de la fin du IIIe siècle. Jusqu’en 1894, la première mention qu’on avait de sainte Lucie figurait sur un martyrologe du VIe siècle. Mention tardive qui permettait aux rationalistes de douter, selon leur habitude, de l’existence de la martyre. Mais l’inscription trouvée à Syracuse atteste de l’existence d’un culte à sainte Lucie à la fin du IVe siècle, donc peu après sa mort lors de la persécution de Dioclétien, en 304.

L’inscription est en grec, car on parlait toujours grec à Syracuse même si la ville a été prise par les Romains en 212. Et elle commence par une antithèse entre l’ombre et la lumière, avec les deux noms propres d’Evskia, la défunte, et Loukia, parce que c’est le jour de la fête de sainte Loukia qu’Evskia est morte. Evskia veut dire « la bien ombragée », et l’on peut se demander si c’était bien son nom, ou si « son mari ne l’avait pas ainsi baptisée, au-delà du  trépas, afin de l’ombrager en quelque sorte sous la lumineuse protection de Lucie », comme disait Georges Goyau.

« Evskia, l’irréprochable, ayant vécu bonne et pure pendant vingt-cinq ans environ, mourut dans la fête de ma sainte Lucie, pour laquelle il n’y a pas d’éloge digne d’elle. Evskia fut chrétienne fidèle, parfaite, multipliant pour son mari les occasions de lui être agréable. »

Sainte Lucie

L’un des apolytikia possibles de sainte Lucie, par Grigorios Karalis, curé de l’église de Notre-Dame des myrtes, au Pirée, et professeur de musique byzantine.

Σικελίας τὸ κλέος, ᾽Εκκλησίας ἀγλάϊσμα, καὶ τῆς οἰκουμένης ἁπάσης τὸ στερρότατον ἔρεισμα, Λουκίαν ὑμνήσωμεν πιστοί, ὡς Μάρτυρα Χριστοῦ τὴν θαυμαστήν, παρθενίᾳ κοσμουμένην καὶ ἀρετῶν χαρίσμασι διαλάμπουσαν. Δόξα τῷ ἐνισχύσαντι αὐτήν, Δόξα Χριστῷ τῷ στερρώσαντι. Δόξα τῷ δωρουμένῳ τοῖς πιστοῖς στέφος τὸ ἄφθαρτον.

Gloire de la Sicile, éclat de l’Église et pilier solide soutenant le monde entier, louons Lucie, ô fidèles, l’admirable martyre du Christ, parée de virginité et brillant des dons de la vertu. Gloire à Celui qui lui a donné la force, gloire au Christ qui l’a affermie, gloire à Celui qui fait présent aux fidèles d’une couronne impérissable.

*

ERRATUM. Comme me le fait remarquer un lecteur, la fête de sainte Lucie est le 13 décembre dans le calendrier romain. C’est aussi le cas dans le calendrier byzantin. Je pense que la raison de mon erreur est qu’avant-hier à prime j’ai tourné deux pages du martyrologe au lieu d’une…

Saint Damase

Alors que l’empereur d’Orient Valens est mort à la guerre sans héritier, l’empereur d’Occident Gratien (qui a 20 ans) lui donne pour successeur le général hispanique Théodose, qui a rétabli l’ordre avec brio dans cette partie de l’empire.

C’est le 19 janvier 379. Théodose s’installe à Thessalonique. Un an plus tard, alors qu’il n’est que catéchumène, il publie un édit au préfet de Constantinople, qu’il signe aussi des noms de Gratien et du co-empereur d’Occident Valentinien II. Ce texte, l’Edit de Thessalonique, impose comme règle pour tous les peuples de l’empire la foi « que le divin apôtre Pierre a transmise aux Romains et que suivent, de toute évidence, le pontife Damase et Pierre, l’évêque d’Alexandrie, homme d’une sainteté apostolique ».

Cette foi est celle de Nicée, que Théodose impose alors que l’hérésie arienne règne sur une bonne partie du monde chrétien. (Pierre d’Alexandrie a lui-même été chassé de son siège en 362 et s’est réfugié… à Rome, chez saint Damase), et que le paganisme est encore bien vivant. C’est le même Théodose qui convoquera en 381 le concile de Constantinople réaffirmant la foi de Nicée et complétant le Credo.

(Théodose s’installera à Milan en 388. En 390, en réaction au meurtre d’un officier dans une émeute, il ordonne le fameux massacre de Thessalonique qui fera dit-on 7.000 morts. Saint Ambroise l’exhorte alors à la pénitence : « Je t’écris non pour t’humilier, mais pour que les exemples des rois te poussent à effacer ce péché de ton règne. Tu l’effaceras en humiliant ton âme devant Dieu », et l’empereur s’y soumet humblement. La pénitence se terminera le jour de Noël.)

Voici le texte de l’Edit de Thessalonique.

Les empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Augustes. Édit au peuple de la ville de Constantinople.

Nous voulons que tous les peuples gouvernés par la juste mesure de Notre Clémence vivent dans la religion que le divin apôtre Pierre — comme le proclame cette même religion, introduite par lui et continuée jusqu’à nos jours — a transmise aux Romains et que suivent, de toute évidence, le pontife Damase et Pierre, l’évêque d’Alexandrie, homme d’une sainteté apostolique. Ainsi, selon la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous devons croire que le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont une seule Divinité, invoquée comme égale Majesté et Trinité bienveillante.

Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de chrétiens catholiques. Quant aux autres, nous considérons qu’ils encourent, par leur folie et leur égarement, l’infamie attachée aux doctrines hérétiques, que leurs petits groupes ne méritent pas le nom d’Églises et qu’ils seront frappés, d’abord par la vengeance divine, ensuite par un châtiment dont, en accord avec la décision céleste, nous prendrons l’initiative.

Donné le troisième jour avant les calendes de mars, à Thessalonique, sous le cinquième consulat de Gratien Auguste et le premier de Théodose Auguste.

Mercredi de la deuxième semaine de l’Avent

Verbum supérnum pródiens
A Patre olim éxiens,
Qui natus orbi súbvenis
Cursu declívi témporis,

Verbe du Tout-Puissant né dans le sein du Père,
Éternel et Dieu comme lui,
Qui, pour tirer enfin l’homme de sa misère
Viens naître homme aujourd’hui,

Illúmina nunc péctora
Tuóque amóre cóncrema;
Audíto ut praecónio
Sint pulsa tandem lúbrica.

Fais que ta vérité dans nos âmes rayonne,
Et que ton feu brûlant nos cœurs,
La voix de ton héraut qui dans les déserts tonne
Guérisse nos langueurs.

Judéxque cum post áderis
Rimári facta péctoris,
Reddens vicem pro ábditis
Justísque regnum pro bonis.

Et, lorsque découvrant les vertus ou le vice
Jusqu’au fond du cœur des humains,
Tu rendras en vrai juge aux méchants le supplice
Et la couronne aux saints.

Non demum arctémur malis
pro qualitáte críminis,
sed cum béatis cómpotes
simus perénnes cǽlibes.

Ne lance pas sur nous l’effroyable anathème,
Mais joins-nous à lui par ta bonté
À ceux dont l’œil doit voir de ton palais suprême
L’immortelle beauté.

Laus, honor, virtus, gloria,
Deo Patri et Fílio
Sancto simul Paráclito,
In sæculórum sǽcula. Amen.

Gloire au Père éternel, au Fils, notre espérance,
À l’Esprit, notre heureuse paix.
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.

Hymne des matines au temps de l’Avent, traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (Heures de Port-Royal). Le groupe Anonymous 4 chante la doxologie suivante:  Gloria tibi, Trinitas, aequalis una Deitas, et ante omne saeculum et nunc et in perpetuum. (Gloire à toi, Trinité une seule Déité, et avant tous les siècles et maintenant et pour l’éternité.)