Le martyrologe est très laconique sur ce saint, pour éviter sans doute que les fidèles s’égarent dans le pittoresque…
A Osimo, dans les Marches, saint Joseph de Cupertino, prêtre de l’Ordre des Frères Mineurs Conventuels et confesseur, inscrit au nombre des saints par le pape Clément XIII.
A Chalcis, en Grèce, l’anniversaire de saint Méthode. D’abord évêque d’Olympe en Lycie, puis de Tyr en Phénicie, il fut très célèbre par l’élégance de son style et par sa science ; au rapport de saint Jérôme, il reçut la couronne du martyre sur la fin de la dernière persécution.
Telle est la deuxième notice du martyrologe. Saint Méthode d’Olympe est connu pour son Banquet, le seul livre de lui qui nous soit parvenu intégralement en grec (écrit vers la fin du IIIe siècle). Curieusement, plusieurs autres de ses ouvrages ont survécu dans des traductions en vieux-slave et ont eu une influence dans la Russie orthodoxe. Le Banquet imite ouvertement Platon mais se veut une réponse chrétienne à celui de Platon : il s’agit aussi d’un dialogue dans le dialogue, et sur l’amour, mais l’amour spirituel et la chasteté, et les personnages sont dix vierges dissertant dans le jardin paradisiaque de Vertu. En voici un extrait, dans la traduction des Sources Chrétiennes :
Dans le calendrier bénédictin on fait mémoire de sainte Hildegarde. Voici la fin de la vision deuxième du Scivias.
Lorsque l’agneau innocent fut suspendu à la croix, les éléments s’agitèrent ; parce que le très noble fils de la Vierge fut mis à mort corporellement par des mains homicides. Par cette mort, la brebis perdue fut ramenée vers les pâturages de vie.
En effet, lorsque l’antique persécuteur vit qu’il avait perdu cette brebis, à cause du sang que l’agneau sans tache avait versé, pour la rémission des péchés des hommes : alors il connut quel était cet agneau ; parce qu’il n’avait pu connaître auparavant, comment l’agneau céleste s’est incarné, sans la semence virile et sans aucune concupiscence du péché, dans le sein d’une Vierge, par l’opération du Saint-Esprit ; car le même persécuteur, au commencement de sa création, s’éleva au souffle de l’orgueil, se précipitant lui-même dans la mort, et éloignant l’homme de la gloire du paradis, sans que Dieu voulût lui résister par sa puissance, se réservant de l’emporter sur lui par l’humilité de son Fils. Et parce que Lucifer méprisa la justice de Dieu, par un juste jugement de Dieu, il ne put connaître l’incarnation du Fils unique de Dieu. Car dans ce conseil secret [des trois personnes de la sainte Trinité] la brebis perdue fut ramenée à la vie. Et d’où vient, ô hommes rebelles, que vous soyez si endurcis ? Dieu ne voulut pas abandonner l’homme, mais il envoya son Fils pour le sauver ; et ainsi Dieu écrasa la tête de l’orgueil superbe, dans l’antique serpent. Quand l’homme fut arraché à la mort, l’enfer dut ouvrir ses abîmes, malgré les hurlements de Satan qui s’écriait : Malédiction ! Malédiction ! Qui donc pourra me secourir ? Mais toutes les légions diaboliques se retirèrent dans un horrible frémissement, admirant quelle était cette puissance étrange, à laquelle elles-mêmes et Satan le prince du mal ne pouvaient résister, quand ils voyaient que les âmes fidèles leur étaient enlevées.
Ainsi l’homme fut élevé au-dessus des cieux ; parce que Dieu apparut dans l’homme, et l’homme dans Dieu, par le Fils de Dieu.
Le même Seigneur qui avait perdu la brebis, mais l’avait ramenée si glorieusement à la vie, fit pour elle ce que l’on fait pour la pierre précieuse qui est tombée dans la boue. Il la rechercha lui-même, et l’ayant trouvée, il la retira avec joie, et la purifia de toute souillure, comme l’or a coutume d’être expurgé dans la fournaise ; et il la rétablit dans sa dignité première, avec une gloire plus grande. Car Dieu créa l’homme, qui, de lui-même, par la persuasion de Satan, tomba dans la mort, de laquelle le Fils de Dieu le releva par la vertu de son sang ; et il le conduisit glorieusement vers les honneurs célestes. Comment ? Par l’humilité et la charité. L’humilité fit naître le Fils de Dieu de la Vierge, dans laquelle fut trouvée l’humilité ; et ce ne fut pas dans les embrassements de l’homme, ni dans les curiosités de la chair, ni dans les richesses terrestres, ni dans les ornements précieux qu’il naquit, mais le Fils de Dieu fut couché dans une crèche, à cause de la grande pauvreté de sa mère. – L’humilité dans les gémissements et les larmes tue le crime ; et c’est son ouvrage. Quiconque veut combattre Satan, qu’il se munisse et s’arme de l’humilité, parce que Lucifer la fuit ; et, comme une couleuvre, il se cache devant elle dans les abîmes ; car, partout où elle le saisit, elle le brise aussitôt comme un fil fragile.
La charité aussi contient le Fils unique de Dieu, dans le sein du Père, dans le ciel ; et elle l’envoie dans le sein de la mère, sur la terre ; parce qu’elle ne méprise ni les pécheurs, ni les publicains, mais elle s’efforce de les sauver tous. C’est pourquoi, en faisant couler souvent la source des larmes des yeux des fidèles, elle amollit la dureté du cœur. En cela l’humilité et la charité sont plus belles que les autres vertus ; car l’humilité et la charité sont comme l’âme et le corps, qui ont des vertus plus grandes que les autres facultés de l’âme ou chaque membre du corps. Comment ? L’humilité est comme le corps, et la charité comme l’âme ; et elles ne peuvent être séparées l’une de l’autre, mais elles agissent ensemble ; de la même manière que l’âme et le corps qui sont inséparables, s’entraident l’un l’autre, tant que l’homme vit dans son corps. Et comme les divers membres du corps sont soumis à l’âme et au corps, suivant leur rôle, ainsi les autres vertus sont, comme il est juste, les humbles servantes de l’humilité et de la charité. Et c’est pourquoi, ô hommes, pour la gloire de Dieu et pour votre salut, suivez l’humilité et la charité ; et ainsi armés, vous ne craindrez pas les embûches du démon, et vous possèderez la vie éternelle. Quiconque a la science du Saint-Esprit et les ailes de la foi ne transgressera pas mon conseil, mais il le recevra pour en faire les délices de son âme.
Enluminure en frontispice du Scivias : sainte Hildegarde sous l’inspiration du Saint-Esprit esquisse quelque chose sur une tablette tout en dictant au moine Volmar qui lui avait donné l’ordre de raconter ses visions.
Lettre de saint Cyprien, évêque de Carthage, à l’Eglise de Furni, diocèse suffragant de Carthage, dont la localisation est aujourd’hui inconnue (peut-être Furnos Majus, Aïn-Fourna).
Cyprien aux prêtres, aux diacres, et au peuple de Furni, salut.
Nous avons, nos très chers frères, été vivement peinés, mes collègues et moi, ainsi que les prêtres qui siégeaient avec nous, en apprenant que notre frère Geminius Victor, au moment de sortir de ce monde avait, par disposition testamentaire, désigné comme tuteur de ses enfants le prêtre Geminius Faustinus. Il y a longtemps qu’un concile a défendu de prendre un tuteur ou un curateur parmi les clercs, attendu que ceux qui ont l’honneur du divin sacerdoce, et sont engagés dans tes devoirs de la cléricature, ne doivent prêter leur ministère qu’au sacrifice et à l’autel et ne vaquer qu’à la prière. Il est écrit : « Un soldat de Dieu ne s’engage pas dans l’embarras des choses du siècle, s’il veut plaire à celui qui l’a enrôlé ». La recommandation est faite à tous, mais combien plus doivent-ils rester en dehors des embarras et du réseau des préoccupations profanes, ceux qui, voués à des occupations religieuses, ne peuvent s’éloigner de l’église, ni vaquer aux affaires du siècle. Telle est la discipline qu’ont observée les Lévites dans l’ancienne loi : les onze autres tribus se partagèrent le sol, chacune en ayant un lot; la tribu de Lévi, qui était consacrée au service du temple et de l’autel, n’entra point dans ce partage. Les autres vaquaient à la culture du sol : elle au culte divin uniquement ; et pour sa subsistance, les onze tribus lui servaient la dîme des fruits de la terre. Dieu avait voulu que tout fût ainsi réglé, afin que ceux qui se consacraient au service divin n’en fussent point détournés, et forcés de donner leurs pensées et leurs soins à des occupations profanes. C’est la même règle qui est encore suivie aujourd’hui pour le clergé : on veut que ceux que l’ordination a élevés au rang de clercs dans I’Église de Dieu ne puissent être détournés en rien du service divin, ni courir le danger d’être engagés dans les embarras et les affaires du siècle ; mais que plutôt, bénéficiaires des offrandes des frères, comme d’une sorte de dîme, ils ne quittent pas l’autel et le sacrifice, mais se consacrent jour et nuit à des occupations religieuses et spirituelles.
C’est à quoi nos prédécesseurs ont eu égard, quand ils ont pris la salutaire mesure de régler qu’aucun de nos frères ne pourrait, en mourant, nommer un clerc pour tuteur ou curateur, et que si quelqu’un le faisait, on n’offrirait point le saint sacrifice pour son repos. En effet, celui-là ne mérite pas d’être nommé à l’autel de Dieu dans la prière des prêtres qui a voulu éloigner de l’autel des prêtres et des ministres de Dieu. Voilà pourquoi, Victor ayant osé, contre la règle portée jadis par des évêques réunis en concile, établir tuteur le prêtre Geminius Faustinus, vous ne devez pas célébrer le saint sacrifice pour son repos, ni faire aucune prière pour lui dans l’église : ainsi sera observé par nous le décret saint et nécessaire que les évêques ont porté, et en même temps l’exemple sera donné à nos frères de ne point détourner les prêtres et les ministres de Dieu du service de son Église pour les engager dans des occupations séculières. En punissant la faute présente, on empêchera, en ce qui concerne les clercs, le retour de faits semblables. Je souhaite, mes très chers frères, que vous vous portiez toujours bien.
L’offertoire, par les moines de Saint-Wandrille, en 1955, sous la direction de dom Lucien David.
Dans l’offertoire, nous adressons à la Mère de Dieu les paroles que le prophète Jérémie, durement éprouvé, adresse au Seigneur au nom de son peuple ingrat. Elle se tenait sous la croix de Jésus et regardait ses yeux vitreux. Elle l’entendait prier : « Père, pardonne-leur ! » Et elle priait avec lui. Elle intercède pour nous, pour nous qui sommes la cause de ces douleurs indicibles que son cœur maternel a dû supporter. Elle ne nous en veut pas, mais avec le cœur attentionné d’une mère, elle implore Dieu de détourner de nous sa juste colère.
Comme elle a prié autrefois sous la croix, elle prie maintenant pour nous au ciel, in conspectu Dei, devant la face de Celui qui ne souffre plus, mais qui est entré dans sa gloire. Aujourd’hui encore, pendant les saints mystères, elle intercède pour nous, et lorsque la cloche de la consécration annonce qu’Il est de nouveau présent parmi nous, Marie implore alors d’abondantes grâces en notre faveur. Tant qu’il y aura un cœur humain qui soupire, qui lutte et qui souffre, Marie ne se lassera pas d’intercéder pour lui, jusqu’au moment où elle nous conduira tous dans la présence bienheureuse de son divin Fils.
Dans quelques manuscrits anciens, le texte et la mélodie actuels se trouvent dans le deuxième verset de l’offertoire du vingt-deuxième dimanche après la Pentecôte. Dans le Codex H. 159 de Montpellier, cette composition a été insérée plus tard. Cette mélodie présente une technique d’exécution thématique comme peu d’autres. Sur le mot Recordare, la petite note mi forme le lien entre deux motifs, dont le premier sera appelé a et le second b. Sur la bisiropha et le pressus, qui doivent être bien séparés dans l’interprétation, le motif a a un mouvement ascendant vers la dominante, après quoi la mélodie descend d’une tierce. Le motif b présente un mouvement descendant puis ascendant. Sur Virgo Mater, les deux mêmes motifs sont répétés. Bona suit le motif b ; les trois notes précédentes font écho à une partie du motif a, tout comme les notes sur et ut aver(tat).Indignationem suam, avec la tierce mineure descendante do-la, répète le motif a de manière amplifiée. Si l’on inclut la tierce précédente, on obtient dans ce qui suit une cadence moyenne du cinquième mode.
L’emploi des deux motifs dans la vocalisation fleurie sur a revêt une grande valeur artistique. Avant d’atteindre fa, la mélodie descend d’une quinte vers la tonique ré. Le motif b commence sur le do aigu et se termine par une montée d’une tierce. Dans une montée brillante, le motif a est maintenant attaché une quinte plus haut, puis mène au motif b, qui commence sur do. Ce trope réalise pleinement la beauté inhérente à la mélodie.
La mélodie est caractéristique d’une supplication fervente. Avec ut loquaris, elle devient encore plus touchante. Indignationem suam fait entendre le cri d’un cœur torturé par le poids de la colère divine. Mais la mélodie confiante de Recordare revient, s’élève vers des sommets victorieux et puissants, puis s’éteint dans une expression de résignation tranquille.