Mercredi de la deuxième semaine de l’Avent

Verbum supérnum pródiens
A Patre olim éxiens,
Qui natus orbi súbvenis
Cursu declívi témporis,

Verbe du Tout-Puissant né dans le sein du Père,
Éternel et Dieu comme lui,
Qui, pour tirer enfin l’homme de sa misère
Viens naître homme aujourd’hui,

Illúmina nunc péctora
Tuóque amóre cóncrema;
Audíto ut praecónio
Sint pulsa tandem lúbrica.

Fais que ta vérité dans nos âmes rayonne,
Et que ton feu brûlant nos cœurs,
La voix de ton héraut qui dans les déserts tonne
Guérisse nos langueurs.

Judéxque cum post áderis
Rimári facta péctoris,
Reddens vicem pro ábditis
Justísque regnum pro bonis.

Et, lorsque découvrant les vertus ou le vice
Jusqu’au fond du cœur des humains,
Tu rendras en vrai juge aux méchants le supplice
Et la couronne aux saints.

Non demum arctémur malis
pro qualitáte críminis,
sed cum béatis cómpotes
simus perénnes cǽlibes.

Ne lance pas sur nous l’effroyable anathème,
Mais joins-nous à lui par ta bonté
À ceux dont l’œil doit voir de ton palais suprême
L’immortelle beauté.

Laus, honor, virtus, gloria,
Deo Patri et Fílio
Sancto simul Paráclito,
In sæculórum sǽcula. Amen.

Gloire au Père éternel, au Fils, notre espérance,
À l’Esprit, notre heureuse paix.
Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
Et ne finit jamais.

Hymne des matines au temps de l’Avent, traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (Heures de Port-Royal). Le groupe Anonymous 4 chante la doxologie suivante:  Gloria tibi, Trinitas, aequalis una Deitas, et ante omne saeculum et nunc et in perpetuum. (Gloire à toi, Trinité une seule Déité, et avant tous les siècles et maintenant et pour l’éternité.)

Mardi de la deuxième semaine de l’Avent

℟.  Roráte caéli désuper,et núbes plúant jústum. (bis)

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Ne irascáris Dómine, ne ultra memíneris iniquitátis: ecce cívitas Sáncti fácta est desérta: Síon desérta fácta est: Jerúsalem desoláta est: dómus sanctificatiónis túæ et glóriæ túæ, ubi laudavérunt te pátres nóstri.

Ne vous irritez plus, Seigneur, ne vous souvenez plus désormais de notre iniquité. Voilà que la cité du Saint est devenue déserte, Sion est dans la solitude, Jérusalem est désolée, cette maison consacrée à votre culte et à votre gloire, où nos pères ont chanté vos louanges.

Peccávimus, et fácti súmus tamquam immúndus nos, et cecídimus quasi fólium univérsi: et iniquitátes nóstræ quasi véntus abstulérunt nos: abscondísti faciem túam a nóbis, et allisísti nos in mánu iniquitátis nóstræ.

Nous avons péché, et nous sommes devenus comme le lépreux ; et nous sommes tous tombés comme la feuille ; et comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés par la main de notre iniquité.

Víde Dómine afflictiónem pópuli túi, et mítte quem missúrus es: emítte Agnum dominatórem térræ, de Pétra desérti ad móntem fíliæ Síon: ut áuferat ípse júgum captivitátis nóstræ.

Voyez, Seigneur, l’affliction de votre peuple, et envoyez Celui que vous devez envoyer. Faites sortir l’Agneau qui doit dominer sur la terre; qu’il s’élance de la pierre du désert sur la montagne de la fille de Sion, afin qu’il enlève lui-même le joug de notre captivité.

Consolámini, consolámini, pópule méus: cito véniet sálus túa: quare mæróre consúmeris, quia innovávit te dólor? Salvábo te, nóli timére, égo enim sum Dóminus Déus túus, Sánctus Israël, Redémptor túus.

Console-toi, console-toi, ô mon peuple ! bientôt viendra ton salut: pourquoi te consumes-tu dans la tristesse? Pourquoi la douleur s’est-elle emparée de toi ? Je te sauverai, ne crains point : car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

*

Dans ma note de 2020 :

Le chant de l’Avent Rorate Caeli a été publié pour la première fois en 1634 dans le Directorium chori de l’Oratoire de Paris, où il était chanté depuis 1610-1615. On en attribue la paternité à « P. Bourget », prêtre de l’Oratoire. Ce prêtre est curieusement inconnu de Google… et du site de l’Oratoire de France, alors que le Rorate Caeli est un extraordinaire chef-d’œuvre, d’agencement poétique de diverses citations d’Isaïe, mais aussi des Lamentations et de l’Exode, et musical, avec cette brusque montée sur… le ciel, et la lente descente jusqu’à l’octave inférieure, la descente sur notre terre du « Juste » qui vient nous sauver. Le récitatif des strophes est lui-même de toute beauté, et il n’est pas étonnant que même des communautés protestantes (à commencer par les anglicans) l’aient adopté.

Dans ma. note de 2019 :

Le refrain et les deux premières strophes sont tirés d’Isaïe, le reste est un mélange où Isaïe a également sa place. Mais par exemple « mitte quem missurus es » vient de l’Exode. C’est dans le dialogue du Buisson ardent. Moïse ne veut pas retourner en Egypte parce qu’il ne sait pas parler. Et il dit alors à Dieu : « Envoie celui que tu dois envoyer ». Une petite phrase qui passe presque inaperçue, mais qui est une claire prophétie messianique.

L’Immaculée Conception

Apolytikion de la fête de la Conception d’Anne, le 9 décembre dans le calendrier byzantin, par le Chœur byzantin de la Fondation musicale de l’archidiocèse d’Athènes. Version du hiéromoine Théophane de Vatopédi (Athos).

Σήμερον τῆς ἀτεκνίας δεσμὰ διαλύονται· τοῦ Ἰωακεὶμ γὰρ καὶ τῆς Ἄννης εἰσακούων Θεός, παρ’ ἐλπίδα τεκεῖν αὐτοὺς σαφῶς, ὑπισχνεῖται θεόπαιδα, ἐξ ἧς αὐτός ἐτέχθη ὁ ἀπερίγραπτος, βροτὸς γεγονώς, δι’ Ἀγγέλου κελεύσας βοῆσαι αὐτῇ. Χαῖρε Κεχαριτωμένη, ὁ Κύριος μετὰ σοῦ.

En ce jour sont brisées les chaînes de la stérilité, car Dieu exauce la prière d’Anne et de Joachim : il leur promet clairement la naissance inespérée de la divine enfant qui doit à son tour enfanter l’Infini dans la chair des mortels, celui même qui ordonne à l’Ange de lui crier : Réjouis-toi, Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.

2e dimanche de l’Avent

En ce temps-là, comme Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ, il envoya deux de ses disciples lui dire : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez entendu et vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ; et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules au sujet de Jean : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un homme vêtu d’habits douillets ? Mais ceux qui portent des habits douillets sont dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. Car c’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon ange au-devant de toi, pour préparer la voie devant toi. »

Une question, frères très chers, se pose à nous : Jean était un prophète, et même plus qu’un prophète, puisqu’il a fait connaître le Seigneur venant se faire baptiser dans le Jourdain, en déclarant : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), et que considérant à la fois sa propre bassesse et la puissance de la divinité du Seigneur, il a dit : « Celui qui est terrestre a aussi un langage terrestre, mais celui qui vient du Ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31) ; pourquoi donc, une fois emprisonné, envoie-t-il ses disciples demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » comme s’il ne connaissait pas celui qu’il avait montré, et comme s’il ne savait pas que le Christ était bien celui qu’il avait proclamé en le prophétisant, en le baptisant et en le montrant ?

Mais cette question trouve vite sa réponse si l’on examine le temps et l’ordre dans lesquels se sont déroulés les faits. Sur les rives du Jourdain, Jean a affirmé que Jésus était le Rédempteur du monde ; une fois emprisonné, il demande pourtant s’il est bien celui qui doit venir. Ce n’est pas qu’il doute que Jésus soit le Rédempteur du monde, mais il cherche à savoir si celui qui était venu en personne dans le monde va aussi descendre en personne dans les prisons infernales. Car celui que Jean a déjà annoncé au monde comme précurseur, il le précède encore aux enfers par sa mort. Il demande donc : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » C’est comme s’il disait clairement : « De même que tu as daigné naître pour les hommes, fais-nous savoir si tu daigneras aussi mourir pour eux, en sorte que précurseur de ta naissance, je le devienne aussi de ta mort, et que j’annonce aux enfers que tu vas venir, comme j’ai déjà annoncé au monde que tu étais venu. »

C’est pour cela que la réponse du Seigneur, à la question ainsi posée, traite de l’abaissement de sa mort aussitôt après avoir énuméré les miracles opérés par sa puissance, quand il dit : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés ; et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » A la vue de tant de signes et de si grands prodiges, nul n’avait sujet de se scandaliser, mais bien plutôt d’admirer. Il s’éleva cependant un grave scandale à son endroit dans l’esprit des infidèles lorsqu’ils le virent mourir, même après tant de miracles. D’où le mot de Paul : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1, 23). Oui, les hommes regardèrent comme une folie que l’Auteur de la vie mourût pour eux ; et l’homme a trouvé moyen de se scandaliser à son sujet pour ce qui aurait dû exciter davantage sa reconnaissance. Car Dieu doit être honoré d’autant plus dignement par les hommes qu’il a été jusqu’à subir pour eux des traitements indignes.

Quel est donc le sens des paroles du Seigneur : « Heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ! » Ne veut-il pas désigner clairement l’abjection et l’abaissement de sa mort ? C’est comme s’il disait ouvertement : « Il est vrai que je fais des choses admirables, mais je ne refuse pas pour autant d’en souffrir d’ignominieuses ; puisque je vais te suivre [Jean-Baptiste] en mourant, que les hommes se gardent bien de mépriser en moi la mort, eux qui vénèrent en moi les miracles. »

Saint Grégoire le Grand, début de la 6e homélie sur les évangiles, prononcée le 10 décembre 590 en la basilique des saints Marcellin et Pierre.

Saint Nicolas

Les stichères des grandes vêpres, par les moines de Docheiariou (Athos).

Μύροις, παροικήσας αἰσθητῶς, μύρον ἀληθῶς ἀνεδείχθης, μύρῳ χρισθεὶς νοητῷ Ἅγιε Νικόλαε, Ἀρχιεράρχα Χριστοῦ, καὶ μυρίζεις τὰ πρόσωπα, τῶν πίστει καὶ πόθῳ, σοῦ τὴν παναοίδιμον, μνήμην τελούντων ἀεί, λύων συμφορῶν καὶ κινδύνων, τούτους καὶ τῶν θλίψεων Πάτερ, ἐν ταῖς πρὸς τὸν Κύριον πρεσβείαις σου.

Myre, était ta demeure, ô saint hiérarque du Christ Nicolas ; et maintenant, oint de la myre de l’Esprit, tu es devenu myre, embaumant les visages des fidèles qui, chaque année, célèbrent avec ferveur ta mémoire, Père. Par ton intercession, délivre-les du désastre, du danger et du malheur.

Νίκη, φερωνύμως ἀληθῶς, τοῦ πιστοῦ λαοῦ ἀνεδείχθης, ἐν πειρασμοῖς κραταιά, Ἅγιε Νικόλαε, θεράπων ὄντως Χριστοῦ· πανταχοῦ γὰρ καλούμενος, ὀξέως προφθάνεις, πόθῳ τοὺς προστρέχοντας, ὑπὸ τὴν σκέπην σου· σὺ γὰρ ἐν νυκτὶ καὶ ἡμέρᾳ, πίστει ὀπτανόμενος σῴζεις, ἐκ τῶν πειρασμῶν καὶ περιστασεων.

Tu es, conformément à ton nom, pour les fidèles dans la détresse, une puissante victoire (Niki), saint père Nicolas, fidèle serviteur du Christ. Tu es présent lorsque t’invoquent ceux qui, avec ferveur, se tournent vers ta protection, à tout moment et en tout lieu. Tu es visible la nuit et le jour pour ceux qui ont la foi, et tu les sauves des épreuves et des adversités qui les assaillent.

Ὤφθης, Κωνσταντίνῳ Βασιλεῖ, σὺν τῷ Ἀβλαβίῳ κατ’ ὄναρ, καὶ τούτους φόβῳ βαλών, οὕτως αὐτοῖς εἴρηκας. Λύσατε δὴ ἐν σπουδῇ, τῆς εἱρκτῆς οὓς κατέχετε, δεσμίους ἀδίκως, ἀθώους τυγχάνοντας, τῆς παρανόμου σφαγῆς· ὅμως ἀλλ’ ἐὰν παρακούσῃς, ἔντευξιν ποιήσομαι Ἄναξ, κατὰ σοῦ πρὸς Κύριον δεόμενος.

Tu es apparu à Constantin le Grand et à son magistrat Ablabius dans un songe terrifiant. Tu leur as ordonné avec fermeté : « Libérez immédiatement les prisonniers que vous détenez injustement, car ils sont innocents de l’inique massacre. Mais si vous refusez de m’obéir, je prierai intensément contre vous lorsque je supplierai le Seigneur, ô Empereur. »

Μέγας, ἀντιλήπτωρ καὶ θερμός, τοῖς ἐν τοῖς κινδύνοις τελοῦσιν, ὑπάρχεις ἔνδοξε, Ἅγιε Νικόλαε, Ἱεροκήρυξ Χριστοῦ, τοῖς ἐν γῇ καὶ τοῖς πλέουσι, τοῖς πόρρω καὶ πέλας, οἷα συμπαθέστατος, καὶ πρεσβευτὴς κραταιός· ὅθεν συνελθόντες βοῶμεν· Πρέσβευε πρὸς Κύριον ὅπως, πάσης λυτρωθῶμεν περιστάσεως.

Grand et ardent protecteur de tous ceux qui font face à un grave danger, tu es toi, ô Nicolas, glorieux et saint hiérarque et prédicateur du Christ. Tu es connu comme le saint patron des marins, et tu nous protèges aussi lorsque nous voyageons près ou loin, par terre et par air. Nous sommes maintenant rassemblés et nous crions : Prie le Seigneur afin que nous soyons délivrés de tout désastre et de tout accident.