Jeudi après les cendres

Aux matines il y a un répons dont les paroles sont dans l’évangile de la messe du jour, et dom Pius Parsch souligne que cela n’arrive que trois fois dans tout le carême.

℟. Dómine, puer meus jacet paralyticus in domo, et male torquétur : * Amen dico tibi, ego véniam, et curábo eum.
. Dómine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum dic verbo, et sanábitur puer meus.
℟. Amen dico tibi, ego véniam, et curábo eum.

Seigneur, mon serviteur est couché, paralysé, et souffre beaucoup. En vérité, je te le dis, j’irai et je le guérirai. Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. En vérité, je te le dis…

Ce répons a en outre comme particularité de n’avoir strictement que les paroles prononcées par le centurion et par Jésus dans les versets 6 à 8, donc seulement le début du dialogue. Ce qui a priori change le sens, d’autant que l’on reprend en refrain : « J’irai et je le guérirai », comme si Jésus y allait effectivement alors qu’on sait qu’il n’ira pas.

Qu’il n’ira pas parce qu’il a déjà guéri le serviteur à cause de la foi et de l’humilité du centurion.

Or cela se trouve dans la mélodie.

Jésus répond au centurion avec les mêmes notes, en une même montée, et l’on remarque forcément la même étonnante formule haut perchée quand le centurion dit « (puer) meus », et quand Jésus répond « veniam ».

Antiphonaire cistercien de Lubiąż (Leubus) de 1295. Bibliothèque universitaire de Wroclaw.

Mon serviteur qui gît paralysé et qui souffre beaucoup, dit le centurion. Et, avec les mêmes notes, Jésus répond qu’il ira et qu’il le guérira. Il remplace donc, en quelque sorte, les mots du centurion par les siens, sa parole s’applique au serviteur malade, et comme c’est la parole de Dieu le serviteur est déjà guéri. Comme le dit le centurion dans le verset…

« Ouvre-moi les portes du repentir »

Le chant de pénitence de l’avant-carême et du début du carême dans la liturgie byzantine. Au monastère de Vatopedi (Athos), et en slavon selon une ancienne mélodie de l’Athos, par un chœur que je n’ai pas pu identifier mais qui est remarquable.

Δόξα Πατρὶ καὶ Υἱῷ καὶ Ἁγίῳ Πνεύματι.
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.

Τῆς μετανοίας ἄνοιξόν μοι πύλας Ζωοδότα, ὀρθρίζει γὰρ τὸ πνεῦμά μου, πρὸς ναὸν τὸν ἅγιόν σου, ναὸν φέρον τοῦ σώματος, ὅλον ἐσπιλωμένον, ἀλλ´ ὡς οἰκτίρμων κάθαρον, εὐσπλάγχνῳ σου ἐλέει.
Ouvre-moi les portes du repentir, ô Donateur de vie, car mon esprit se tourne dès l’aurore vers Ton Saint Temple, malgré la souillure du temple de mon corps. Mais ô Toi qui es clément, purifie-moi par Ta compatissante miséricorde.

καὶ νῦν καὶ ἀεὶ καὶ εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.
Et maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Τῆς σωτηρίας εὔθυνόν μοι τρίβους, Θεοτόκε, αἰσχραῖς γὰρ κατεῤῥύπωσα, τὴν ψυχὴν ἁμαρτίαις, ὡς ῥᾳθύμως τὸν βίον μου, ὅλον ἐκδαπανήσας, ταῖς σαῖς πρεσβείαις ῥῦσαί με, πάσης ἀκαθαρσίας.
Conduis-moi sur les voies du salut, ô Mère de Dieu, car par des péchés honteux j’ai souillé mon âme et dans la négligence j’ai dépensé toute ma vie. Par tes prières, délivre-moi de toute impureté. 

Ἐλέησόν με, ὁ Θεός, κατὰ τὸ μέγα ἔλεός σου, καὶ κατὰ τὸ πλῆθος τῶν οἰκτιρμῶν σου ἐξάλειψον τὸ ἀνόμημά μου.
Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta grande miséricorde, et selon l’immensité de ta compassion, efface mon iniquité.
(Psaume 50)

Τὰ πλήθη τῶν πεπραγμένων μοι δεινῶν, ἐννοῶν ὁ τάλας, τρέμω τὴν φοβερὰν ἡμέραν τῆς κρίσεως, ἀλλὰ θαρρῶν εἰς τὸ ἔλεος τῆς εὐσπλαγχνίας σου, ὡς ὁ Δαυΐδ βοῶ σοι. Ἐλέησόν με ὁ Θεός, κατὰ τὸ μέγα σου ἔλεος.
À la vue de la multitude de mes actes mauvais, je tremble, misérable, à la pensée du jour terrible du jugement, mais espérant en Ta miséricorde et Ta compassion, comme David je te clame : aie pitié de moi selon Ta grande miséricorde.

Слава Отцу и Сыну, и Святому Духу

Покая́ния отве́рзи ми две́ри, Жизнода́вче, у́тренюет бо дух мой ко хра́му свято́му Твоему́, храм нося́й теле́сный весь оскверне́н; но, яко щедр, очи́сти благоутро́бною Твое́ю ми́лостию.

и ныне и присно, и во веки веков. Аминь

На спасе́ния стези́ наста́ви мя. Богоро́дице, сту́дными бо окаля́х ду́шу грехми́ и в ле́ности все житие́ мое́ ижди́х; но Твои́ми моли́твами изба́ви мя от вся́кия нечистоты́..

Поми́луй мя, Бо́же, по вели́цей ми́лости Твое́й и по мно́жеству щедро́т Твои́х очи́сти беззако́ние мое́.

Мно́жества соде́янных мно́ю лю́тых помышля́я, окая́нный, трепе́щу стра́шнаго дне су́днаго; но наде́яся на ми́лость благоутро́бия Твоего, я́ко Дави́д вопию́ Ти: поми́луй мя. Бо́же, по вели́цей Твое́й ми́лости.

Mercredi des Cendres

La préface du carême est très brève, puisqu’elle ne comporte que ces trois propositions en dehors du cadre obligé :

Qui corporáli jejúnio vítia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et prǽmia…

Par le jeûne corporel, vous réprimez les vices, vous élevez l’âme, vous donnez largement la vertu et les récompenses…

Tout est dit, en des mots simples, et d’une beauté inimitable, comme disait dom Pius Parsch.

Le jeûne qui plait à Dieu. — Telle est à peu près la pensée unique de ce jour :
 a) motifs du jeûne (Leçon: Joël 2, 12-19),
 b) l’âme du jeûne (Évangile: Matthieu 6, 16-21),
 c) valeur du jeûne (Préface).
Le motif le plus profond du jeûne est le péché, c’est pourquoi, aussi, il n’a de valeur que s’il est uni à l’aversion du péché. Le sens de tout le temps de Carême et de la cérémonie de pénitence d’aujourd’hui est la réforme de la vie. Le jeûne ne vaut pas par lui-même, ce n’est qu’un moyen d’arriver à la piété. L’âme du jeûne est l’humilité ; il est sans valeur et même coupable s’il est au service de l’amour-propre (Évangile). En termes d’une beauté inimitable, la préface expose l’importance du jeûne : « Par le jeûne corporel, tu réprimes les péchés, tu élèves l’esprit, tu confères la vertu et la récompense. » Le jeûne nous délivre des forces inférieures de l’âme et du corps et, par suite, il renforce l’homme spirituel et affermit surtout la volonté. Or la volonté est, pour l’œuvre de notre salut, le facteur humain décisif.
Dom Pius Parsch

Collecte de la messe :

Præsta, Dómine, fidélibus tuis : ut jejuniórum veneránda sollémnia, et cóngrua pietáte suscípiant, et secúra devotióne percúrrant. Per Dóminum…

Accordez, Seigneur, à vos fidèles, d’entreprendre avec la piété convenable, la pratique de ces jeûnes vénérables et solennels et d’en parcourir la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler.

Mardi de la quinquagésime

Basilique Saint-Marc, Venise.

La lecture biblique évoque la guerre des « quatre rois contre cinq », et la visite de Melschisédech à Abraham, qui s’appelle encore Abram. La scène est aussi brève qu’elle est mystérieuse et prophétique :

Et Melchisédech, roi de Salem, offrant du pain et du vin, parce qu’il était prêtre du Dieu très haut, bénit Abram, en disant : Qu’Abram soit béni du Dieu très haut, qui a créé le ciel et la terre ; et que le Dieu très haut soit béni, Lui qui par Sa protection a mis tes ennemis entre tes mains. Alors Abram lui donna la dîme de tout ce qu’il avait pris.

Il n’est plus jamais question de Melchisédech ni de sa bénédiction dans les livres historiques ultérieurs, ni d’ailleurs dans aucun autre livre de l’Ancien Testament, en dehors de la spectaculaire exception qu’est le psaume 109, psaume que les juifs considèrent comme messianique autant que les chrétiens :

Le Seigneur a juré et ne se repentira pas : tu es prêtre pour l’éternité selon d’ordre de Melchisédech.

C’est l’épitre aux Hébreux qui tirera toutes les conclusions de la mystérieuse prophétie, au long des chapitres 5 à 7, montrant longuement que le Christ Dieu est ce roi et prêtre, roi de justice, roi de paix, supérieur à Abraham qui avait pourtant les promesses divines, sans généalogie, sans commencement ni fin, prêtre d’un nouveau et éternel sacerdoce offrant le sacrifice eucharistique du pain et du vin.

Lundi de la quinquagésime

Le personnage biblique de la septuagésime, c’est Adam. Celui de la sexagésime, c’est Noé. Celui de la quinquagésime, c’est Abraham. Hier aux matines on l’a vu « sortir de son pays » et s’installer avec son neveu Lot dans le pays de Chanaan, puis en Egypte à cause de la famine. Aujourd’hui ils « sortent d’Egypte » et retournent en Chanaan, mais ils sont devenus tellement riches, notamment en troupeaux, qu’ils ne peuvent plus cohabiter. Abraham laisse son neveu libre de choisir la terre où il veut aller. Lot choisit une vallée qui est « comme un paradis de Dieu », or c’est Sodome, qui sera comme un enfer.

La mosaïque de la basilique Sainte-Marie-Majeure est du Ve siècle. On y voit la séparation enter Lot et Abraham. Pour les distinguer, on voit Lot avec ses deux filles, qui étaient peut-être plus grandes que cela, et Abraham avec Isaac, qui n’allait naître que plusieurs années plus tard.