Lundi de la première semaine de carême

Si l’on peut parvenir à la vie sans observer les commandements par la foi seule qui sans œuvres est morte, comment se vérifiera-t-elle la parole qu’il dira à ceux qu’il placera à sa gauche : Allez au feu éternel qui a été préparé au diable et à ses anges ? Il ne leur reproche pas de n’avoir point cru, mais de n’avoir point fait de bonnes œuvres. Car précisément, pour que personne ne se promette la vie éternelle, au titre de la foi qui sans œuvres est morte, il a dit qu’il séparerait toutes les nations qui mêlées ensemble jouissaient des mêmes pâturages. Ainsi on les entendrait lui dire : Seigneur quand l’avons-nous vu souffrir tous ces besoins, sans l’avoir servi ? Eux avaient cru en lui, mais ne s’étaient pas préoccupés de faire le bien, comme si au titre de la seule foi morte, on parvenait à la vie éternelle.

Est-ce à dire que ceux-là seuls iront au feu éternel, qui n’ont point fait les œuvres de miséricorde, et qu’ils n’iront pas à ce feu, ceux qui ont pris le bien d’autrui ou qui, en ruinant en eux le temple de Dieu, ont été sans pitié pour eux-mêmes, comme si les œuvres de miséricorde avaient quelque utilité sans la charité ? L’Apôtre nous dit : Si je distribue tous mes biens aux pauvres et que je n’aie pas la charité, cela ne me sert de rien. Comment aimerait-on le prochain comme soi-même, si l’on ne s’aime pas ? Car « qui aime l’iniquité hait son âme » (psaume 10).

Et l’on ne peut pas non plus dire, (en cela plusieurs se séduisent eux- mêmes), que Jésus a parlé d’un feu éternel mais non d’une combustion éternelle. Or, à les en croire, dans le feu éternel ne feront que passer ceux à qui, en raison de leur foi morte, ils promettent le salut par le feu. D’après eux, le feu lui-même serait éternel mais leur combustion, c’est-à-dire l’opération du feu, ne serait pas éternelle pour eux, alors que le Seigneur prévoyant cette erreur a conclu son enseignement en disant : Ceux-ci iront à l’éternelle combustion et les justes à l’éternelle vie. Donc la combustion sera éternelle comme le feu et la Vérité dit que ceux-là y entreront, qu’elle a reconnus non pas sans foi, mais sans bonnes œuvres.

Saint Augustin, leçons des matines (de son livre La foi et les œuvres). En fait Jésus ne dit pas « éternelle combustion » (combustiónem ætérnam). Mais il dit d’abord aux maudits d’aller au « feu éternel » (ignem), puis il dit qu’ils iront au « supplice éternel » (supplicium). La combinaison des deux fait bien une combustion éternelle…

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• L’introït.

• Le graduel.

• le trait.

• L’offertoire.

• La communion.

• la collecte.

Le temps est venu

Doxastikon des laudes du dimanche avant le carême dans la liturgie byzantine, par le chœur de la métropole d’Alexandroupoli (Thrace).

Ἔφθασε καιρός, ἡ τῶν πνευματικῶν ἀγώνων ἀρχή, ἡ κατὰ τῶν δαιμόνων νίκη, ἡ πάνοπλος ἐγκράτεια, ἡ τῶν Ἀγγέλων εὐπρέπεια, ἡ πρὸς Θεὸν παρρησία· δι’ αὐτῆς γὰρ Μωϋσῆς, γέγονε τῷ Κτίστῃ συνόμιλος, καὶ φωνὴν ἀοράτως, ἐν ταῖς ἀκοαῖς ὑπεδέξατο· Κύριε, δι’ αὐτῆς ἀξίωσον καὶ ἡμᾶς, προσκυνῆσαί σου τὰ Πάθη καὶ τὴν ἁγίαν Ἀνάστασιν, ὡς φιλάνθρωπος.

Le temps est venu – le début de nos combats spirituels, la victoire sur les démons, l’armure complète de la maîtrise de soi, la dignité des anges, la confiance devant Dieu. C’est ainsi que Moïse put converser avec le Créateur et entendre la voix invisible. Seigneur, par ce jeûne, rends-nous dignes d’adorer ta Passion et ta sainte Résurrection, toi qui aimes les hommes.

Premier dimanche de carême

Le psaume 90 fournit tous les textes des chants propres de la messe. Le trait le chante même presque intégralement. Les versets cités par le diable dans l’évangile (deuxième tentation du Christ) sont non seulement dans le trait mais aussi dans le graduel qui le précède, et déjà dans le troisième répons des matines, avec le verset suivant.

Version du graduel dominicain, chantée au monastère des dominicaines d’Estavayer-le-Lac (près de Fribourg).

℟. Angelis suis Deus mandávit de te, ut custódiant te in ómnibus viis tuis : * In mánibus portábunt te, ne umquam offéndas ad lápidem pedem tuum.
℣. Super áspidem et basilíscum ambulábis, et conculcábis leónem et dracónem.
℟. In mánibus portábunt te, ne umquam offéndas ad lápidem pedem tuum.

Dieu a ordonné à ses anges de te garder dans toutes tes voies : * Ils te porteront dans leurs mains pour que jamais tu ne heurtes ton pied à la pierre.
℣. Tu marcheras sur l’aspic ei le basilic et tu écraseras le lion et le dragon.
℟. Ils te porteront dans leurs mains pour que jamais tu ne heurtes ton pied à la pierre.

Samedi après les cendres

Estampe d’après Gustave Doré.

L’évangile de ce jour est la fin du chapitre 6 de saint Marc : Jésus marche sur les eaux et calme la tempête, puis ayant débarqué à Génésareth il guérit tous les malades. On trouve dans ce passage plusieurs éléments caractéristiques du pittoresque du récit de saint Marc : il n’était pas là, mais il voit les scènes des yeux de saint Pierre.

Jésus voit les apôtres « peiner à la rame », dit la Vulgate. Mais le mot grec est plus brutal. Il dit au minimum que les apôtres « se tourmentaient à ramer », et le verbe est celui qu’on utilise pour dire « torturer »…

Tel était le souvenir de saint Pierre, d’où la stupéfaction des apôtres quand Jésus calme immédiatement la tempête. Le latin dit : « plus magis intra se stupebant » : ils étaient stupéfaits en eux-mêmes plus plus. Le latin a deux mots, mais « magis » ne peut que se traduire par plus, comme plus… Le grec a également deux mots : l’un veut dire « tout à fait extrêmement », « excessivement », l’autre veut dire « d’une façon tout à fait excessive »… C’est dire que saint Pierre ne trouvait pas les mots pour décrire leur stupéfaction.

Dès qu’ils abordent, les gens du pays reconnaissent Jésus, et dit saint Marc, ils courent partout et font le tour de tous les hameaux, les bourgs et les villes (percurrentes) pour amener à Jésus de tout côté (circumferre) les malades et les estropiés. On le priait de laisser les malades toucher la frange de son vêtement : on se souvenait du récent miracle de l’hémorroïsse. « Et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. » Cette finale se trouve aussi dans saint Matthieu, et c’est saint Matthieu qui note à plusieurs reprises que Jésus guérissait tous les malades. Sauf à Nazareth…

Vendredi après les cendres

Le texte du graduel de la messe de ce jour (et demain, puisque les chants sont les mêmes) est le 4e verset du psaume 26, qui est tout entier un magnifique chant d’espérance et de confiance absolue dans le Seigneur qui me fera traverser les tribulations du carême jusqu’à l’illumination de Pâques. « Le Seigneur est mon illumination et mon salut, qui craindrai-je ? », dit le premier verset. « Je crois que je verrai le bonheur du Seigneur sur la terre des vivants », dit l’avant-dernier verset.

Unam pétii a Dómino, hanc requíram, ut inhábitem in domo Dómini, ℣. Ut vídeam voluptátem Dómini, et prótegar a templo sancto ejus.

Une chose j’ai demandée au Seigneur, et celle-là je la rechercherai : c’est d’habiter dans la maison du Seigneur, pour voir la volupté du Seigneur, et être protégé par son saint temple.

Par les moines de Triors :