Mardi de la deuxième semaine de carême

Quoi de plus doux, quoi de plus bénin que la conduite du Seigneur ? Il est tenté par les pharisiens, leurs embûches sont brisées ; car, selon le Psalmiste, leurs coups sont devenus des flèches de petits enfants (« Sagittæ parvulorum factæ sunt plagæ eorum », psaume 63). Mais, néanmoins, pour la dignité du sacerdoce et du rang, il engage le peuple à leur rester soumis, en tenant compte, non de leurs actes, mais de leur enseignement. Or, quand Jésus dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse, par chaire, il veut dire l’enseignement de la loi. Et donc ce qui est dit dans le Psaume : Il ne s’est point assis dans la chaire de pestilence (« in cathedra pestilentiæ non sedit », psaume 1) ; et ailleurs : Il renversa les chaires de ceux qui vendaient des colombes (« cathedras vendentium columbas evertit », Matthieu 21), nous devons le prendre dans le sens d’enseignement.

En effet, ils lient de lourds fardeaux, qu’on ne peut porter, et les placent sur les épaules des hommes, alors qu’ils ne veulent pas les remuer du bout de leur doigt. Cela se dit d’une façon générale contre tous les maîtres qui commandent des choses difficiles et ne font pas les plus faciles. Mais il faut noter que les mots : épaules, fardeaux, doigts, et liens avec lesquels ces fardeaux sont liés, doivent s’entendre au sens spirituel.

Mais ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Donc, quiconque fait quoi que ce soit pour être vu des hommes est un scribe et un pharisien.

Car ils étalent leurs phylactères et font parade de longues franges. Ils aiment aussi les premières places dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, et aussi les salutations sur les places publiques, et l’appellation de Maître de la part des hommes. Malheur à nous, misérables, à qui les vices des pharisiens ont été transmis.

Quand le Seigneur eut donné les prescriptions de la loi par l’entremise de Moïse, il ajouta en terminant : Vous les attacherez à votre main et elles demeureront devant vos yeux (« suspendite ea pro signo in manibus, et inter oculos vestros collocate », Deutéronomle 11). Et voici le sens : Que mes préceptes soient toujours dans votre main, afin d’être réalisés en actes ; qu’ils soient devant vos yeux, afin que vous les méditiez jour et nuit. Les pharisiens, qui l’interprétaient mal, écrivaient sur des parchemins le décalogue de Moïse, c’est-à-dire les dix commandements de la loi, les repliant et les attachant sur leur front, et en formant une sorte de couronne sur leur tête, afin qu’ils fussent sans cesse en mouvement devant leurs yeux.

Saint Jérôme, commentaire de l’évangile de saint Matthieu, leçons des matines.

Lundi de la deuxième semaine de carême

Les lundis, mercredis et vendredis de carême, sauf aux quatre temps, on chante le trait entendu pour la première fois à la messe du mercredi des Cendres. C’est une pièce émouvante par son caractère très marqué d’imploration, qui s’accroît encore avec le verset Adjuva nos où tout le monde s’agenouille pour demander l’aide du Seigneur, que pour la gloire de son nom il nous délivre du mal et nous pardonne nos péchés. Voici ce trait, qui « semble avoir été introduit dans la liturgie par le pape Hadrien Ier, qui ordonna de le réciter à la demande de Charlemagne », selon le cardinal Schuster, mais qu’on ne trouve pas, dans sa forme actuelle, dans les manuscrits antérieurs au XIIe siècle.

Dómine, non secúndum peccáta nostra, quæ fécimus nos : neque secúndum iniquitátes nostras retríbuas nobis.
. Dómine, ne memíneris iniquitátum nostrarum antiquarum : cito antícipent nos misericórdiæ tuæ, quia páuperes facti sumus nimis.
. Adjuva nos, Deus, salutáris noster : et propter glóriam nóminis tui, Dómine, libera nos : et propítius esto peccátis nostris, propter nomen tuum.

Seigneur, ne nous traitez pas selon nos péchés, et ne nous punissez pas selon nos iniquités.
Seigneur, ne vous souvenez plus de nos anciennes iniquités ; que vos miséricordes viennent en hâte au-devant de nous, car nous sommes réduits à la dernière misère.
Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et pour la gloire de votre nom, Seigneur, délivrez-nous et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre nom.

Deuxième dimanche de carême

Les deux pôles de la liturgie de ce jour sont l’histoire de Jacob et la Transfiguration.

Aux matines, la lecture de la Genèse, après Adam (septuagésime), Noé (sexagésime), Abraham (quinquagésime), Abraham et Isaac (première semaine de carême), en arrive à Jacob. Les trois répons des matines romaines d’après 1960 lui sont consacrés. Avant 1960, les neuf répons évoquaient Jacob, et dans le bréviaire monastique ce sont les 12 répons. Les leçons racontent comment Jacob ravit par ruse le droit d’aînesse d’Esaü, et c’est une double prophétie christique. D’une part, Rebecca colle sur la peau du cou et des mains de Jacob des peaux de bouc pour faire croire au vieil Isaac aveugle que c’est son autre fils très poilu Esaü : les poils de bouc sont les péchés des hommes dont se revêt le Christ sans péché. Le fils cadet supplante le fils aîné, comme on le voit à plusieurs reprises dans la Bible : les peuples païens deviennent chrétiens quand le peuple élu refuse de reconnaître le Messie.

L’évangile est celui de la Transfiguration, d’où sont prises les antiennes du Benedictus et du Magnificat, et des quatre petites heures. Ce dimanche ne célèbre pas le mystère de la Transfiguration (c’est l’objet de la fête du 6 août), il montre Jésus en gloire dans la chronologie de la vie du Christ allant vers sa Passion à Jérusalem, et donc aussi dans la chronologie de notre montée vers Pâques. Jésus veut rassurer ses apôtres : sa mort sur la Croix sera suivie d’une glorieuse résurrection. De même il nous fait savoir que la pénitence du carême se terminera dans la joie de Pâques. (Voir ma note de l’an dernier.)

*

• L’introït.

• Le graduel.

• Le trait.

• L’offertoire.

• La communion.

Samedi des quatre temps de carême

Intret orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine. Dómine, Deus salútis meæ : in die clamávi, et nocte coram te.
Glória Patri, et Fílio, et Spirítui Sancto, sicut erat in princípio, et nunc, et semper, et in sǽcula sæculórum. Amen.
Intret orátio mea in conspéctu tuo: inclína aurem tuam ad precem meam, Dómine.

Que ma prière pénètre jusqu’à vous, Seigneur, prêtez l’oreille à ma supplication. Seigneur, Dieu de mon salut, devant vous j’ai crié le jour et la nuit.
Gloire au Père et au Fils, et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Que ma prière pénètre jusqu’à vous, Seigneur, prêtez l’oreille à ma supplication.

Le texte de l’introït de la messe de ce jour est le début du psaume 87, le corps de l’introït étant le deuxième verset et l’énoncé du psaume après le chant étant, comme il est normal, le premier verset. On remarque que le texte est légèrement différent de celui du psautier liturgique. C’est le texte des vieilles latines, dont le Psautier romain :

Intret in conspectu tuo oratio mea, inclina aurem tuam ad precem meam.

« in conspectu tuo » et « oratio mea » sont inversés, et il y a Domine à la fin, ce qui permet au compositeur de terminer sur une belle révérence à Dieu.

L’appel initial est un récitatif insistant sur la dominante do, avec de belles variations, supplication qui culmine au mi sur le mot « inclina » : incline ton oreille. A la fin de « precem » le saut initial de l’appel du début (sol-do) est repris, puis il est inversé sur Domine pour la révérence finale.

Vendredi des quatre temps de carême

Le premier répons des matines. Par Marek Klein.

℟. Emendémus in mélius, quæ ignoránter peccávimus : ne súbito præoccupáti die mortis, quærámus spátium pœniténtiæ, et inveníre non possímus : * Atténde, Dómine, et miserére, quia peccávimus tibi.
℣. Adiuva nos, Deus salutáris noster, et propter honórem nóminis tui, Dómine, líbera nos.
℟. Atténde, Dómine, et miserére, quia peccávimus tibi.

℟. Corrigeons, en devenant meilleurs, nos fautes d’ignorance, de peur que, surpris par le jour de la mort, nous ne cherchions un délai pour la pénitence, sans pouvoir l’obtenir. * Écoutez, Seigneur, et ayez pitié, car nous avons péché contre vous.
℣. Aidez-nous, ô Dieu, notre Sauveur et, pour l’honneur de votre nom, Seigneur, délivrez- nous.
℟. Écoutez, Seigneur, et ayez pitié, car nous avons péché contre vous.